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En annonçant une "dissuasion avancée" à dimension européenne pour le parapluie nucléaire français, Emmanuel Macron a reconnu une évidence : le monde a basculé, et l'Europe avec lui. L'ombre de la guerre en Ukraine, un Donald Trump défiant l'atlantisme traditionnel… : tout concourt à refermer la parenthèse des "dividendes de la paix".
Dans ce contexte, européaniser le parapluie nucléaire français n'a plus rien d'un tabou. C'est un geste politique, presque existentiel. L'idée que les "intérêts vitaux" de la France puissent inclure ceux du continent répond à une attente croissante : celle d'Européens lassés d'être relégués au rang de variables d'ajustement des rapports de force essentiellement sino-américains. À Berlin, à Varsovie, à Stockholm, le débat s'est déplacé. Il faut saluer ce mouvement. En liant sa force de frappe à une réflexion collective, la France reconnaît que la souveraineté, au XXIᵉ siècle, se conjugue à plusieurs. Elle rassure aussi – les Allemands surtout −, en réaffirmant le rôle concomitant de l'Otan : l'émancipation ne signifie pas la rupture.
Mais ces avancées se nouent en formats restreints, au gré des urgences, entre exécutifs volontaires, pas au sein des Ving-sept. Certes, l'Europe des petits cercles avance plus vite que celle de l'ensemble des 27 États membres ; mais elle peut aussi se déliter au prochain scrutin. La tentation du chacun-pour-soi n'a pas disparu.
Surtout, la dissuasion nucléaire ne saurait tenir lieu de projet politique. Elle protège, elle n'unit pas. Elle impressionne, elle ne bâtit pas de puissance économique, industrielle, technologique. Or la souveraineté européenne ne se gagnera pas seulement dans les exercices de coopération militaire. Elle se jouera dans les chaînes d'approvisionnement, dans la maîtrise du numérique, dans l'énergie, dans la capacité à parler d'une seule voix face aux crises ou guerres qui secouent notre monde depuis plusieurs années. La plus récente d'entre elles, au Moyen-Orient, contribuera aussi à redessiner notre voisinage.
"Pour être libre, il faut être craint" : Emmanuel Macron redéfinit la dissuasion nucléaire françaiseLe sursaut face aux brutalités du trumpisme peut être un ferment d'unité. Encore faut-il qu'il débouche sur une architecture durable, moins dépendante des humeurs électorales et des coalitions circonstancielles. L'initiative française est courageuse. Elle n'est qu'un commencement. L'Europe ne sera vraiment souveraine que lorsqu'elle cessera d'additionner des volontés nationales pour se penser comme une puissance en propre. Refrain connu. Mais à répéter.
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