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ACTUALITÉS
Un documentaire diffusé en 2007 sur la chaîne TRT Belgesel, en Turquie, témoigne que les Juifs karaïtes sont les héritiers de l’Empire khazar ✡Bill Taylor explore les liens dans le mouvement sabbatéen-frankiste et sa forte influence sur des familles prépondérantes à travers l’histoireLes Mémoires de Moses Porges von Portheim (1781-1870) racontent sa vie, son initiation à la cour frankiste et son audience avec Eva FrankLe testament de Gottlieb Wehle : Le plus récent écrit par un juif sabbatéen qui n’a jamais renié les principes de la doctrine des Frankistes ✡ ✡ ✡Le juge de la Cour suprême des États-Unis, Louis Dembitz Brandeis, était un crypto-juif issu d’une famille du mouvement frankiste sabbatéen ✡ ✡L’influence du frankisme sabbatéen sur l’état du monde actuel : le mouvement messianique juif hérétique propagé aux XVIIIe et XIXe sièclesJe partage une vidéo intéressante de Christ The King, intitulée Jacob Frank : Le faux converti juif qui a introduit une secte secrète dans l’ÉgliseL’histoire qu’on nous raconte au sujet de saint Carlo Acutis, « l’influenceur de Dieu » et patron d’Internet, n’était-elle qu’une pure invention ?Selon ce qu’écrivait le pasteur Theophilus Gale dans son chef-d’œuvre, La Cour des Gentils, les Juifs étaient qualifiés par Hérodote de PhéniciensDébat virulent entre le professeur Mohammed Marandi et l’avocat Alan Dershowitz concernant la guerre en Iran et à Gaza, avec Piers MorganEXCLUSIF — La traduction française du livre du Pr Ariel Toaff, « Pâques de sang », est désormais disponible aux membres du Club VIP ‒ [Intégral]Téléchargez mon application Android et suivez toutes mes actualités sur votre téléphone et votre appareil mobile peu importe où vous êtesLe Dr Paul Garnault nous offrait une critique du livre du théologien Hermann Leberecht Strack sur le sang et les meurtres rituels des IsraélitesLa société « Greenleaf Book Agency » m’a aidé à améliorer le référencement et la visibilité de mon livre, “La Société fabienne”, chez AmazonJ’ai réédité le livre de l’abbé J.-Antoine Huot, Le fléau maçonnique, initialement publié en 1906, suivi de l’ouvrage : Le poison maçonnique (1912)Grande réduction sur certaines œuvres de mes séries intitulées : “Hommage au frère Jérôme”, “Géométrie variable” et “Fenêtres sur l’espace”Le fondateur du « Trends Research Institute », Gerald Celente, devient rouge de colère contre les politiciens qui mènent le monde à la guerreLa biographie s’intitulant « Guy Boulianne : Un Prince en Exil – Poète, Éditeur et Chroniqueur des Temps Troublés » est maintenant disponibleLe lancement de la biographie “Guy Boulianne : Un Prince en Exil” de Fabien Lacroix, qui devait avoir lieu à Saint-Sauveur au Québec, est annuléLe film de Ken Russell, “Au-delà du réel” (1980), est un voyage irréel aux frontières de l’esprit et de la perception de notre état d’être humain 🎥
J’ai déniché un reportage en deux épisodes, intitulé “Karaylar” (Les Karaïtes), qui témoigne que les Juifs karaïtes ne descendent pas des Israélites comme on pourrait le penser généralement, mais qu’ils sont plutôt les héritiers de l’Empire khazar. Faisant partie du documentaire en sept épisodes “Özü-Türk” (L’Essence des Turcs), ce reportage sur les Karaïtes fut diffusé en 2007 sur la chaîne TRT Belgesel, de la Société turque de radio et de télévision (TRT). Le documentaire met en lumière les tribus turques oubliées d’Europe. Sa réalisatrice, Neşe Sarısoy Karatay, a obtenu le 31e prix Sedat Simavi de la télévision, décerné en 2007 par l’Association des journalistes turcs.
Selon les différents témoignages des Karaïtes de Lituanie, de Pologne et de Crimée, ceux-ci sont les descendants des véritables Khazar, un peuple turc semi-nomade au contraire des marchands radhanites qui, eux, étaient les descendants de Japhet (et non de Sem), comme nous l’avons vu dans un article publié le 11 mai 2026. « Les Radhanites se sont peu à peu intégrés aux populations parmi lesquelles ils s’étaient installés au fil des siècles, ou aux autres Juifs présents dans les différents territoires où ils s’étaient établis. » Ils usurpèrent alors l’identité des Khazars et plus tard, entre 740 et 920 de notre ère, le royaume khazare s’est généralement converti au judaïsme. Comme je l’écrivais le 30 juin 2026, « à mon point de vue, je crois que si l’on s’intéresse vraiment à ce sujet d’étude, il faut se rapprocher au plus près du lieu géographique qui a vu s’étendre l’empire khazar et ce peuple turcophone des steppes eurasienne ». C’est ce que l’on fait ici en écoutant les témoignages de première main qui furent diffusés dans le reportage de Neşe Sarısoy Karatay.
