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L’Agence spatiale canadienne (ASC) a lancé, cet été, un projet de conception d’une serre modulaire afin de produire facilement des aliments frais au Nunavut, avec l’ambition ultime d’adapter cette technologie à la Lune, voire à la planète Mars.
D'après Mathieu Tremblay, scientifique principal de l'exploration pour l'ASC, les technologies développées au Nunavut bénéficieront d'abord aux communautés inuit.
Lors de cette première phase du projet, la future serre en est à l'étape de conceptualisation. Elle devra offrir au Nunaviumut un rendement durable dans ce climat extrême de l'Arctique canadien, être facile à utiliser, et répondre à leurs besoins.
Une partie importante de ce qui fonctionnera dans l'Arctique devrait ensuite fonctionner sur la Lune, dit M. Tremblay.
Les Inuits sont les mieux placés pour comprendre le climat du Nunavut. Et ce climat, pour nous, représente un analogue avec la surface lunaire, ou avec l'environnement spatial en général. Il y a énormément de contraintes environnementales et logistiques qui sont vraiment similaires, explique le scientifique.

Mathieu Tremblay, scientifique principal de l'exploration pour l'Agence spatiale canadienne. Selon lui, sur le plan de la sécurité alimentaire, le Nunavut et la lune ont en commun d'être affectés par le froid extrême, l'absence prolongée de lumière solaire, mais également l'isolement, qui réduit l'accès aux ressources et à l'expertise.
Photo : Radio-Canada / Thomas Ethier
La souveraineté alimentaire avant tout
Par ailleurs, une compagnie basée à Ottawa, Growcer, a obtenu un contrat de 745 000 $ de l'ASC pour concevoir la serre au Nunavut.
Cette société, qui conçoit des serres modulaires adaptées aux communautés où elles sont implantées, travaille avec l'entreprise inuit Arctic Fresh, dont la mission est d'encourager la sécurité alimentaire et l'économie locale dans les communautés du territoire.
La priorité de ce projet, explique Corey Ellis, le PDG de Growcer, c'est la souveraineté alimentaire pour les communautés qui en bénéficieront
À l’heure actuelle, notre priorité, c’est d’écouter. On ne veut pas arriver avec nos gros sabots et imposer quoi que ce soit aux communautés.
Les résidents inuit choisiront notamment des aliments et plantes auxquels ils souhaitent avoir accès toute l'année, et décideront de certains aspects du fonctionnement de la serre, notamment en matière d'automation.
On ne s’en cache pas, c’est un projet qui est quand même assez difficile , souligne M. Ellis.
D'abord en raison du climat extrême, mais aussi de l'accès limité aux ressources. Comme dans l'espace, en cas de bris dans une communauté isolée de l'Arctique, il n'y a pas de quincaillerie aux alentours.
L'expert parle toutefois d'une évolution rapide des technologies, qui accroît la viabilité de ces solutions agroalimentaires pour le Nord canadien et, éventuellement, pour l'environnement spatial.

Le PDG de Growcer, Corey Ellis, montre les racines saines des plants et le type de culture hydroponique utilisée.
Photo : Radio-Canada / Nelly Albérola
Dans un même espace, Growcer parvient à faire pousser entre cinq et six fois plus de légumes qu'il y a 10 ans , affirme-t-il.
L'Agence spatiale canadienne, de son côté, compte sur les technologies d'automation, qui permettront à la fois aux Inuit du Nunavut et aux astronautes de faire fonctionner facilement le système et de pouvoir s'y fier.
L’accès aux experts en agronomie et à un personnel qualifié ne sera pas facile pour les résidents des communautés ni pour les astronautes sur la lune , souligne Mathieu Tremblay.
Les nouvelles technologies de réalité augmentée et d'intelligence artificielle pourraient ainsi être testées pour permettre un accès à distance aux installations par des spécialistes.
Selon l'Agence Spatiale canadienne, un concept final de serre modulaire pourrait être prêt à être réalisé d'ici la fin de 2028 au Nunavut.
Également engagée, la compagnie Arctic Fresh joue un rôle d'intermédiaire entre l'ASC et les communautés.
L'entreprise Nunavumiut a pour mission, entre autres, de favoriser la sécurité alimentaire et le développement économique dans les communautés du Nunavut.

À Yellowknife, qui a une courte saison agricole, une serre modulaire aménagée à côté de l’épicerie Co-op par la compagnie Growcer permet d'y vendre des produits frais à l'année.
Photo : Radio-Canada / Thomas Ethier
Nous voulons nous assurer que l’Agence Spatiale canadienne ne se limitera pas à venir collecter des données, avant de nous dire au revoir. Nous allons nous assurer que le projet est conçu en fonction de nos besoins, et qu'il soit viable, affirme Merlyn Recinos, co-président-directeur général d'Arctic Fresh.
L'entreprise impose comme condition d'inclure les jeunes des communautés dans toutes les étapes de consultation entourant le projet.
Une cohorte d'étudiants inuit visitera notamment l'Agence spatiale canadienne, en Saskatchewan, au cours des prochains mois, pour parler d'exploration spatiale, de nouvelles technologies, et de souveraineté alimentaire.
Nous devons saisir toutes les occasions d'initier les jeunes aux technologies de pointe qui arrivent dans le territoire, et leur donner confiance en leurs capacités, indique M. Recinos.
Ce sont eux, après tout, qui feront fonctionner ces nouvelles technologies, et qui dirigeront le Nunavut dans les années à venir.


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