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Un géant de la défense voit grand pour Montréal

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Au premier coup d’œil, les automobilistes pourraient penser qu’il s’agit d’un radar routier mobile. Suffisamment en tout cas pour en convaincre certains de lever le pied lorsque Philippe-Édouard Prévost passe au crible la circulation à travers ses jumelles surdimensionnées.

« Voulez-vous voir par vous-même ? », propose l’ingénieur mécanique.

En regardant à travers les jumelles, la haute résolution de la vision infrarouge permet de faire ressortir les moindres détails, comme un oiseau qui se pose sur les branches d’un arbre ou le moteur, encore chaud, d’un véhicule qui vient de se stationner tout au bout de la rue. « Que ce soit le jour ou la nuit, vous voyez exactement la même chose », explique l’ingénieur, fier de présenter son petit bijou de technologie.

Car loin d’être conçues pour effrayer les automobilistes, ces jumelles de vision thermique dernier cri sont plutôt vouées à la reconnaissance de cibles à longue portée — jusqu’à 23 km —, et destinées aux armées du monde entier. C’est la division montréalaise de la multinationale française Thales qui les fabrique depuis le mois de février dans son usine de l’arrondissement de Saint-Laurent.

Poussée par la hausse des dépenses militaires dans le monde en Occident, l’entreprise spécialisée dans la conception et la fabrication de systèmes optroniques de pointe s’apprête à doubler sa production dans son usine de Montréal, la faisant passer de 2000 à plus de 4000 unités par année. Sa nouvelle ligne de production de jumelles thermiques refroidies constitue l’un des piliers de cette stratégie d’expansion.

La démonstration organisée par Philippe-Édouard Prévost a lieu sur le stationnement de l’usine, dont Le Devoir a eu l’occasion de franchir les portes.

Une chaîne d’assemblage flambant neuve

Avant d’entrer dans la salle blanche où sont assemblées les jumelles thermiques, le visiteur est invité à enfiler une combinaison, un filet à cheveux et des couvre-chaussures. Ici, la moindre poussière peut compromettre l’assemblage des systèmes optroniques. Il ne faudrait pas qu’un cheveu se glisse entre deux lentilles de germanium, un semi-conducteur permettant la transmission de la lumière dans le spectre infrarouge.

Environ 20 employés sur les 70 que compte l’entreprise s’affairent à différentes étapes de l’assemblage de ces jumelles parmi les plus sophistiquées du marché. Leur nom : les SOPHIE Ultima. Bientôt, avec l’agrandissement des installations de Thales, ils seront plus de 110 à en assurer l’assemblage. « On a vraiment un besoin d’agrandissement pour répondre à tous ces marchés qui sont en pleine expansion », explique le directeur général de l’optronique pour Thales au Canada, Manny Maes.

La visite se poursuit et Manny Maes pointe désormais une caméra en cours d’assemblage, tenue fermement par un bras robotisé. Pas de photo possible, secret industriel oblige. À cette étape de la fabrication, il faut insérer lentement et précisément la carte mère, qui compte une intelligence artificielle (IA) permettant à la caméra de reconnaître trois types de cibles, explique M. Maes. « On a un système qui va détecter de façon automatique tout mouvement de chaleur. Humain, véhicule et drone : l’IA va identifier ces trois types d’objets et les encadrer avec des couleurs. »

Utiliser l’IA pour détecter les drones

L’ajout de cette fonction aux nouvelles caméras s’explique notamment par une évolution des méthodes de guerre, intervient Daniel Czuboka, directeur des opérations d’ingénierie. « Les clients nous demandent : “Pouvons-nous repérer les drones ?” C’est ce qui importe. Désormais, c’est là que se déroule la guerre. »

Souhaitant se battre à armes égales, plusieurs États choisissent donc d’adopter la technologie. C’est le cas des Forces armées canadiennes, qui ont commandé 200 jumelles SOPHIE Ultima. C’est un appel d’offres formulé il y a quatre ans par le gouvernement fédéral qui a fait germer l’idée de créer une nouvelle chaîne de production à Montréal, rappelle Manny Maes.

L’essentiel de la production de la division montréalaise de Thales se destinera toutefois à l’étranger, dans plus d’une vingtaine de pays en Europe, au Moyen-Orient et en Asie. « Le Canada, l’Europe, ils ont tous une stratégie de réarmement, d’achat de nouveaux véhicules. Tout ça fait en sorte qu’il y a une grande demande pour la technologie qui va être embarquée sur ces véhicules », fait savoir M. Maes.

Si la technologie est née en France, sa production est bel et bien implantée à Montréal depuis février. Ainsi, même si les jumelles vont voyager aux quatre coins du monde, l’entreprise entend en tirer des bénéfices ici. « On garde le contrôle sur la technologie, affirme Manny Maes. La fabrication se fait dans un autre pays, mais nous, on va chercher des redevances. Il y a quand même une valeur qui est conservée chez nous. »

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