Selon l’encyclopédie Wikipédia, le philosophe et rabbin juif du XIe siècle, Juda (Yehouda) Halevi, a écrit une défense du judaïsme rabbinique intitulée Kuzari, situant les origines du karaïsme aux Ier et IIe siècles avant notre ère, sous le règne d’Alexandre Jannaeus (« roi Jannai »), roi de Judée de 103 à 76 avant notre ère. Pour sa part, le rabbin et théologien allemand Abraham Geiger (1810-1874), fondateur du judaïsme réformé, a établi un lien entre les Karaïtes et une partie des Sadducéens, secte juive du Ier siècle qui suivait la Bible hébraïque à la lettre et rejetait la notion pharisaïque de Torah orale avant même sa rédaction. Or, ce n’est pas ce qu’on entend dans le reportage de Neşe Sarısoy Karatay. Par exemple, Jozifas Firkovicius nous dit : « Les Juifs ashkénazes nous ont remis un document. Il stipulait que nous ne descendons pas des Israélites. Nous sommes Turcs. Notre langue est le turc. »
Synagogue karaïte à Hasköy, un quartier situé sur les rives de la Corne d’Or, dans le district de Beyoğlu à Istanbul, en Turquie (apparaît sur certaines cartes sous le nom de Karahim Kilisesi, Église karaïte).Selon la version turque de Wikipédia, les Karaïtes sont une branche du judaïsme originaire d’Irak, apparue au VIIIe siècle. Le terme « Karaïtes » est synonyme de l’hébreu Ba’alei ha-Mikra (gens des Écritures). Les Karaïtes ne reconnaissent d’autre source que la Torah, le livre sacré principal du judaïsme, et ne considèrent pas les traditions orales comme contraignantes pour leur foi. Le Talmud, l’autre livre sacré du judaïsme, mais compilation de traditions orales et de règles, n’est pas reconnu par les Karaïtes. Puisque leur seule source est le Tanakh (c’est-à-dire l’Ancien Testament ou Torah), ils célèbrent certaines fêtes religieuses différemment. Ils sont perçus comme une branche distincte par les autres Juifs en raison de leur refus déclaré d’adhérer à certaines traditions et coutumes religieuses. D’ailleurs, Anna Akbike Sulimowicz affirme durant le reportage : « Nous n’entretenons pas de relations très étroites avec ceux d’Israël, c’est-à-dire les Karaïtes non turcs qui pratiquent la religion karaïte. »
Selonr le professeur agrégé Timur Kocaoğlu, « on peut répondre à la question de l’origine de l’identité turque des Karaïtes de la manière suivante : d’après les écrits des Karaïtes eux-mêmes et ceux des érudits, on peut faire remonter leurs racines à l’Empire khazar ». Au IVe siècle, les Huns, venus d’Asie par l’Oural, établirent un vaste empire au cœur de l’Europe sous la direction d’Attila. Après sa mort au milieu du Ve siècle, l’Empire hunnique se désintégra. Divers États turcs émergèrent alors entre l’Oural et l’Europe. Au VIe siècle, l’Empire khazar, vaste État s’étendant sur ce qui est aujourd’hui la mer Caspienne, le nord de la mer Noire et le Caucase, fut fondé. Buyan, khagan des Khazars, proclama le judaïsme religion d’État en 740. Après l’effondrement de l’État khazar au début du XIe siècle, une grande partie des Khazars pratiquant le judaïsme sont restés en Crimée, tandis que certains ont émigré en Europe.
Originaires de Crimée, les Karaïtes considèrent cette région comme leur patrie. Après la dispersion des Khazars au XIe siècle, les Karaïtes ont subsisté sous la forme d’une petite principauté centrée sur la forteresse de Kırk Yer, aussi connue sous le nom de Çufut Kale, près de Bakhchisaray. Sous le khanat de Crimée, ils étaient subordonnés au khan, mais conservaient leur propre administration locale.
Je partage ci-dessous les deux épisodes du reportage de Neşe Sarısoy Karatay, “Karaylar” (Les Karaïtes), ainsi que la transcription intégrale fournie par le site web de l’émission – www.ozu-Turk.com. ◾

Le documentaire Özü Türk — Chapitre 1 : Les Karaïtes
Jozifas Firkosicius : « Nous sommes des Karaïtes lituaniens. Les Karaïtes lituaniens sont arrivés sains et saufs de Crimée. Nos ancêtres sont les Khazars et les Kiptchaks. »
Tamara Firkaviciene : « Je parle karaïte depuis l’enfance. J’ai commencé à le parler dès que j’ai su marcher. »
Zafio Abkowicz :
Les enfants comptent : « 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10 ».
Szymon Pilecki : « J’ai oublié, en 100 ans. »
Beaucoup d’entre vous pensent maintenant que la langue parlée ressemble au turc, mais n’en est pas… Qui sont ces gens ? Où vivent-ils ? vous demandez-vous… Ce sont des Turcs karaïtes. Bien que nos similitudes linguistiques et culturelles prouvent que nous avons une origine commune, la plupart d’entre nous ne connaissent pas les Turcs karaïtes, dont la population a diminué pour atteindre environ 2000 personnes aujourd’hui.
Peu de gens savent qu’ils sont les héritiers de l’Empire khazar, l’un des États les plus importants de l’histoire… Un court-métrage à leur sujet a été diffusé sur une chaîne documentaire il y a quelques années. En le regardant, beaucoup ont réalisé qu’ils commençaient à comprendre le karaïte en tendant l’oreille.
Découverte
Ce film mentionnait que le karaïte figurait parmi les langues que les Nations Unies devraient protéger, sans toutefois préciser que ses origines étaient turques. Nombreux sont ceux qui se sont interrogés sur l’identité des Karaïtes et leurs liens avec les Turcs, sans obtenir de réponses à ces questions.
