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J’ai récemment eu le mandat de faire une revue de littérature en lien avec le projet de recherche d’une autre chercheuse. Au fil des lectures effectuées pour ce mandat, un rhizome d’idées, de concepts et de réflexions s’est construit dans ma tête. Puis, le 24 décembre dernier, j’ai remis le résultat de mon travail, ai tiré la plug, bu un p’tit lait de poule. Je suis passée à autre chose, quoi !
Même si les recherches que j’ai effectuées avant Noël n’étaient pas directement liées à mon propre projet de recherche, j’ai été touchée par les lectures que j’ai faites. Une dizaine de jours plus tard, elles m’habitaient encore. Je trouve intéressant de me poser pour voir ce qui émerge quand je laisse le temps au temps. Car « pour voir, il faut s’asseoir », m’a un jour dit mon directeur de maîtrise qui, lui, tient cette sagesse de sa mère.
Ce qui s’est notamment frayé un chemin à travers les articles et les travaux épluchés pour cette revue de littérature, c’est cet extrait provenant d’un mémoire portant sur Hydro-Québec et l’accessibilité sociale. Extrait dans lequel l’autrice du mémoire, Karine Filiatrault, fait référence à un article de Ted Schrecker, spécialiste de science politique dont les travaux portent sur l’économie politique des inégalités en matière de santé, notamment dans le contexte de la mondialisation néolibérale.
Filiatrault y paraphrase ainsi Schrecker : « L’auteur soutient que même dans le cas où une activité économique pourrait engendrer l’épuisement d’une ressource, comme ce fut le cas, par exemple, pour les pêcheries de l’Atlantique, peu de gouvernements oseraient, dans l’objectif de protéger ces ressources et l’environnement, imposer des politiques qui entraîneraient la fin d’une industrie ou le dépeuplement d’une ville. » Schrecker est ensuite directement cité : « D’un point de vue politique, les gouvernements préfèrent attendre que les poissons, les arbres ou encore les règles du commerce international imposent leur propre “moratoire”. »
Alors que cet extrait était utilisé pour décrire une réalité en lien avec l’environnement, celle de la précarité de la vie associée au territoire menacé par les projets économiques à grand déploiement, je trouve que cette référence de Schrecker a le pouvoir de s’appliquer à plus grande échelle.
Ce que je propose, c’est de regarder la vie en général, y compris celle de l’humain, par l’entremise de cette lunette. Je pense ici à l’inaction ainsi qu’à la déconnexion du gouvernement face à la dégradation de l’accès aux besoins de base que sont le logement et l’épicerie, sans oublier les défis liés à l’immigration. Emprunter la pensée de Schrecker pour décrire la crise sociale dans laquelle nous vivons et nommer la déresponsabilisation des gouvernements face à l’abus résultant des rapports de pouvoir économiques et sociaux. Utiliser la vision de Schrecker pour nommer le fait que peu de gouvernements oseraient, dans l’objectif de protéger ces ressources que sont les humains, imposer des politiques qui entraîneraient la fin d’une industrie, celle de la richesse individuelle.
Mais ce qui m’intéresse particulièrement dans cet extrait du mémoire de Filiatrault, c’est cette idée que « d’un point de vue politique, les gouvernements préfèrent attendre que les poissons, les arbres […] imposent leur propre “moratoire” ». Cette phrase me donne la chair de poule. Malgré l’horreur de ce qu’elle contient, il s’en dégage quelque chose de beau, de poétique, de puissant. Et c’est cette brèche que permet la beauté que je viens surligner avec du gros marqueur jaune. Il ne faut pas minimiser le pouvoir de la beauté et le pouvoir de voir la beauté pour parler du difficile, du laid. Ce n’est pas juste moi qui le dis, l’autrice de Ru et d’Em, Kim Thúy, le dit aussi.
Cette phrase de Schrecker peut donc être interprétée comme une invitation à se lever au nom de la vie. Celle de l’humain menacé au profit de la richesse individuelle. Dévaliser une épicerie pour remettre le butin aux gens affamés, se regrouper entre immigrants pour dénoncer la déshumanisation en allant frapper aux portes des élus municipaux, se rassembler entre locataires pour refuser toute hausse de loyer afin d’assurer la pérennité du parc locatif. Ce n’est que le début. Le début de cette possibilité que nous avons : agir. Se sortir de l’impuissance. Dire « c’est assez ». Imposer notre propre moratoire. Assurer notre survie.
Que 2026 soit l’année des soulèvements !


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