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Une année de ruptures en obstétrique en Haute-Gaspésie

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L’année 2025 aura été celle des découvertures du service d’obstétrique à l’hôpital de Sainte-Anne-des-Monts. Depuis le 1er janvier 2025, ce service a été perturbé, voire indisponible, pendant quelques jours, à quatorze reprises.

Ces épisodes de découverture se traduisent par 133 jours où les femmes enceintes de la Haute-Gaspésie n’ont pas pu accoucher à l’hôpital près de chez elles. Elles ont, pour la plupart, été redirigées vers l’hôpital de Matane.

Au moment de publier ce texte, le département est d’ailleurs en pleine découverture jusqu’au 25 décembre.

 C’est préoccupant et ce n’est vraiment pas ce qu’on souhaite , affirme d’entrée de jeu Jean St-Pierre, président-directeur général adjoint du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Gaspésie.  Dans le meilleur des mondes, on maintiendrait les services sur une base annuelle et accessible à tous moments. 

D'après le responsable du réseau local de santé, cette situation s'explique par un manque récurrent de ressources infirmières. Le département, pour fonctionner, doit compter sur la présence d’au moins deux infirmières spécialisées en obstétrique.

Actuellement, une seule infirmière est en place alors que cinq autres postes sont vacants. Le CISSS n’a donc d’autre choix que d’avoir recours à la main-d’œuvre indépendante, permise dans la région jusqu’en octobre 2026.  Tant que ça va nous être permis et que ça va être requis, on continuera de solliciter du personnel d’agence , affirme le PDG adjoint.

Jean St-Pierre parle à un micro.

Jean St-Pierre est le président-directeur général adjoint du CISSS de la Gaspésie explique la situation par un manque de ressources, (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Roxanne Langlois

M. St-Pierre ajoute que le CISSS fait aussi appel à du personnel du Réseau de dépannage en obstétrique, un mécanisme mis en place par le gouvernement, ce qui assure le service, sans cependant le consolider.

 Ce sont des infirmières qui font partie du réseau public, comme du côté de Québec, qui se rendent disponibles pour venir donner un coup de main en région. Il y a quand même 26 jours qui ont été comblés par du personnel provenant de ce réseau , précise Jean St-Pierre.

Le CISSS a par ailleurs annoncé la semaine dernière que le service d’obstétrique ne sera offert qu’une semaine sur deux dans les prochains mois à l’hôpital annemontois, par manque de ressources humaines.

La colère et l’inquiétude montent

Cette situation est décriée par la Maison des familles Haute-Gaspésie, qui réclament des solutions depuis le printemps dernier.

L’organisme à but non lucratif, qui vient en aide aux familles hautes gaspésiennes, ressent de plus en plus de colère, d’impatience et aussi d’inquiétude au sein de sa communauté.

On trouve ça horrible. Les familles sont stressées, on le sent […] Ça perdure et ça fait peur. On a peur de perdre un service essentiel dans notre région.

 Les familles ne savent pas où elles vont accoucher et elles ne peuvent pas visiter les lieux d’accouchement qui sont souvent à Matane. Il y a des familles qui accouchent à l’urgence, donc ce n’est vraiment pas une situation idéale , déplore la codirectrice de l’OBNL, Véronique Ouellette.

D’après elle, 2025 est l’année où il y a eu le plus de découvertures dans ce secteur, si bien que son organisme songe à porter cette cause auprès de plus hautes instances gouvernementales.

Véronique Ouellette, co-directrice de la Maison des familles Haute-Gaspésie.

 «On sent une mobilisation qui s’accentue au sein de la population, avec des prises de paroles, des revendications autour de nous […] On va réévaluer ça après le temps des Fêtes, mais je pense que ça serait notre rôle de porter ça un peu plus loin pour que ça bouge un peu plus rapidement», souligne Véronique Ouellette. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes

Le recrutement, le défi des défis

Le PDG adjoint du CISSS ne cache pas que le recrutement est un défi à l’échelle de la province, qui est encore plus grande en région et que le département d’obstétrique n’y échappe pas.

Si c’était facile, on l’aurait réglé et on n’en parlerait plus. C’est vraiment majeur comme situation.

 Quand vous avez un intérêt pour l’obstétrique, ce que vous souhaitez, c’est de participer aux accouchements. L’opportunité est un peu moins grande en Gaspésie que dans un grand centre où vous pouvez être exposé à des accouchements plusieurs fois par jour, donc c’est un défi , explique Jean St-Pierre.