Dans ce documentaire, que nous entreprenons pour tenter de répondre à ces interrogations, nous explorerons la culture, les traditions et la langue de la communauté karaïte dispersée à travers le monde. À travers ce documentaire, nous ressentirons la chaleur et la sincérité qui caractérisent l’identité turque depuis des siècles. Cependant, le lien profond qui nous unit à ces communautés s’affaiblit peu à peu face aux ravages du temps…
Le professeur agrégé Timur Kocaoğlu explique : « On peut répondre à la question de l’origine de l’identité turque des Karaïtes de la manière suivante : d’après les écrits des Karaïtes eux-mêmes et ceux des érudits, on peut faire remonter leurs racines à l’Empire khazar. »
Au IVe siècle, les Huns, venus d’Asie par l’Oural, établirent un vaste empire au cœur de l’Europe sous la direction du célèbre Attila. Après la mort d’Attila au milieu du Ve siècle, l’Empire hunnique se désintégra. Divers États turcs émergèrent alors entre l’Oural et l’Europe. Au VIe siècle, l’Empire khazar, vaste État s’étendant sur ce qui est aujourd’hui la mer Caspienne, le nord de la mer Noire et le Caucase, fut fondé. Buyan, khagan des Khazars, proclama le judaïsme religion d’État en 740.
Le professeur agrégé Timur Kocaoğlu explique : « Alors que la famille du Khagan et les nobles étaient juifs, la majorité de la population pratiquait diverses religions. Parmi celles-ci figuraient le christianisme, l’islam, le judaïsme et le chamanisme, une religion turque ancienne et traditionnelle, fondée sur le culte du dieu du ciel, qui a perduré pendant des siècles.»
Après l’effondrement de l’État khazar au début du XIe siècle, une grande partie des Khazars pratiquant le judaïsme sont restés en Crimée, tandis que certains ont émigré en Europe. Aujourd’hui, on compte environ 2 000 Karaïtes d’origine turque dispersés dans différents pays. Ces Karaïtes vivent principalement en Crimée, en Ukraine, en Pologne, en Lituanie, dans diverses régions de Russie, et en plus petit nombre dans des pays européens, aux États-Unis et même en Australie.
Aujourd’hui, une grande partie des Karaïtes ne parlent plus leur langue maternelle pour diverses raisons. Cependant, ils sont pleinement conscients que leurs grands-parents parlaient turc et qu’ils appartiennent à la culture turque khazare.
Anna Abkowicz : « Mes parents connaissent tous deux le karaïm, mais ils ne nous l’ont jamais enseigné. J’ai suivi une formation d’été en Lituanie où l’on enseignait le karaïm, et maintenant je souhaite continuer à l’apprendre en Pologne. Nous nous efforçons de préserver nos traditions, nos coutumes et notre culture. Nous essayons d’initier les enfants à notre culture, à notre cuisine, à nos fêtes religieuses et à l’importance de préserver nos traditions. »
Irena Jaroszyınska, présidente de l’Association polonaise des Karaïm : « Nous faisons découvrir les vêtements, les danses et les chants traditionnels karaïm grâce à un groupe de danse composé d’enfants. Nous confectionnons des vêtements pour enfants inspirés des vêtements d’époque. Nous nous inspirons de vêtements anciens pour veiller à ce que le style authentique ne soit pas perdu. Malheureusement, c’est le point faible de notre communauté linguistique. Je peux dire que ma génération ne parle pas le karaïm. Nous pouvons le comprendre et le lire, mais nous ne pouvons pas le parler. »
Anna Akbike Sulimowicz : « Notre petite communauté pourrait être qualifiée de turcologues spécialisés. Notre métier préféré est celui de turcologue. »
Zafer Karatay : « D’où vient cet intérêt ? »
« Je pense que vers la fin du XIXe siècle, l’identité religieuse a perdu de son importance, tandis que l’identité ethnique a pris le dessus. À cette époque, on observait un intérêt accru pour les Turcs et la turcité. »
Mariola Abkowicz : « L’année dernière, nos enfants ont participé à un camp pour les peuples turcophones en Crimée. Il y avait aussi des Tatars et des Gagaouzes. Les enfants ont adoré ce camp car ils y ont trouvé des points communs. Ici, nous nous sentons proches des Tatars de Pologne, mais mis à part cela, nous vivons parmi les peuples slaves, loin de nos origines turques.»
Sergei Sinani, président de l’Association culturelle karaïm de Gozlev : « Je parle un peu ma langue. Dans ma famille, seule ma mère la connaissait, mais je commence à m’y intéresser de plus près. »
Enseignez-vous le karaïm à vos enfants ?
« Nous essayons de le leur enseigner. Mais ce n’est pas si simple. De plus, comme nous ne le maîtrisons pas nous-mêmes, il n’est pas vraiment judicieux de demander à nos enfants de l’apprendre. Notre association culturelle propose également des cours de langue karaïm aux visiteurs. Nos enfants y participent aussi. »
Les Khazars constituent la première strate de la formation des Turcs karaïtes actuels. Cependant, leur coexistence avec les Petchénègues, les Coumans et d’autres tribus turques kiptchak au cours des siècles suivants a profondément influencé la culture karaïte.
Jozifas Firkovicius : « Nous sommes des Karaïtes lituaniens. Les Karaïtes lituaniens sont venus pacifiquement de Crimée. Nos ancêtres sont les Khazars et les Kiptchaks. Nous parlons le karaïte. Notre langue est une langue turque. »
Le karaïte, langue écrite et parlée, est une branche des langues turques, apparentée au kiptchak, principal dialecte turc. Le karaïte se divise en trois dialectes :
Le premier est le karaïte de Crimée, parlé en Crimée et dans d’autres régions d’Ukraine.
Arzu Tiryaki : « C’est très agréable. Je parle avec les Tatars au marché, et ils sont surpris. Ils me disent : “Vous parlez si bien le tatar !” »
Le deuxième est le karaïte de Haliç-Loutsk, parlé en Pologne.
