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Première en France : un vétérinaire du Muy (Var) a participé à une opération exceptionnelle pour rendre la vue à un dragon de Komodo de 50 kg atteint d'une cataracte.
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Par Léa Nicosia Publié le 7 juil. 2026 à 18h14
Voir un dragon de Komodo allongé sur une table d’opération, entouré d’une équipe de vétérinaires en blouse, n’est pas une scène que l’on observe tous les jours. Encore moins lorsque l’intervention constitue une première en France.
Le 5 juin dernier, le Dr vétérinaire Guilhem Divol, ophtalmologiste exclusif à la clinique du Micocoulier, au Muy, a participé à une opération hors du commun : rendre la vue à Curu, un dragon de Komodo mâle de 13 ans pensionnaire du Touroparc Zoo, près de Lyon. Une intervention spectaculaire qui n’avait été réalisée que trois fois dans le monde auparavant : deux fois aux États-Unis et une fois en Espagne.
Un impressionnant géant privé de la vue
Avec sa longue queue puissante, ses épaisses pattes griffues et sa langue bifide qu’il ne cesse de tirer comme dans un film d’aventure, Curu impressionne immédiatement. Mais derrière cette allure de véritable dinosaure vivant se cachait un animal qui souffrait depuis plusieurs années. Progressivement, une cataracte bilatérale avait envahi ses deux yeux, jusqu’à lui faire perdre totalement la vue.
Fin février, Guilhem Divol et sa consœur, la Dr vétérinaire Camille François, réalisent les premiers examens. Le verdict tombe rapidement : seule une opération permettra au reptile de retrouver la vue.
Une opération jamais réalisée en France
Sur le papier, la chirurgie ressemble à celle pratiquée quotidiennement chez l’Homme. En réalité, tout devient beaucoup plus complexe lorsqu’il s’agit d’un dragon de Komodo de 50 kilos. L’animal est venimeux, particulièrement dangereux et surtout ectotherme, c’est-à-dire que son organisme dépend directement de la température extérieure pour fonctionner normalement. Impossible donc de le transporter dans n’importe quelles conditions.
La décision est alors prise… de déplacer le bloc opératoire plutôt que le patient. La clinique vétérinaire de Belleville-en-Beaujolais, habituée à accueillir des animaux issus du parc zoologique, accepte de recevoir cette intervention exceptionnelle. Du matériel médical spécifique est également prêté pour l’occasion par deux grands acteurs de la santé animale et humaine.
« Tout le monde s’est mobilisé »
Pour Guilhem Divol, cette réussite dépasse largement le simple geste chirurgical. « La véritable réussite, c’est notre capacité à faire équipe », explique-t-il. Autour de lui, plusieurs vétérinaires venus d’horizons différents, les soigneurs du parc zoologique, l’équipe de la clinique et même les fournisseurs de matériel médical se mobilisent.
« Tout le monde s’est investi pour Curu. C’est fantastique. Cela répond aussi à une responsabilité que nous avons vis-à-vis des animaux, et particulièrement des animaux sauvages captifs. »
Une chirurgie… presque comme chez l’Homme
Après l’anesthésie générale et les derniers examens, l’opération peut enfin débuter. Le principe est finalement le même que pour un patient humain. « Avec l’âge ou certaines maladies métaboliques, le cristallin devient opaque. La lumière ne traverse plus correctement l’œil et la vision disparaît », explique le vétérinaire. L’objectif consiste donc à retirer ce cristallin devenu opaque afin de lui rendre sa transparence. « Curu vivait pratiquement dans le noir depuis plusieurs années, il souffrait. »
Le praticien reconnaît même avoir été surpris par l’anatomie du reptile. « Nous avons eu beaucoup de chance. Son œil mesure exactement la même taille qu’un œil humain : environ 22 millimètres. C’est même plus proche que celui d’un chien, alors que j’opère beaucoup plus souvent des chiens. » Une particularité qui a permis d’utiliser du matériel habituellement destiné à la chirurgie humaine.
Des images impressionnantes
La vidéo de l’intervention, publiée sur YouTube, montre les coulisses de cette journée exceptionnelle. On y découvre Curu installé sur une immense table d’opération, ses longues pattes dépassant largement du champ opératoire. Plusieurs membres de l’équipe transportent également un imposant caisson spécialement conçu pour assurer sa sécurité et maintenir les bonnes conditions de température.
Puis vient enfin le moment le plus attendu : après son réveil, le dragon retrouve progressivement son bassin. Sur les images, l’animal paraît beaucoup plus alerte, explorant de nouveau son environnement. Une immense satisfaction pour Guilhem Divol, qui aura contribué à écrire une petite page de l’histoire de la médecine vétérinaire française : « Voir un animal retrouver la vue après plusieurs années d’obscurité, c’est forcément une émotion particulière. »
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