La Haute-Gaspésie enregistre sur son territoire entre 50 et 70 accouchements par année. Ce nombre peut correspondre à plusieurs milliers dans les métropoles québécoises.

Véronique Ouellette croit quant à elle que ce sont les conditions de travail qui freinent le recrutement dans la région.

 Ça fait plus d’un an que les postes sont ouverts et il n’y a toujours personne qui en sont titulaires, donc j’ai l’impression que cette situation va peut-être perdurer parce que c’est possiblement les conditions de travail qui font que ces postes-là ne sont pas alléchants , dit-elle.

Les sages-femmes et des infirmières auxiliaires à la rescousse ?

Pour pallier le manque de main-d’œuvre, le CISSS est toujours en recrutement et sollicitation.

 Tout le volet de sollicitation de la main-d’œuvre indépendante est non seulement pour les faire venir jusque chez nous pour travailler sur certaines périodes, mais aussi pour éventuellement les embaucher , mentionne Jean St-Pierre.

Il indique également que son organisation en est à bonifier un plan de contingence en cas de manque d’infirmières. Une partie du travail se fait en collaboration avec la responsable du département de sages-femmes.

 On est en train de regarder quelle pourrait être la contribution éventuelle d’une sage-femme dans un contexte où il manque de ressources humaines infirmières , explique M. St-Pierre.

Pour la Maison des familles, une contribution de sages-femmes est souhaitée, mais n’est pas la panacée à court terme.

 Malgré qu’il n’y ait pas de poste ouvert, on nous dit qu’ils sont ouverts à ça. Il n’y a déjà pas beaucoup de main-d’œuvre comme sage-femme non plus, alors en région c’est encore pire , expose Véronique Ouellette.  Mais, ça serait une belle avenue si une ou un sage-femme veut venir s’établir en Haute-Gaspésie. Ça aiderait vraiment nos services , poursuit-elle.

Une femme enceinte souriante couchée sur un lit, la bédaine à l’air. Deux mains sont posées sur son ventre, on devine l’intervention d’une sage-femme.

Actuellement, quatre sages-femmes sont basées dans la Baie-des-Chaleurs et une est en poste à Gaspé. Un affichage pour ces postes est publié en continu par le CISSS pour le recrutement de sages-femmes dans ces secteurs, mais pas en Haute-Gaspésie. (Photo d'archives)

Photo : Associated Press

Le CISSS est aussi en train de voir comment les infirmières auxiliaires et les équipes médicales pourraient soutenir le département d’obstétrique dans son plan de contingence.

 On est en train de revoir le continuum de soins du côté du préaccouchement et du post-accouchement. On tente de voir comment on pourrait augmenter la contribution de chacune , indique le PDG adjoint.

Parallèlement, Jean St-Pierre souligne également que le CISSS de la Gaspésie prend part à un chantier consacré à l’obstétrique soutenu par le Réseau universitaire intégré de santé et services sociaux de l’Université Laval.

Aux côtés des hôpitaux de la région de Québec, CIUSSS de la Capitale-Nationale et des CISSS de Chaudière-Appalaches, du Saguenay–Lac-Saint-Jean, du Bas-Saint-Laurent et de la Côte-Nord, aux prises avec les mêmes défis en obstétrique, pour explorer les meilleures pratiques à adopter pour ce département.

Comité sur les accouchements

Dans ce dossier, l’année 2025 a également été marquée par les premières rencontres du comité sur les accouchements, formé à la fin de l’année dernière pour trouver des solutions qui pérenniseront, espère-t-on, le service.

 Le comité s’est rencontré trois ou quatre fois cette année, mais là, ça fait un bout que ça n’a pas eu lieu […] C’est quand même vraiment étonnant, malgré le comité, qu’il y ait eu autant de ruptures dans l’année , rapporte Véronique Ouellette de la Maison des familles, qui siège au comité.

Le CISSS indique pour sa part que le comité est toujours en place et que les travaux se poursuivent.

Les intervenants du comité se réuniront après la période des Fêtes pour une nouvelle rencontre, souhaitant ardemment moins que 133 jours de rupture de service en obstétrique à l’hôpital de Sainte-Anne-des-Monts pour 2026.

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