Zafio Abkowicz : « Je suis comme un minuscule moustique ; je vole toute la journée, et si j’entends des ragots, je les avale aussitôt. »
Le troisième est le « Trakay Karaja », parlé en Lituanie.
Jozifas Firkovicius : « Les Juifs ashkénazes nous ont remis un document. Il stipulait que nous ne descendons pas des Israélites. Nous sommes Turcs. Notre langue est le turc. »
Le turc karaïte s’est diversifié au fil des siècles en intégrant de nombreux mots issus des langues des différentes nations avec lesquelles il coexiste. Sa structure syntaxique a été altérée par l’influence de l’hébreu, langue du culte, ainsi que par les alphabets latin et cyrillique utilisés à l’écrit.
Le judaïsme en général s’appuie principalement sur le Talmud, la tradition orale du judaïsme, en plus de la Torah. La communauté karaïte, quant à elle, rejette le Talmud et adhère strictement à la Torah.
Anna Akbike Sulimowicz : « Les Karaïtes n’acceptent que la Torah. Nous rejetons catégoriquement les livres sacrés ajoutés par les Juifs, la Mishma, la Dimara, et autres. Il y a aussi cette différence : nous considérons Jésus et Mahomet comme des prophètes. »
Le mot « Karay » vient de l’hébreu « Kara », qui signifie « lire ». « Karay » désigne celui qui lit les textes sacrés, et son pluriel, « Karaim », signifie « Karaites » !
Le professeur associé Timur Kocaoğlu explique : « La communauté religieuse appelée Karay et Karaim compte aujourd’hui 50 000 personnes dans le monde. Cependant, une grande partie de cette communauté n’est pas turque. Parmi ces 50 000 personnes, seules 2 000 Karaites environ savent que leurs ancêtres parlaient le turc karaïte et étaient turcophones.»
Bien que les Turcs karaïtes aient vécu aux côtés des Juifs pendant des siècles, ils ne se sont pas unis par le mariage, préservant ainsi leurs spécificités culturelles et leurs croyances religieuses.
Jozifas Firkovicius : « Les Turcs ashkénazes et karaïtes ne pratiquent pas l’interdépendance par le mariage. Un homme karaïte n’épouse qu’une femme karaïte. Si une fille karaïte épouse un Ashkénaze, les deux religions se mélangent. »
Originaires de Crimée, ils considèrent cette région comme leur patrie. Après la dispersion des Khazars au XIe siècle, les Karaïtes ont subsisté sous la forme d’une petite principauté centrée sur la forteresse de Kırk Yer, également connue sous le nom de Çufut Kale, près de Bakhchisaray. Sous le khanat de Crimée, ils étaient subordonnés au khan, mais conservaient leur propre administration locale.
Au XIXe siècle, sous l’Empire russe, les Karaïtes étaient des citoyens à part entière. Leurs affaires intérieures étaient gérées de manière indépendante par leurs chefs religieux et civils. Cependant, durant la période soviétique, la structure administrative et religieuse des Karaïtes fut anéantie par le régime communiste russe.
La population des Turcs karaïtes de Crimée a été réduite à un dixième suite à l’oppression et aux migrations forcées. Ce n’est que dans les années 1980, après l’effondrement de l’Union soviétique, que les Turcs karaïtes de Crimée ont commencé à se réorganiser.
Davud El : « Je m’appelle Davud, El Davud. J’aimerais parler turc. Mais je ne le parle que très peu. Si je ne le parle pas bien, c’est parce que pendant les 70 ans de l’ère soviétique, parler turc était interdit. Nos parents parlaient karaïm. Ce que j’ai appris enfant est resté gravé dans ma mémoire. Par exemple, je me souviens que certains mots ont une sonorité similaire chez les Tatars. »
« Si seulement je pouvais acheter une maison cet été, y poser du carrelage… Ah ! J’emmènerais bien une fille si je pouvais obtenir un prêt… Ah ! On n’obtient pas une fille à crédit, il faut compter l’argent et le prendre. »
EL Davud : « Comme vous l’avez remarqué, j’ai essayé de parler karaïte. J’espère que vous m’avez compris. Je vous ai également compris en turc. C’est un sujet important. Plus précisément, la priorité est donnée à la préservation de la pureté de la nation, et non à son renouveau. Comme vous le savez, sous le précédent régime totalitaire, les Turcs étaient opprimés, et le métissage entre Ukrainiens et Karaïtes contribue à la perte de pureté de la nation. »
Fondée en 1989, l’Association karaïte de Crimée œuvre pour la communauté karaïte de Simferopol, Gjileve, Théodosie, Bakhchisaray et d’autres localités de Crimée. Créée pour préserver et développer l’identité, les traditions, la langue, la culture et la religion karaïtes, l’association publie également diverses publications.
David Tiryaki, chef de la Société religieuse Gjileve : « Si je t’oublie, Jérusalem, si j’oublie de te garder près de moi, que ma langue reste collée à mon palais si je ne te désire pas ardemment, si je ne te place pas au-dessus de ma joie.
La renaissance et la préservation de la langue sont essentielles. Aujourd’hui, comme ce sont surtout les personnes âgées qui la parlent couramment, il n’y a pas de jeunes enseignants talentueux capables de bien la transmettre. C’est pourquoi nous ne pouvons pas ouvrir d’écoles où l’on enseigne cette langue. Mais en 2002, grâce au soutien de la TIKA (Agence turque de coopération et de coordination), des manuels de prière ont été publiés en russe et en turc karaïte. »
Vladimir Örmeli : « Voici le cimetière de Baltatiymez. C’est le plus ancien cimetière turc d’Europe. Baltatiymez, traduit en turc, signifie “non touché par la hache”. » Comme vous l’avez vu précédemment, il y a des bouleaux dans le cimetière, et nous prions devant ces arbres. Chaque lignée possède son propre bouleau sacré. Par exemple, notre lignée a aussi un bouleau. Nous allons y prier, mais nous n’en parlons à personne. Ces arbres étant sacrés, il était même interdit de briser leurs branches.
