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L’écosystème informatique de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) « est fragile et manque de résilience face [...] aux incidents dans certains domaines ». C’est ce qui ressort d’un rapport d’enquête sur les pannes qui ont causé, l’automne dernier, des retards dans certains aéroports et dans le traitement de marchandises aux postes frontaliers terrestres.
Les pannes, qui ont commencé le 28 septembre, se sont étalées jusqu’au 5 octobre.
Elles ont entre autres causé des retards à de nombreux camionneurs. Certains disent avoir dû attendre plus de 30 h pour pouvoir traverser la frontière, notamment dans la région de Windsor et du Niagara.
Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, avait alors demandé à l’ASFC de lui fournir un rapport expliquant les détails de la panne et les mesures prévues pour éviter que la situation ne se reproduise.
Une mise à jour et un correctif ratés
Le document préparé conjointement par l'ASFC et Services partagés Canada (SCC) est daté du 31 octobre, mais vient d'être rendu public (nouvelle fenêtre).
Il indique que la première panne est survenue le 28 septembre après une mise à jour des bases de données qu’utilisent les agents frontaliers.
Il s’agit d’un exercice régulier et qui est censé se faire sans interruption de service, peut-on lire dans le rapport.
Or, ce jour-là, Services partagés Canada (SPC) n’a pas effectué une modification préalable essentielle pour permettre cette mise à jour, ce qui a directement entraîné la corruption des données opérationnelles, des pannes en cascades du système et des interruptions de service.
Bien qu’une intervention technique [ait] permis de résoudre la majeure partie du problème, certains travaux de rétablissement des données opérationnelles se poursuivaient encore le 25 octobre, toujours selon le rapport.

L'aéroport Montréal-Trudeau été touché par la panne. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Un deuxième incident est survenu le 29 septembre, alors que SPC appliquait un correctif de sécurité critique et connu aux systèmes de l’ASFC.
Ce correctif a entraîné une interruption des communications entre les compagnies aériennes et l’ASFC, indique le document.
Par exemple, les compagnies aériennes n’ont pas été en mesure de recevoir à temps la confirmation manuelle de la part de Transports Canada concernant certains voyageurs figurant sur la liste d’interdiction de vol.
La situation a causé des retards à l’embarquement dans des aéroports étrangers et nationaux et certains passagers ont même raté leur vol, souligne le rapport.
Manque de rigueur dans les communications
Le rapport énumère une série de leçons essentielles tirées des pannes.
Entre autres, les communications internes de l’ASFC concernant les incidents manquent de précision et de rigueur et la gestion des changements et des incidents informatiques de l’ASFC et de SPC n’est pas bien intégrée.
L’ASFC ainsi que SPC doivent, entre autres, mettre en place une gestion conjointe des changements informatiques avec les partenaires de l’industrie aérienne ainsi que la chaîne commerciale.
Le rapport dresse aussi une série de mesures à mettre en place pour éviter que les pannes ne se reproduisent. Les dates d'échéance varient de novembre dernier à octobre 2026.
Le document recommande, par exemple, de collaborer avec les organismes centraux afin de veiller à ce que la dette technique de l’ASFC soit clairement considérée comme un risque gouvernemental majeur et qu’elle soit traitée en priorité par SPC et l’ASFC.
De plus, le rapport recommande de sensibiliser davantage le personnel de SPC aux opérations de l’ASFC en vue d’amorcer un changement culturel qui améliorera la responsabilité individuelle et collective.
SPC n’est pas suffisamment informé des répercussions concrètes des pannes des systèmes de l’ASFC sur les affaires dans le monde réel ni des risques pour la sécurité nationale et économique auxquels le Canada est exposé lorsque les outils numériques de l’ASFC ne sont pas disponibles.
Dans un courriel envoyé à CBC, le directeur général de l’Association canadienne des transitaires internationaux, Bruce Rodgers, indique que son organisme est de plus en plus préoccupé par le manque de communication de l'ASFC envers les partenaires essentiels de la chaîne commerciale qui tentent de soulever des questions préoccupantes afin que nous puissions travailler ensemble à trouver des solutions.
Le temps nous dira si les mesures que contient le rapport seront efficaces, écrit-il.
Des appels à moderniser la technologie
Je crois que le plan indique clairement que nous avons un problème et que nous devons le résoudre, affirme le président de l’Alliance canadienne du camionnage, Stephen Laskowski.
Bien que la panne de l’automne dernier ait été l’une des pires observées par les membres du regroupement, les pannes sont malheureusement devenues de plus en plus fréquentes et augmentent en gravité, déplore M. Laskowski.
Il presse le gouvernement fédéral d’investir dans la modernisation des systèmes informatiques dont dépendent les agents frontaliers.
Ce qui est frustrant, c’est que le gouvernement précédent a fait des investissements sans précédent dans [la construction] du nouveau pont Gordie-Howe [qui reliera Windsor et Détroit] [...], mais il n’y a pas d’engagement similaire à investir dans l’informatique, ce qui est derrière l’infrastructure physique, note-t-il.
C’est comme acheter une voiture toute neuve et s'apercevoir que le fabricant y a mis un moteur vieux de 10 ans. Ça a l’air beau, mais sans un nouveau moteur, elle ne fonctionnera pas comme elle le devrait.

Stephen Laskowski est le président de l'Alliance canadienne du camionnage. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
L’efficacité de la frontière canado-américaine est particulièrement importante à la veille d’une renégociation de l’accord de libre-échange avec les États-Unis, déclare M. Laskowski.
Nous avons besoin d’un plan et nous devons régler les problèmes. Le commerce entre les États-Unis et le Canada est important pour nos deux pays.
Nous sommes conscients des défis, mais, en même temps, le commerce ne peut pas continuer à échouer, ajoute Bruce Rodgers de l'Association canadienne des transitaires internationaux.
Le bureau du ministre Anandasangaree n’a pas immédiatement répondu aux demandes d’entrevues de CBC.
L’ASFC et SPC sont déterminés à garantir la fiabilité des services informatiques de l’ASFC et leur capacité à répondre pleinement aux besoins du Canada en matière d’économie et de sécurité nationale, peut-on lire dans le rapport.
Avec les informations de Chris Ensing, de CBC


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