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Sur Arte, un documentaire foisonnant revient sur l’édification du monument voulu par Napoléon III et terminé sous la IIIe République.
Passer la publicité Passer la publicité« Cette idée d’œuvre d’art totale est très importante, elle revient très souvent dans la manière dont Garnier présente son opéra. Ce qui compte, c’est l’unité, la cohérence, l’harmonie de l’architecture. L’édifice lui-même est un assemblage de différents morceaux unifiés par un langage esthétique commun. » Les mots de Paul Perrin, directeur de la conservation et des collections du Musée d’Orsay, définissent parfaitement le monument créé par Charles Garnier.
Le foisonnant documentaire de Patrick Cabouat, Un opéra pour un empire, raconte comment Napoléon III décide la construction d’un nouvel édifice après l’attentat à la bombe qui a lieu dans la salle de spectacle située rue Le Peletier en 1858. L’idée est de bâtir un opéra plus sûr et dont le prestige sera à la hauteur du faste impérial. Le concours lancé en 1860 est remporté par un jeune architecte inconnu qui est préféré notamment au célèbre Eugène Viollet-le-Duc dont il fut l’élève quelques années plus tôt.
« L’histoire nous apprend que le concours, qui a rassemblé 171 projets, a été mené de façon tout à fait objective », indique Alice Thomine-Berrada, conservatrice aux Beaux-Arts de Paris. L’historienne rappelle que l’empereur « accordait énormément d’importance aux questions architecturales ». Une réalité marquée par les travaux de transformation radicale de Paris dont le souverain a chargé le baron Haussmann depuis 1853.
Gouffre financier
« Le projet de Garnier s’impose pour des raisons de clarté », explique l’experte, qui souligne le côté novateur du créateur. « C’est quelqu’un qui finalement est en rupture avec la génération qui le précède. Parce qu’il ne pense pas l’architecture à partir de dessins mais à partir de volumes. » La proposition architecturale de celui qui fut lauréat du Grand Prix de Rome six ans plus tôt, se caractérise en effet par la très grande lisibilité des trois volumes de son opéra. La partie avant du monument est dévolue au public. Celle qui est au centre est consacrée au spectacle. Et la partie arrière est affectée à l’administration. À gauche et à droite, deux rotondes encadrent le bâtiment central. La première est dédiée à l’entrée des abonnés, la seconde à celle de l’empereur.
Lors des cinq années que Charles Garnier, alors étudiant, passe à Rome, le jeune homme apprend l’interdisciplinarité artistique. Il côtoie en Italie des peintres, des graveurs, ou encore des sculpteurs. C’est durant cette période qu’il se rapproche de deux artistes français majeurs : le sculpteur Louis-Félix Chabaud et le peintre Paul Baudry. « Ce sont vraiment deux personnages très proches de Garnier, dans leurs inspirations, leurs modèles. Ils partagent un goût pour le baroque, pour le maniérisme, pour certaines figures comme Michel Ange. Donc, ils ont vraiment des affinités en termes de sensibilité artistique », raconte Paul Perrin. Résultat : Chabaud et Baudry sont deux membres incontournables de l’équipe rassemblée par Garnier pour réaliser l’œuvre de sa vie.
Le chantier lancé en 1861, qui s’étale sur près de quinze ans, est marqué par des disputes. En particulier avec le baron Haussmann, dont les idées architecturales s’appuient sur une certaine sobriété qui s’oppose à l’éclat et au luxe voulus par le créateur du nouvel opéra. D’autre part, s’expriment les critiques acerbes des républicains qui dénoncent un gouffre financier. Enfin, la chute de l’Empire a failli mettre définitivement fin au chantier. Heureusement, la IIIe République décide de reprendre l’édification de l’opéra et de rappeler le génial Garnier qui termine son chef-d’œuvre en 1875.


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