Le pied des arbres est circulaire, et ces cercles représentent le soleil. Rien n’est plus ancien que cela, et toutes les pensées de notre peuple convergent vers ce point. C’est notre lieu sacré. Chaque jour, quelqu’un s’y rend. Des jeunes du Centre culturel ethnique Kale viennent nettoyer ce cimetière. Ces inscriptions sont écrites dans l’ancienne langue biblique, qui est la langue de Dieu. Les inscriptions sur les pierres sont écrites dans le style du soleil, et elles appartiennent à tous les peuples turcs. Comme vous le savez, Evliya Çelebi a beaucoup écrit sur ce cimetière.
Le voyage des Turcs, entamé par leur migration vers l’ouest depuis l’Asie centrale, s’est poursuivi pendant des siècles, jusqu’à atteindre la Lituanie au XIVe siècle. Lors de sa campagne contre la Horde d’Or en 1397-1398, le grand-duc Vytautas de Lituanie fit venir de Crimée près de 500 familles karaïtes et entre 3 000 et 4 000 Tatars, qu’il employa comme gardes du palais. Aujourd’hui, deux petites communautés turques vivent en Lituanie : les Karaïtes et les Tatars. Ces deux communautés, qui vivent en harmonie avec la population lituanienne, ont préservé leur identité nationale au fil de l’histoire. Les Karaïtes installés à Trakai se livraient à l’agriculture et à d’autres activités, en plus de leurs fonctions de gardes du palais.
Cette petite communauté karaïte ne put conserver ses croyances uniques et sa langue turque kiptchak que jusqu’au début du XXe siècle. Durant l’ère soviétique, l’impossibilité de pratiquer leur religion, la confiscation de leurs terres et ces pressions entraînèrent la désintégration de la communauté. Ainsi, la transmission de leur culture et de leur langue aux jeunes générations fut interrompue pendant quarante ans.
Jozifas Firkovicius : « Ils parlent le karaïte, mais peu. Les jeunes ne le connaissent pas. En grandissant, ils comprennent nos conversations. Ils comprennent le karaïte, mais ne le parlent pas. Ils parlent lituanien, slave et polonais. Ils comprennent, mais les plus jeunes n’ont pas pu l’apprendre. Car, à l’époque bolchevique, c’était impossible. Ils ne pouvaient même pas aller à Kinesaya. »
Le nombre de Karaïtes, qui était d’environ 1 500 il y a quelques siècles, n’est plus que de 250 aujourd’hui.
Jozifas Firkovicius : « Il n’y a pas de travail à Trakai. La plupart des Karaïtes sont allés à Vilnius. Ils se sont dispersés dans toute la Pologne. Aujourd’hui, nous ne sommes plus que 250 en Lituanie. Quelques centaines de Karaïtes vivent en Pologne. »
« On prépare la pâte ainsi : d’abord, on ajoute la farine. Ensuite, on incorpore les œufs, le beurre, le sel, le lait et la crème. On mélange le tout, on pétrit et on laisse lever. Pendant ce temps, on prépare la farce. On coupe la viande, on ajoute les oignons, le poivre noir, le sel, l’eau et quelques herbes, et on mélange bien. Ensuite, on étale la pâte en petits morceaux. On y dépose la viande et on referme en forme de demi-lune. On fait deux trous sur le dessus. Puis on enfourne et on cuit.»
Les Karaïtes, venus de Crimée pour défendre la forteresse lituanienne, vivent à Trakai depuis environ 600 ans. Aujourd’hui, cette communauté, l’une des minorités nationales de Lituanie, déploie de grands efforts pour faire revivre, préserver et protéger sa culture et sa langue.
Une petite partie des Karaïtes vit également en Pologne, notamment à Varsovie. Les Karaïtes, qui n’ont pas de lieu de culte, possèdent un grand cimetière à Varsovie.
Szymon Pilecki, chef de la communauté karaïte en Pologne : « Je suis à la tête de la communauté religieuse karaïte depuis 30 ans. La communauté existe en Pologne et en Lituanie depuis environ 600 ans. Après la Seconde Guerre mondiale, certains Karaïtes, notamment de la Corne d’Or et de Ludzk, ont été relogés en Pologne, conformément à l’accord de rapatriement et aux frontières d’après-guerre. Actuellement, nous sommes environ 150 en Pologne, répartis dans différentes villes. »
(La phrase est incomplète et se termine abruptement.)
