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Le blocage iranien du détroit d'Ormuz, levier stratégique de la guerre en cours au Moyen-Orient, se fait ressentir jusque dans la région. Au-delà de la flambée du prix à la pompe, une entreprise d'ici voit son approvisionnement perturbé et ses coûts de production gonfler.
Les bouleversements économiques provoqués par les tensions géopolitiques de l'autre côté de l'océan sont de l'ordre de 20 % à 30 % de coûts supplémentaires pour Vanessa Grondin.
Basée à Québec depuis sa création, il y a un an, son entreprise Henri Nutrition comptait jusqu'à tout récemment sur les Émirats arabes unis pour s'approvisionner en dattes, l'un des ingrédients principaux de ses barres nutritives.
Cependant, les aléas du conflit qui sévit maintenant depuis plus de deux semaines au Moyen-Orient ont paralysé la chaîne d'approvisionnement de l'entreprise, si bien qu'une commande attendue pour le 9 mars dernier ne s'est jamais rendue à bon port. Un contexte pour le moins « déstabilisant », témoigne la propriétaire de la jeune PME.
On se fie sur un approvisionnement constant, un prix qu'on peut prévoir. Là, non seulement la fluctuation de l'approvisionnement crée des fluctuations de la demande, mais également des prix de transport qui sont en explosion.

Mériane Labrie, fondatrice de Madame Labriski
Photo : Radio-Canada
L'entreprise Madame Labriski s'en tire à bon compte pour le moment, étant donné que ses dattes proviennent de Tunisie, en Afrique.
Ce qu'on surveille, c'est si ceux qui s'approvisionnaient ailleurs décident de changer [de chaîne]. Là, notre game va changer parce qu'il va y avoir plus de demande, anticipe Mériane Labrie, fondatrice de l'entreprise culinaire.
Tempête parfaite
Selon Maurice Doyon, professeur au département d'économie agroalimentaire et des sciences de la consommation de l'Université Laval, la conjoncture actuelle complique d'autant plus la vie des entreprises qui misaient déjà sur une chaîne d'approvisionnement imparfaite en raison des tarifs américains. La résilience de celles-ci se retrouve mise à mal face à des marchés qui se font maintenant de plus en plus rares.
On peut penser que si on utilisait une chaîne d'approvisionnement en particulier, c'est parce que c'était la plus efficace, c'était la moins chère, vulgarise-t-il.

Les récents événements au Moyen-Orient ont eu pour effet de perturber un environnement économique déjà fragilisé par les tarifs américains, croit Maurice Doyon. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier
Si je suis obligé d'utiliser la deuxième meilleure [chaîne d'approvisionnement], nécessairement, elle est plus coûteuse.
Bien que les dattes ne soient pas produites directement au Québec, Vanessa Grondin compte entre-temps sur d'autres importateurs locaux et américains pour approvisionner son entreprise, ce qui lui permet de demeurer active.
Si elle tâche de garder une confiance prudente en vue d'une résolution du conflit, elle concède qu'un certain « risque de profitabilité » se pointe à l'horizon en raison des coûts d'intrants exceptionnellement élevés.
Il y a une limite à ce qu'on peut transférer directement au consommateur, soutient-elle, tout en admettant que l'« inflation naturelle » se répercutera néanmoins sur les prix de ses produits.
Incertitude sur les prix
Quant à la hausse du prix de certains produits à l'épicerie, il demeure périlleux de faire des projections, signale Maurice Doyon, considérant l'imprévisibilité de la guerre au Moyen-Orient.
Si ça dure quelques mois ou même davantage, là on va avoir des impacts plus significatifs, prédit-il.
D'après le professeur, l'augmentation du coût de l'essence est l'effet qui se fera le plus rapidement sentir sur les tablettes, bien que l'ampleur puisse varier de produit en produit.
Plus un produit a une valeur ajoutée, moins le prix du transport est important dans le prix total. Plus c'est un produit de base, un produit brut, plus le coût de transport risque d'être important en pourcentage dans le prix du produit, explique Maurice Doyon.
Avec les informations d'Edouard Dubois


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