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Une équipe de plus en plus dangereuse

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Il y a dans le gymnase du Canadien, celui de Brossard comme celui du Centre Bell, le mot enthousiasme écrit sur les murs, une émotion prisée par Martin St-Louis. Par Samuel Montembeault aussi.

Le gardien québécois, au plus fort de la tempête en décembre, s’en est remis à ses racines pour se sortir de son marasme : la famille et le plaisir du jeu, car c’est bien de cela qu’il s’agit au bout du compte.

Il a d’abord passé trois jours avec sa famille, de qui il est très proche, à Noël. Il a recontacté le psychologue sportif affilié au Canadien, Jean-François Ménard. Il a mis derrière lui l’exclusion de l’équipe olympique canadienne et il s’est rappelé pourquoi il faisait ce métier.

L’enthousiasme, a-t-il dit jeudi soir après avoir signé sa sixième victoire de suite contre les Panthers, fait partie de notre identité d’équipe.

C’est un groupe le fun. Les gars sont toujours de bonne humeur à l’aréna. Depuis que je suis revenu, ils me soutiennent énormément. C’est le fun de voir qu’on a un groupe uni comme ça, a-t-il ajouté dans le vestiaire.

Montembeault a ainsi récolté sa troisième victoire en autant de départs depuis son retour de son séjour dans la Ligue américaine, un gain de 6-2 contre la Floride au cours duquel ça a tout de même chauffé et où il a eu son mot à dire.

Un gardien fait un arrêt avec sa jambière devant un adversaire.

Samuel Montembeault gardait le filet du Tricolore face aux Panthers.

Photo : imagn images via reuters connect / David Kirouac

Ce que peuvent accomplir les petites choses simples de la vie quand même.

Un autre qui patauge dans le bonheur depuis que Montréal l’a accueilli, c’est le cousin de l’Hexagone, Alexandre Texier. Jamais n’avait-il récolté trois points dans un match dans la LNH au cours de sa carrière; il vient d’y parvenir deux fois en 24 heures, de la plus belle des manières d’ailleurs, s’offrant un tour du chapeau jeudi contre de coriaces panthères. La belle affaire!

Deux belles histoires, l’une d’un retour, l’autre d’une arrivée, qui ont un point en commun, un mot souvent galvaudé : la résilience. Le genre de trame narrative qui offre une belle tribune à St-Louis.

Ainsi, l’entraîneur a rappelé que l’énergie négative est toujours beaucoup plus pesante [que l’énergie positive].

Tu vas avoir des obstacles dans n’importe quoi dans la vie. Les obstacles ne sont pas aussi importants que les réponses aux obstacles. C’est de même que tu bâtis du caractère, a-t-il ajouté.

Sans oublier le fameux : le succès est temporaire, le caractère, c’est pour toute ta vie.

Il était ici question de Texier et de Montembeault, mais l’on pourrait également greffer Phillip Danault à ce duo qui, sans être aussi flamboyant, a retrouvé un peu de son entrain depuis l’échange qui l’a fait quitter Los Angeles.

Sous le vernis rutilant des prestations convaincantes du gardien de Bécancour et du buteur de Grenoble, se dressent en filigrane des signes fort encourageants pour cette équipe. Le Canadien semble avoir atteint une nouvelle phase de cette reconstruction entamée il y a maintenant quatre ans. Une phase au cours de laquelle la culture d’équipe est bien implantée, se perpétue par osmose, le style de jeu a été façonné, est compris par tous et fonctionne bien. Ce qui fait du CH une équipe particulièrement dangereuse ces jours-ci.

Culture et imprévisibilité

Il y avait six joueurs du Canadien sur la touche jeudi soir. Ce n’était pas autant que les Panthers, mais presque. Les Kirby Dach, Alex Newhook et autres Kaiden Guhle ont été remplacés par Texier, Danault et Adam Engström, sans que les performances de l’équipe en souffrent.

Réussir à intégrer des joueurs à son système de jeu sans qu’il n’y paraisse est forcément prometteur.

Les gars sont convaincus de ce qu’on fait maintenant et ils sont devenus un prolongement de l’entraîneur. Ils aident ceux qui débarquent, il y a beaucoup d’enseignement qui se fait qui ne vient pas nécessairement des entraîneurs. Quand tu as ça, tu conserves ton image de marque, a expliqué Martin St-Louis.

Celle d’une équipe rapide, talentueuse, qui prêche l’importance de la possession de la rondelle et un système défensif hybride et exigeant. Mais qui demeure imprévisible…

En matinée, l’entraîneur des Panthers, Paul Maurice, a avoué candidement qu’il n’avait pas encore percé à jour cette équipe et ses tendances. Une équipe qui vient de vaincre la sienne, double championne en titre de la Coupe Stanley, faut-il le rappeler, sept fois de suite.

Le jeu du CH, arguait-il, est complètement différent de ce qu’il était il y a deux ans.

Ils l’ont épuré, en ont enlevé le risque, parce qu’ils n’en ont plus besoin maintenant. Ils ont assez de talent pour marquer. Parfois, ils marquent avec ce qu’ils créent eux-mêmes, mais c’est souvent à propos de ce que te donne l’autre équipe dans cette ligue. Ils ont assez de talent qu’ils n’ont plus besoin d’ouvrir le jeu autant. Ils sont bien plus patients, avait estimé l’expérimenté entraîneur.

C’est comme si Montréal était une nouvelle équipe avec un nouveau style. Leur jeu est encore en transformation pendant qu’ils acquièrent de la maturité. Ça prend du temps avant d’en dégager des tendances. Certaines équipes jouent le même style depuis longtemps. Quand on affronte Tampa Bay, on sait à quoi s’attendre. Montréal est une jeune équipe ultra talentueuse en constante évolution et on apprend encore à jouer contre eux.

Un apprentissage qui se poursuivra, visiblement.

À l’autre bout du spectre, les Panthers sont plutôt prévisibles, a fait valoir Alexandre Carrier, prônant un système de jeu appelé, en anglais, le back to back chop, expression hautement scientifique réservée au cercle d’initiés qui signifie essentiellement qu’on met l’accent sur les tirs décochés rapidement, la présence devant le filet, les déviations, le contrôle de retour des lancers, une pression de tous les instants en zone défensive, etc. Bref, du jeu simple, intense, efficace, qui leur a valu deux championnats.

Le CH a aussi son patron de jeu, mais probablement plus flexible.

Chaque équipe qu’on affronte, on va changer des choses. La Floride, leur style marche bien pour eux, évidemment. Ils font souvent les mêmes sorties de zone, les mêmes tendances. On va chercher plus d’expérience, on est moins prévisibles en changeant les choses, a analysé Carrier.

Avec un mélange de Demidov, de Suzuki et de Hutson, a-t-il précisé. Un mélange de talent pur à la structure finalement.

Sans dire que l’équipe se dirige maintenant d’elle-même, se régule et se corrige, il y a clairement, dans ces démonstrations de force récentes contre les Stars, les Flames et les Panthers, l’émergence d’une formation spéciale qui donne des maux de tête même à l’un des plus brillants entraîneurs de la profession.

Il reste encore beaucoup de travail à abattre avant que cette équipe ne prétende au titre, il va sans dire. Mais il y a tout de même un joli bout d’accompli.

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