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Un pédicure-podologue du Cotentin jugé pour avoir agressé sexuellement une dame de 90 ans

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Le 25 juin 2024, un pédicure-podologue de Valognes (Manche) intervenant dans un Ehpad avait été surpris dans la chambre d’une nonagénaire avec un préservatif et de la vaseline.

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A resident in is room in Kerloudan Retirement residential nursing care home in Ploemeur in Finistere in Brittany in France on on 23th of July 2025. (Photo by Martin Bertrand / Hans Lucas via AFP) - FRANCE-BRETAGNE-EHPAD-MAISON-DE-RETRAITE - FRANCE-BRETAGNE-EHPAD-MAISON-DE-RETRAITE

Une résidente d’un Ehpad de Valognes (Manche) a été agressée sexuellement par un pédicure-podologue âgé de 35 ans, le 25 juin 2024. ©Photo d’illustration / AFP

Par Nicolas Lepigeon Publié le 22 sept. 2026 à 18h08

« Je ressens une immense culpabilité d’avoir commis un acte odieux. » Que s’est-il passé exactement dans cette chambre d’un Ehpad de Valognes (Manche), le 25 juin 2024, peu après 15 heures ? Ou plutôt, que se serait-il passé de plus grave encore sans la vigilance de l’équipe soignante et administrative de cette paisible maison de retraite ? On ne le saura sans doute jamais.

Ce jour-là, un pédicure-podologue est surpris dans la pièce où vit une dame âgée – à l’époque – de 90 ans, décrite comme « grabataire », « en obésité morbide » et souffrant de la maladie d’Alzheimer. D’une part, il n’a aucune raison d’être là puisque la nonagénaire n’a pas de rendez-vous pour un soin des pieds. D’autre part, il vient de fermer la porte à clé de l’intérieur, ce qui ne figure pas dans les usages de l’établissement.

Des préservatifs et un tube de vaseline

En entendant la clenche actionnée par une soignante, il finit par ouvrir la porte et « le personnel découvre la patiente sur le côté, alors qu’elle a été installée quelques minutes auparavant sur le dos, comme d’habitude, et qu’elle n’est pas en capacité physique de faire seule un tel mouvement », a décrit la présidente du tribunal correctionnel de Cherbourg, ce mardi 22 septembre 2026 dans la matinée, lors du procès qui a duré près de quatre heures. En outre, « la hauteur du lit a été modifiée, elle a sa chemise de nuit remontée sur les hanches, et sa protection hygiénique est baissée et même arrachée sur un côté ».

La direction de l’Ehpad est prévenue, puis les gendarmes valognais sont alertés dans la foulée. Lors de la fouille, ils retrouvent un préservatif vide sur lui, et dans sa « mallette » de travail, encore six préservatifs et un tube de vaseline « qui n’a pas d’utilité dans le cadre de ses soins ». Précision importante : ce tube n’a plus son bouchon, il est retrouvé dans la protection hygiénique…

Quand l’équipe de l’établissement demande à la résidente – avec qui la communication est compliquée – si elle va bien, « elle répond non et a des yeux larmoyants, alors qu’elle est habituellement très souriante », a poursuivi la magistrate dans son récit des faits.

À 35 ans, il est accro à la masturbation

Alors qu’une agression sexuelle est aussitôt suspectée, un examen gynécologique est pratiqué le jour même sur la résidente, qui ne décèle pas de lésions traumatiques. En revanche, des traces de vaseline sont retrouvées « sur sa zone intime ». Le pédicure-podologue est placé en garde à vue, il est interrogé par les enquêteurs pendant 48 heures puis est placé en détention. Il reste en prison jusqu’au 11 juillet 2024, avant d’être remis en liberté sous contrôle judiciaire.

Né à Argentan, cet homme de 35 ans au casier judiciaire vierge reconnaît les faits, en donnant sa version. Il avoue être accro à la masturbation, la plupart du temps dans son cabinet situé au premier étage du Pôle de santé libéral ambulatoire (PSLA) de Valognes, « la porte fermée à clé », mais aussi dans les toilettes des établissements sanitaires et médico-sociaux dans lesquels il intervient. Peu de temps après les faits, il a été suspendu puis radié de l’Ordre des pédicures-podologues, et la patientèle a été revendue à une autre spécialiste.

À la barre, ce 22 septembre, il a longuement été questionné sur le déroulement des faits. « J’ai commencé à couper et limer les ongles à cette dame, puis j’ai voulu voir ses parties intimes pour être excité, stimulé. C’est de la connerie incompréhensible. Je sais que je n’ai pas à faire ça, que ce n’est pas moralement acceptable. Mais je ne voulais pas lui faire de mal ; au final j’ai fait du mal à tout le monde. J’ai voulu me masturber dans sa salle de bains. Quand j’ai entendu clencher, j’ai paniqué et j’ai voulu lui remettre sa protection avant d’ouvrir la porte. J’avais le tube à la main, c’est à ce moment-là que de la vaseline a dû couler sur elle. »

« Paralysé, abattu »

Pris en flagrant délit, « je suis paralysé sur le coup, abattu, dégoûté de moi-même. Je sais que ma vie va s’effondrer ». Sa femme, enceinte à l’époque de leur deuxième enfant, n’a jamais rien soupçonné.

Elle a confié aux enquêteurs que c’était un mari exemplaire, travailleur, gentil, prévenant. Elle est sidérée, elle a du mal à le croire.

Le prévenu, qui assure ne pas avoir d’attirance particulière pour les personnes âgées, a évoqué « le cumul d’une souffrance et d’une frustration sexuelle » pour expliquer sa pratique récurrente de l’onanisme.

Aidé notamment par 16 séances chez le psychologue jusqu’en mai 2025, le prévenu a assuré qu’il allait mieux grâce à ces soins, qu’il travaillait désormais comme intérimaire et voulait se reconvertir dans les métiers du bâtiment. Malgré la « déflagration », le couple a recollé les morceaux, « mais j’ai perdu des amis et des membres de ma famille qui ont été choqués et se sont sentis trahis ».

Un an de prison requis

Après avoir souligné « le professionnalisme de l’équipe de cet Ehpad », la substitut du procureur a rappelé que les faits de viol avaient été écartés, mais qu’il s’agissait bien d’une « agression sexuelle aggravée. Étant déficiente physiquement et psychologiquement, j’ai envie de dire que c’était la proie idéale, car elle ne pouvait pas se défendre », s’est-elle insurgée face au prévenu, mais aussi devant les quatre enfants de la victime, dont l’avocat a demandé 3 000 € par personne en réparation.

La magistrate du parquet a requis un an de prison ferme, peine aménageable sous la forme d’un bracelet électronique, avec un suivi socio-judiciaire pendant trois ans («ce sera 18 mois de prison s’il n’est pas respecté »), l’interdiction d’exercer une activité professionnelle auprès de personnes vulnérables pendant 5 ans ; l’inéligibilité pendant 5 ans ; et l’inscription au FIJAISV, le Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes.

La décision du tribunal sera rendue le mardi 13 octobre 2026, à 9 heures.

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