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Une firme de génie-conseil embauchée par la Ville de Montréal pour les rénovations de la piscine du complexe sportif Claude-Robillard a failli à ses obligations en donnant un « avantage significatif » à un seul sous-traitant. Selon un rapport du Bureau de l’inspecteur général (BIG) déposé lundi au conseil municipal, elle a aussi nommé une personne ne détenant pas la qualification d’ingénieur à un poste qui le requérait.
Avant même le dépôt des deux appels d’offres pour remplacer le plancher mobile et le mur mobile de la piscine de l’arrondissement d’Ahunstic-Cartierville, Réjean Savard, directeur de projets chez GBI, est entré en contact avec le président d’Aqualité, un sous-traitant de matériel aquatique, mentionne l’inspecteur général.
Ces échanges avaient pour but que le fournisseur d’Aqualité, Myrtha, aide à la conception des devis de performance, un document d’ingénierie fournissant les critères du projet. La compagnie européenne avec laquelle fait affaire Aqualité a envoyé ses commentaires et a proposé des modifications qui ont été prises en compte par GBI. Aucun autre sous-traitant n’a obtenu ce niveau d’échange avec M. Savard.
Selon le rapport du BIG, l’homme est un acteur majeur dans le milieu aquatique du Québec, et était le principal coordinateur des opérations de rénovation de la piscine. Il n’est par contre pas un membre sénior de l’Ordre des ingénieurs du Québec, contrairement à ce qu’exigeait le contrat de 11,5 millions de dollars accordé par la Ville à GBI en 2022. Un « chargé de projet en ingénierie » était demandé pour la coordination des travaux de rénovation du centre sportif Claude-Robillard ; Réjean Savard agissait à titre d’« intégrateur en ingénierie ».
Il a fallu trois ans au Service de la gestion et de la planification des immeubles de la Ville de Montréal (SGPI), qui est responsable du suivi des travaux, pour détecter l’anomalie dans le poste de Réjean Savard, une faille notée par l’inspecteur général.
Appels d’offres « flous et imprécis »
L’appel d’offres publié en septembre 2023 contenait des spécifications techniques décrites comme « floues, imprécises et incomplètes » par l’inspecteur général.
Ce dernier note qu’un total de 18 questions et demandes de précision ont été envoyées par de potentiels soumissionnaires ; elles portaient parfois même sur des aspects élémentaires des travaux, comme les matériaux désirés et les dimensions pour certaines pièces.
Les plans et les fiches techniques du plancher et du mur mobiles existant n’ont pas été rendus publics, observe également le BIG. Les autres documents fournis sont décrits comme deux plans « illisibles » datant de 1976, un croquis à main levée n’ayant « aucun lien avec les travaux à réaliser », quelques photos, ainsi que des plans datant de 1990. Ces derniers n’étaient plus valides, car des travaux ont été effectués en 2008.
Ces circonstances ont poussé une entreprise à présenter un « prix approximatif » et une autre à ne pas soumissionner puisqu’elle ne pouvait pas chiffrer le coût de son travail.
Avantage à Myrtha
Le BIG soutient qu’un devis imprécis « n’est pas neutre » et peut « orienter le marché vers une solution, une technologie ou un fournisseur donné, sans toutefois les désigner explicitement ». Étant donné que Myrtha était le seul soumissionnaire au courant des spécificités du devis, cela leur permettait d’être les seuls à pouvoir livrer les pièces « sur mesure » dans les temps impartis.
En juin 2024, soit un mois avant que le contrat ne soit attribué, Martin Coutu a passé une commande de 405 000 $ à Myrtha, signe d’une grande assurance de voir sa candidature retenue, avance l’inspecteur général.
Tout au long du projet, Réjean Savard a aussi utilisé des canaux de communications non officiels avec le propriétaire d’Aqualité et a répondu à plusieurs courriels du SGPI pourtant destinés à un ingénieur reconnu. À la demande du SGPI, M. Savard a été remplacé en mars 2025 ; il a tout de même continué de communiquer avec le président d’Aqualité jusqu’en mai 2025.
La firme de génie-conseil GBI a d’ailleurs eu l’occasion de commenter ces observations à même le rapport du Bureau de l’inspecteur général : elle rejette les allégations affirmant qu’elle a accordé un avantage indu à Myrtha, soutenant que « la recherche et la validation de concept » auprès des acteurs de l’industrie est « pratique courante ».
Ce n’est pas la première fois que GBI est visée par le BIG. En 2019, la firme s’était retrouvée dans une situation similaire à la suite des rénovations du complexe aquatique de Rosemont, lors de laquelle les produits de Myrtha avaient également été favorisés.
Dans son rapport, le Bureau de l’inspecteur général recommande au SGPI de réviser sa grille d’évaluation et de procéder à une vérification préalable des qualifications professionnelles des soumissionnaires. Il suggère aussi à la Ville de Montréal d’imposer une pénalité financière de 100 000 $ à GBI.
La firme GBI a répondu au rapport du BIG lundi soir en soulevant de « sérieuses préoccupations quant à la rigueur, à l’équité et à la neutralité du processus ». Elle soutient que le Bureau de l’inspecteur général aurait « complètement ignoré » certaines communications servant à « corriger et rectifier des faits erronés ou incomplets » et « déplore un climat de collaboration difficile avec certains représentants municipaux ».


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