Irena Jaroszyinska, présidente de l’Association karaïte polonaise : « À Varsovie, nous comptons actuellement plus de dix personnes d’origine karaïte, c’est-à-dire ayant des parents karaïtes. Notre groupe s’agrandit grâce aux mariages mixtes, et beaucoup de personnes impliquent leurs conjoints dans la vie de la communauté karaïte. Ils font également participer leurs enfants à nos activités quotidiennes, et ils enrichissent ainsi leurs connaissances. Nous nous efforçons de faire connaître notre langue maternelle, ses origines et son harmonie. Nous lisons de la poésie, et publions des poèmes et des nouvelles karaïtes. Malgré la petite taille de notre communauté, nous publions un nombre conséquent de titres. Nous publions une revue intitulée « Avazımıs » – Notre Voix. »
Le professeur associé Timur Kocaoğlu : « Entre 1920 et 1940, nous avons assisté à un essor de l’édition et de la presse, notamment parmi les Karaïtes de Lituanie et de Pologne. Durant cette période, de nombreux poètes, scientifiques et écrivains ont émergé de cette communauté, et de nombreux livres et revues ont été publiés. Après la Seconde Guerre mondiale, pendant et après l’ère soviétique, on observe une renaissance de l’édition karaïte. »
La culture et la littérature populaires karaïtes présentent des similitudes avec celles d’autres communautés turques. Les Karaïtes possèdent également leurs propres divans (recueils de poèmes), leur littérature populaire et leur mythologie. Le chant folklorique « Muzyulganla » (« La Fiancée en deuil ») est interprété lors des cérémonies de mariage. Alexander Markowicz, figure majeure de la littérature karaïte contemporaine, a contribué à la renaissance de la langue turque karaïte. Il est également connu pour ses poèmes « Yanhı Yırlar » (« Chants nouveaux ») et « Tozdurhan Birtik » (« Blé dispersé »).
Le manuel de grammaire et d’auto-apprentissage karaïte « Men Karayçe Ürenem » (J’apprends le karaïte), publié en 1996 par les Karaïtes de Lituanie, est d’une grande importance.
« Nos frères et parents turcs sont venus nous rendre visite. Nous sommes très heureux de leur venue. Nous voulons que vous ne nous oubliiez pas. » ◾

Le documentaire Özü Türk — Chapitre 2 : Les Karaïtes
Jozifas Firkovicius : « Nous sommes des Karaïtes lituaniens. Les Karaïtes lituaniens sont venus pacifiquement de Crimée. Nos ancêtres sont les Khazars et les Kiptchaks. Nous parlons le karaïte. Notre langue est une langue turque. »
Dans la première partie, nous avons expliqué que les Karaïtes forment une communauté turque de confession juive et avons constaté que leur nombre diminue. Aujourd’hui, les Karaïtes turcs, qui sont environ 2 000 dans le monde, sont menacés d’extinction. Ils ont en grande partie oublié leur langue, mais ils savent qu’ils sont turcophones et liés à la culture turque.
Bien que vivant principalement en Crimée et en Lituanie, certains Karaïtes résident également à Istanbul. L’histoire des Karaïtes à Istanbul remonte à l’Antiquité. Sous l’Empire byzantin, les Karaïtes d’Istanbul furent expulsés de la ville à plusieurs reprises en raison du fanatisme chrétien. Leur retour à Istanbul et leur installation permanente ne furent possibles qu’après la conquête de la ville par Mehmed le Conquérant. Mehmed le Conquérant n’a pas seulement amené des Karaïtes, mais aussi des Juifs de Bursa et d’autres lieux pour s’installer à Istanbul.
Le professeur associé Timur Kocaoğlu : « Voici Karaköy ! De nombreux quartiers d’Istanbul portent le nom de « köy » (village) : Hasköy, Arnavutköy, Kadıköy, etc. Pourquoi cet endroit s’appelle-t-il Karaköy ? Le mot « kara » (noir) au début du nom n’a rien à voir avec la couleur. C’est un terme lié aux Turcs karaïtes. Historiquement, après la conquête d’Istanbul par les Turcs en 1453, le sultan Mehmed le Conquérant a amené à Istanbul les Karaïtes, qui vivaient dans différentes parties de l’Empire ottoman, et les a installés à Karaköy. Du fait de leur forte densité de population, le lieu est devenu « Karayköy », c’est-à-dire « village karaïte », puis, avec le temps, « Karaköy » ! Outre Karaköy, les Karaïtes vivaient également dans des quartiers comme Balıkpazarı, Tahtakale, Unkapanı… » Balat, Edirnekapı et Hasköy.
Aujourd’hui, le nombre de Turcs karaïtes à Istanbul est négligeable. Leur nombre, qui s’élevait à 150 en 1979, a chuté à une centaine dans les années 1990. Aujourd’hui, une cinquantaine de Turcs karaïtes seulement vivent à Istanbul. La principale raison de ce déclin est l’augmentation des mariages en dehors de leur communauté religieuse, c’est-à-dire avec des juifs, des chrétiens et des musulmans.
Selim Tanatar, membre de la communauté : « Il y a environ 55 à 60 personnes. La plupart sont des personnes âgées. Nous avons dû nous marier entre nous. Parfois les femmes étaient majoritaires, parfois les hommes. de la religion. »
Neşe Karatay : « Que font les jeunes aujourd’hui ? »
Selim Tanatar : « À mon avis, certains se marient selon leur race et d’autres selon leur religion. Ou encore, il y a ceux qui épousent des musulmans parce qu’ils s’aiment parce qu’ils ont fait l’amour à l’université, et il y a ceux qui épousent des juifs. Il y a ceux qui se marient de nationalités différentes, c’est le bordel. »
Neşe Karatay : « Alors, comment voyez-vous l’avenir de la communauté Karaïte ? »
Ilya Avramoğlu : « Eh bien, la communauté karaïte n’a pas d’avenir. Nous sommes la dernière génération. Nous sommes environ 50 à 60 personnes. Ma femme est issue de la communauté juive. Mes enfants sont plus intéressés par la communauté juive. Parce qu’il n’y a pas d’activités sociales ni d’enseignements religieux que je puisse donner à mes enfants. Nous n’avons pas de système pour cela. Nous sommes la dernière génération de la communauté karaïte d’Istanbul. Je suppose qu’elle disparaîtra après un certain temps. À moins qu’un miracle ne se produise. Nous croyons aux miracles. On ne sait pas ce qui se passera dans le futur. »
Neşe Karatay : « Quand a eu lieu le dernier mariage entre deux Karaïtes à Istanbul ? »
Yakup Tanatar : « Il y a environ 10 ou 11 ans. Cet homme a rencontré une femme originaire de Crimée et l’a amenée à Istanbul. »
L’émigration des Karaïtes vers divers pays européens, l’Amérique, Israël et même l’Australie entre 1979 et 1992 est une autre raison de la diminution de leur nombre.
