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Un modèle novateur de construction pour sortir les gens de la rue à Ahuntsic-Cartierville

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La construction de 42 logements de transition destinés aux personnes en situation d’itinérance débutera à Ahuntsic-Cartierville dès cet été, a annoncé l’administration Martinez Ferrada jeudi. Il s’agit de la première construction neuve, entièrement destinée aux sans-abris et hors du marché spéculatif au Québec.

Le modèle de la Maison du Coin s'inspire d'initiatives que l'on retrouve entre autres dans l’Ouest canadien. Jusqu’alors, les logements de transition utilisaient des constructions existantes, comme des églises.

La Mission Bon Accueil, qui administrera l'endroit une fois la construction terminée, souhaite accueillir ses premiers usagers en 2027.

La clé du projet? Le privé prend qu’une part du risque financier, contrairement aux projets sociaux qui bénéficient normalement uniquement de subventions, explique l’ancien flippeur et président-cofondateur de Domicile fixe, Jean-François Tremblay, qui chapeaute le projet.

Résultat : le coût du projet pour la Ville chute et le rôle de l'administration change. Elle accélère le projet en offrant des permis de construction rapidement ou en validant les zonages, par exemple.

Un projet comme la Maison du coin bénéficie de 15 à 20 % de financement public et l’édifice contracte une hypothèque pour le reste, une dette normale, détaille M. Tremblay.

Jean-François Tremblay.

Domicile Fixe doit commencer la construction des logements de La Maison du Coin dès cet été, a expliqué l'ancien « flippeur » et président-cofondateur de Domicile fixe, Jean-François Tremblay.

Photo : Ivanoh Demers

La construction commencera cet été, même si les montages financiers et les plans de construction n’étaient pas terminés au moment de l'annonce.

On commence et on construit l’avion pendant qu’il vole. Mais on ne peut pas attendre que tous les projets se ficellent avant de commencer la construction. Les gens dans la rue vont attendre encore 10 ans, affirme la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada en conférence de presse.

Ce changement de paradigme de la Ville veut accélérer les mises en chantier des projets sociaux.

La Ville s’assoit depuis des années sur 89 terrains et bâtiments, en raison de l’attente de volets financiers avant d’entamer la construction, a dit la mairesse.

À un moment donné, ça ne marche pas. […] Tant et aussi longtemps qu’on a des gens dans la rue, on aura un échec d’un pays dans le G7 et dans une ville qui est une grande métropole, note-t-elle.

Trop longtemps, le public a présumé de la mauvaise foi du privé, poursuit-elle. Une mentalité qu’elle veut changer en leur tendant la main pour voir plus de projets qui allient le privé, le public et le communautaire.

Questionné à savoir si le projet est rentable pour le privé, M. Tremblay acquiesce. C’est une entreprise privée, qui est rentable. Et on est dans des cibles de marché standard, explique-t-il.

Samuel Watts.

Le président et directeur général de Mission Bon Accueil, Samuel Watts.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La charité seule ne répond pas aux défis sociaux complexes. […] Une personne qui est dans un lit de camp ou dans un refuge d’urgence ne peut pas se retrouver [dans une situation de] stabilité, abonde en ce sens le président et directeur général de Mission Bon Accueil, Samuel Watts.

Il estime que la gestion de la crise doit commencer par davantage de logements de la sorte. C’est la multiplication de ces projets qui enrayera la crise, selon lui.

Une équité territoriale

Les résidents avoisinants ont été consultés, a assuré la mairesse de l’arrondissement d'Ahuntsic-Cartierville, Maude Théroux-Séguin, honorée d'accueillir le projet.

Maude Théroux-Séguin, mairesse de l’arrondissement d'Ahuntsic-Cartierville.

La mairesse de l’arrondissement d'Ahuntsic-Cartierville, Maude Théroux-Séguin, s'est réjouie de l'annonce du projet sur son territoire.

Photo : Ivanoh Demers

Cet automne, en pleine campagne, Mme Martinez Ferrada s’était engagée à livrer au moins 2000 logements de transition pour les itinérants.

Son parti veut investir près de 30 millions $ par année dans la lutte contre l’itinérance. L’administration de Valérie Plante y consacrait près de 9,8 millions $ dans son dernier budget, soit près du tiers.

En conférence de presse, elle a rappelé l’importance d’une offre partout en ville pour parvenir à une équité territoriale. Il va falloir des plus petits projets un peu partout. Mais ça va demander beaucoup de travail et de communication avec les citoyens pour défaire la perception qu’on a envers l’itinérance. Et ça, il faut se le dire, on a du travail à faire, a-t-elle mentionné.

Deux sites d’habitations avec accompagnement pour les personnes en situation d'itinérance ont été inaugurés en 2026. Au total, quelque 90 personnes bénéficient de l’initiative déployée dans plusieurs quartiers de Montréal. Déjà, la mairesse mentionnait chercher des solutions pour sortir les gens de la rue à plus long terme.

La hausse du coût des loyers a ralenti dans les grandes villes canadiennes en 2025 par rapport à l'année précédente, excepté à Montréal, où la croissance s'est accélérée, selon la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL).

Selon le dernier dénombrement, plus de 5000 personnes vivent dans la rue à Montréal. C’est la région la plus touchée par la crise avec une proportion de 230 sans-abri par 100 000 habitants, en hausse de 6,7 % depuis 2022.

Soraya Martinez Ferrada.

La mort de deux personnes en situation d'itinérance a bouleversé la mairesse, qui a prononcé un discours empreint d'émotion lors d'une annonce médiatique. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

En mars, Mme Martinez Ferrada a lancé un énième cri du cœur aux gouvernements, en soutenant que la métropole a besoin d’aide alors que la crise de l’itinérance prend de l’ampleur. En pleurs, elle réagissait à la mort de deux personnes en situation d’itinérance mortes en 24 heures.

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