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Le Mois de l’Histoire des Noirs est source de fierté et d’engagement pour certains, toutefois, il suscite le rejet ou l’indifférence pour d’autres. Au sein de la communauté afro-descendante, un même mois révèle des visions opposées.
Ceux qui soutiennent le Mois soulignent que l’importance de la mémoire collective est au cœur de la réflexion et que donner de la visibilité à l’histoire et aux contributions des Afro-descendants est essentiel.

Emmanuel Ngoma explique l’importance de souligner l’apport économique des communautés noires au développement de la société canadienne.
Photo : Radio-Canada / Espérance Fatuma
Il est important qu'il y ait aussi un mois pour reconnaître la contribution que les noirs ont apportée à l'élaboration de la société canadienne et à son économie, affirme Emmanuel Ngoma, originaire du Congo démocratique et résidant à Sudbury.
Pour Jacques Fanche, Camerounais vivant à Sudbury, l'événement permet d'ancrer les récits dans le temps.

Jacques Fanche croit que la célébration des exploits des prédécesseurs favorise l’intégration des nouveaux arrivants.
Photo : Offerte par Jacques Fanche
Il faut célébrer ceux qui nous ont précédés […] fixer leurs exploits, leurs prouesses, leur contribution, leurs défis, leurs épreuves et leur faiblesse aussi dans la mémoire collective et des nouveaux arrivants, dit-il.
De l’avis de Joane Assad, une Haïtienne vivant à Ottawa, [le Mois de l’histoire des Noirs] est nécessaire parce que c’est déjà un sujet qu’on n’aborde pas dans le curriculum scolaire. On s’entend que c’est pas des sujets qu’on va aborder dans la vie de tous les jours, par exemple autour d’un repas à table.
Aly Acacia, de Montréal et originaire d’Haïti, pense pour sa part que le mois de l’histoire des Noirs, c’est un moment nécessaire pour corriger le déséquilibre dû à la colonisation, à l’invention de la notion de race et du racisme.

Aly Acacia milite pour la préservation des archives afin de créer de nouveaux récits historiques plus équilibrés.
Photo : Offerte par Aly Acacia
À Toronto, Demar Kemar Hewitt, originaire de la Jamaïque, voit aussi une valeur introspective dans cette période. Cela nous offre l’occasion de réfléchir sur nos expériences générales en tant que personnes noires et d’avoir un certain niveau d’introspection.
Les réserves au sujet du Mois de l’Histoire des Noirs
À l’inverse, certains critiquent l’initiative, estimant qu’elle crée un cadre trop limité ou insiste finalement sur la couleur de peau.
À force d’identifier une date pour que les noirs valorisent leur empreinte dans l’humanité, on fait en sorte qu’on ait l’obligation de parler de couleur, de noirs, de blancs à n’en plus finir, déplore Fenley Cius, originaire d'Haïti et résidant à Ottawa.

Fenley Cius exprime ses réserves en ce qui concerne une célébration qui, selon lui, risque de diviser la société par une insistance sur la couleur de peau.
Photo : Offerte par Fenley Cius
Pour moi, cette lutte-là est révolue, et à chaque fois qu’on fête les noirs, on remet en question la couleur de la peau. Cela divise notre société.
Marie-Judith Langlois, Haïtienne née au Québec et vivant à Montréal, critique la restriction spatio-temporelle de l'initiative.

Pour Marie-Judith Langlois, l’histoire des Afro-descendants ne doit pas être limitée à un calendrier ou à un territoire restreint.
Photo : Offerte par Marie-Judith Langlois
Dire le Mois de l'histoire des Noirs, c'est limiter l'histoire à un certain temps et espace alors que l'histoire est beaucoup plus grande que ça […], comme si notre histoire commençait à partir d'une certaine époque, dit-elle.
Pourquoi ce mois peut-il susciter un malaise ?
Rachel Décoste, consultante en histoire des noirs, explique que le malaise provient d'une transformation de l'essence même de l'événement.
À l’origine, rappelle-t-elle, le Mois de l'histoire des Noirs à son origine […] était par et pour les Afro-descendants.

Rachel Décoste rappelle que, créée en 1926 par l’historien Carter G. Woodson aux États-Unis, la « Semaine de l’histoire des Noirs » (Negro History Week) se tenait en février. Elle est devenue un mois complet en 1976.
Photo : Rachel Décoste
L’objectif était alors de dresser un bilan collectif. Comment on s'est rapproché de la Liberté avec un grand L ? […],souligne-t-elle.
Selon Mme Décoste, cette force militante s’est estompée.
Ça a dilué un peu la force de la semaine, qui est devenue un mois. Et puisque c’est désormais un mois qui intéresse aussi les blancs — avec sincérité ou non — pour les noirs, ça a perdu ses griffes.
Elle s'interroge aussi sur l'impact réel du symbole. Est-ce qu’on peut dire que c’est vraiment dans le curriculum des écoles ? Est-ce qu’on peut dire que la population en général est plus informée ?
Frank Mackey, auteur de L'esclavage et les Noirs à Montréal, apporte une nuance et voit dans ces initiatives un pont entre les cultures et un éveil des consciences.
C'est sûr qu'il y a des progrès, parce que bien des gens aujourd'hui sont au courant de certaines facettes de l'histoire des noirs […], dit-il.

Frank Mackey constate des progrès dans la connaissance des personnages marquants de l’histoire noire au pays.
Photo : Radio-Canada / Mireille Lavoie
Il ajoute qu’anciennement, on n’avait pas les moyens de communiquer entre les différents groupes.
Vivre l’histoire toute l’année
La réflexion se poursuit sur la manière de vivre et transmettre cette histoire tout au long de l’année.

Joane Assad rappelle que le manque de représentativité dans le curriculum scolaire rend ce mois de commémoration indispensable.
Photo : Radio-Canada / Aïda Semlali
[…] Ce n'est pas seulement un mois de célébration, mais c'est aussi un mois de commémoration, souligne Joane Assad.
Jacques Fanche abonde dans le même sens.
Il ne faut pas attendre le Mois de février pour vivre ce mois, il faut manifester son identité pendant tous les mois, partager son histoire, son identité avec ceux qu'on voit.
Pour Aly Acacia, [l'objectif final est que cette histoire soit intégrée au quotidien] et qu’un mois spécial ne soit plus nécessaire. Mais nous n'en sommes pas encore là.
Pour y parvenir, il suggère de soutenir des institutions culturelles, financer des musées. Sortir les archives, les protéger, surtout à l'ère de l'internet. […] Il faut aussi créer de nouveaux récits, conclut-il.


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