Neşe Karatay : « Alors, quelles sont vos relations avec les autres communautés karaïtes ? »
Mihail Örme, président du conseil d’administration : « Nous communiquons avec elles de temps à autre par courrier ou en les rencontrant lors de leurs déplacements. Exceptionnellement, certains Karaïtes d’ici sont peut-être partis en Lituanie. Je ne suis jamais allé en Lituanie, mais nous avons essayé d’établir un dialogue en nous rendant en Crimée pour voir notre terre ancestrale, le lieu où nos familles ont grandi. Mais cela ne se traduit pas par une collaboration ou des rencontres régulières et étroites. »
Neşe Karatay : « Quel est l’âge du plus jeune membre de la communauté karaïte d’Istanbul ? »
Ilya Avramoğlu : « Si vous me demandez pour les hommes, je suis actuellement le plus jeune membre de la communauté karaïte, du côté de mes parents, à 45 ans. »
Craignant que leur lieu de culte ne disparaisse, les Juifs turcs, malgré leur petit nombre, préservent précieusement leur lieu de culte à Hasköy.
Yakup Tanatar, membre de la communauté : « On dit que l’histoire de notre lieu de culte est très ancienne. On dit même qu’elle remonte à l’époque byzantine. Ce lieu de culte a été reconstruit après un incendie en 1729, puis a subi un second incendie en 1774. Il a été reconstruit sous sa forme actuelle en 1800. Ce lieu de culte est en bois, avec un espace de prière pour les hommes au niveau inférieur et un espace de prière pour les femmes à l’étage. C’est là que le chantre récite les prières et les versets. Nous appelons cet espace TEVA. »
Mikhaïl Örme, président du conseil d’administration : « Nous venions ici enfants, pendant les vacances. Mon père et moi y étions, et à l’époque, la congrégation était très nombreuse lors des prières. L’église était pleine à craquer. Il était difficile d’y accueillir tout le monde. Plus tard, bien sûr, le nombre de fidèles a diminué. Tous les Karaïtes vivant aux alentours de Hasköy ont migré vers différents quartiers d’Istanbul. On dit qu’il y avait alors une communauté de 400 à 500 personnes.»
Les Karaïtes respectent trois religions et leurs pratiques religieuses sont clairement influencées par l’islam. Leurs règles d’hygiène sont plus strictes que celles des autres juifs. Contrairement à ces derniers, ils font leurs ablutions avant d’entrer dans le lieu de culte. Avant d’entrer dans la Kinasa et de lire le Tanakh, ils se lavent les mains et les pieds, comme en islam.
À l’instar des musulmans, ils se déchaussent avant d’entrer dans la Kinasa, et même à l’extérieur, avant de lire la Torah. Les Karaïtes accomplissent leur prière dans la Kinasa en se prosternant. L’orientation des temples karaïtes, les Kinasa, est vers le sud-est. Dans le karaïsme, la direction de la prière (qibla) est également le sud-est, et un autel s’y trouve. Les sépultures sont orientées nord-sud. Le nom du calife est mentionné lors du sermon, et des prières sont offertes pour les lieux saints de La Mecque, Médine et Jérusalem. Contrairement aux autres juifs, les Karaïtes croient également aux prophètes qui ont succédé à Moïse, notamment Jésus et Mahomet.
Jozifas Firkovicius : « Les Juifs ashkénazes nous ont remis un document. Il stipulait que nous ne descendons pas des Israélites. Nous sommes Turcs. Notre langue est le turc. Nous prions Dieu. Nous reconnaissons sa parole. »
Contrairement au judaïsme en général, la religion karaïte ne possède pas de sacerdoce. Les cérémonies religieuses dans les temples karaïtes, appelés « Kinesa », sont dirigées par des « Hazans » spécialement formés. Les Hazans accomplissent leurs devoirs religieux bénévolement et exercent également une profession qui leur procure un revenu. Leurs fonctions comprennent la conduite des rites religieux, le culte, les prières et la célébration des mariages dans la Kinesa.
Les Karaïtes, qui décrivent leur situation en disant : « Nous sommes tous à la fois des chefs et des ouvriers », n’ont pas de hiérarchie. La Torah à laquelle ils adhèrent est distincte de celle des Juifs. Les Karaïtes, qui prononcent les mots « Écoute, écoute, Israël » (semblable à la profession de foi juive) comme « Écoute, écoute, Karaïte », diffèrent également des Juifs par certaines fêtes et pratiques calendaires. Il est, en principe, impossible de propager cette religion ou de s’y convertir ultérieurement. On ne peut être Karaïte que par la naissance.
Les Turcs karaïtes qui pratiquent le karaïsme appellent le Seigneur des Mondes « Tengri », conformément à la définition de la spiritualité turque ancienne, et utilisent rarement le nom « Allah ».
Josiphas Firkovicius : « Maintenant, je me réjouis des paroles de Dieu. Je suis un serviteur dans ce pays. »
La coutume de la circoncision est plus stricte chez les Karaïtes, et un enfant doit être circoncis dans les huit jours suivant sa naissance. Le garçon est circoncis vêtu de ses vêtements de Shabbat.
