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"Le droit, c'est le droit. Et s'il y a le moindre doute, on le dénonce". Mathilde Rault est Tessa Ensler, cette avocate pénaliste brillante qui mate toutes les difficultés qui pourraient se placer sur sa route lors d'un procès. D'ailleurs, "la gagne" est devenue son sport préféré au tribunal… Le client est coupable ? Tout sauf son problème. "Pas d'affect, c'est le jeu de la loi" une fois qu'elle entre dans ce qui s'apparente à une arène – le spectateur en aura pour son argent, façon "montagnes russes".
Portée par une Mathilde Rault "très dedans", en un mot impressionnante, la démonstration de la défense, acte I de Prima Facie, est édifiante : elle ressemble, à ce compte, davantage à une attaque. Rien ne résiste à Tess, dont l'esprit a été affûté par "l'instinct juridique" – qu'elle a troqué contre son intuition d'être humain. Agit-elle ainsi, car ce n'était pas prévu pour elle, ce succès, vu son milieu d'origine crasseux ? Pas même certain qu'on assiste à une revanche de l'avocate ; tout juste une manière d'appliquer la justice pénale en Grande-Bretagne à notre époque.
"Le viol est lié à la manière dont on construit la masculinité"Et comme l'indique le titre en une terminologie latine usitée par la justice, prima facie, c'est-à-dire "à première vue" – quand une situation semble vraie, valide ou suffisante à l'examen initial – , l'affaire est pliée quand c'est Tess qui défend. Sauf que son job le plus fréquent, à Tess, c'est de défendre ceux qui sont qualifiés d'agresseurs sexuels.
Dénoncer le pire, montrer le violeur
Suzie Miller, l'autrice australo-britannique du texte originel, a été juriste dans une vie antérieure. Son Prima Facie écrit en 2019, a été traduit dans 30 langues, produit dans 48 pays, publié en 7 langues. Nul doute que ce succès provienne de la démonstration dont il fait œuvre : à la fois irrécusable et nécessaire. C'est de cette matière que s'est saisi ici, David Leclercq, à la mise en scène.
Car si l'acte I fait la démonstration d'une justice qui carbure à l'éloquence et la mise en doute des paroles précaires, quand, à l'acte II, l'avocate des agresseurs est victime d'un viol – par un gars propre sur lui, lui aussi pénaliste – , on sent qu'on aura bien besoin de l'acte III pour voir si on survivra à ce système judiciaire – ou pas.
Mathilde Rault, alias Tess Ensler, se retrouve dans la peau de la victime. ©GAEL MALEUXSur scène, le décor indique, sans trop appuyer, la place du procureur, celle du juge, des avocats. Frappant : la place du plaignant est hors-champ, la victime invisible. Pleins feux sur le système juridique dont les rouages instaurent sous nos yeux, ce qu'on appelle la violence institutionnelle. "Mais êtes-vous bien sûre, Madame, qu'il avait la main sur votre bouche pour vous empêcher de crier lorsqu'il vous violait ?""Avez-vous essayé de dire non ?"
En Grande Bretagne, on peut parler d'un taux de condamnation pour les agressions sexuelles 'pitoyablement bas'.
Une femme sur trois a été victime de violence physique ou sexuelle en Union Européenne (chiffres 2024). En Suède, en 2018, le parlement a adopté une loi reconnaissant comme viol tout acte sexuel sans consentement : ainsi, les victimes ne sont plus en charge de la preuve de l'acte de violence qu'elles ont subi. L'Espagne a suivi en 2022 en votant la loi 'del 'solo sí es sí', à l'intitulé incontestable : "seul un oui est un oui".
→"Prima Facie" au Public, à Bruxelles, jusqu'au 11 avril. Info & rés. : www.theatrelepublic.be
→ Centres de Prise en charge des Violences Sexuelles : 02.535.45.42 (24/24) & https://cpvs.belgium.be
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