Josiphas Firkovicius : « Lorsqu’un fils naît, il doit recevoir un nom. Ce nom est inscrit ici, dans le Kinesad. Son père me dit : “Voici son nom.” Le nom est inscrit dans le Kinesad. Une fête et un mariage sont célébrés à la maison. Lorsqu’une fille naît, elle reçoit un nom, mais aucune fête n’est organisée ; la fête est organisée à la naissance d’un garçon. On chante alors : “Un fils est né, joie pour nous !” »
Les jeunes Karaïtes, hommes et femmes, en âge de se marier, sont élevés dans l’idée, inculquée par leur famille, leurs proches et la communauté, qu’ils doivent épouser une Karaïte. Bien que cette tradition soit encore très vivante chez les Karaïtes de Lituanie, elle s’est quelque peu affaiblie chez les Karaïtes de Crimée et a été abandonnée depuis longtemps, notamment chez ceux d’Istanbul. Autrefois, ceux qui se mariaient en dehors de la communauté karaïte n’étaient pas acceptés au sein de celle-ci.
Anna Akbike Sulimowicz : « Nous n’entretenons pas de relations très étroites avec ceux d’Israël, c’est-à-dire les Karaïtes non turcs qui pratiquent la religion karaïte. »
Zafer Karatay : « Ah bon ? Parce que vous êtes turcs ?! »
Anna Akbike Sulimowicz : « Parce que nous sommes turcs. »
Zafer Karatay : « Il n’y a aucun mariage avec eux, absolument aucun. »
Anna Akbike Sulimowicz : « Absolument aucun. »
Selon l’ancienne coutume karaïte, lors du « Karay Toyu », ou mariage karaïte, le Hazan s’adresse à l’assemblée en ces termes : « Que le bonheur grandisse parmi nous ! Nous vous félicitons ! Longue vie et succès vous attendent ! Que votre lignée s’étende parmi nous ! Amen ! »
(La dernière phrase est indépendante et n’a
aucun lien direct avec la coutume nuptiale.)
Jozifas Firkovicius : « Les mariages sont très rares. Comment se déroulent-ils ? Tout le monde se réunit à la maison. Un document écrit est préparé. Il contient les noms des invités. Ce document stipule ce que la mariée offrira, ce qui sera fait, ce que le marié offrira à la mariée, comment il prendra soin d’elle et comment il la soutiendra. Ensuite, la mariée se fait habiller dans une maison et le marié dans une autre. Ils portent des vêtements neufs et magnifiques. Puis ils se rendent à la kinesa. À la kinesa, moi, en tant que chef religieux, je lis ce document ; il dit : “Voici ce que j’achèterai pour cette femme, voici ce que je lui offrirai, voici comment je prendrai soin d’elle.” »
L’un des chants interprétés lors des mariages karaïtes ;
Je suis heureux comme un morceau de grenade grâce à toi,
Un parfum de musc et de cannelle s’échappe de ta maison,
Ta prestance est majestueuse comme un grand palais.
Mon âme s’est unie à ta douce âme,
La beauté de tes yeux s’est ancrée dans mon cœur.
La clarté de la lune, le rayon du soleil,
Son amour est immense partout.
Si j’augmentais la dot, me donneriez-vous votre fille ?
Oui, mon âme s’est véritablement unie à la vôtre,
La beauté de tes yeux s’est attachée à mon cœur.
En karay :
Nar késekten kibik uşanamın sénden,
iyişli muşki, sınamon küküydir üvüyden,
biyik saray kibik biyik sén stanıydan.
Da canım canına süver bék qoşuldu,
körkü közlerinin ürekke baylandı.
Ahlığı ol aynın, yarığı quyaşnın,
biyik orunlarda süverligi anın.
Bériyiz ma qıznı arttırım qalının.
Da canım canına kérti sımarlandı,
körkü közlerinin ürekke baylandı.
Il existe des similitudes entre leurs coutumes de mariage et les nôtres. Par exemple, nous connaissons tous la coutume du bain de la mariée avant la cérémonie. Chez les Turcs karaïtes, la famille de la mariée est également conduite au hammam avant les noces. Lors du festin de mariage, on sert les plats traditionnels que nous connaissons tous : légumes farcis, plats de viande, pâtisseries, riz pilaf et compote.
Anna Akbike Sulimowicz : « On casse un pot pour porter chance. On frappe le marié à l’épaule et au dos, et il s’enfuit. Il se rend ensuite chez la mariée pour la prendre. On lui donne de l’argent, de la vodka, du sucre, et il achète la jeune fille. Bien sûr, les négociations continuent. Il y a des conversations, des rires… Et puis tout le monde – le marié, la mariée, les témoins, l’ataman (celui qui officie le mariage) et la saça (la femme) – se rend à la Kenesa, le temple, où se déroule la cérémonie religieuse officielle du mariage. »
Chez les Karaïtes, il est de tradition de consommer du halva après le décès d’une personne. De même, il est courant d’organiser une cérémonie commémorative sept jours après un décès.
Vladimir Örmeli : « Nos coutumes funéraires sont les suivantes : lorsqu’une personne décède, il doit y avoir du halva noir sur la table. On prépare du halva noir le jour du décès, ainsi que les septième et quarantième jours après. Un an plus tard, on prépare du halva blanc, ou halva de fête. La préparation du halva blanc symbolise que l’âme du défunt est désormais au ciel. C’est pourquoi nous célébrons cet anniversaire comme une fête. J’ai oublié de préciser que le halva noir doit être amer. Pourquoi amer ? Parce que nous souffrons tous, et à l’anniversaire du décès, nous célébrons le fait que le défunt soit au ciel. »
EL Davud : « Jusqu’à la mort, toutes les coutumes sont encadrées par la loi et la religion. Lorsqu’une personne décède, elle est enterrée. Le hazan récite la prière. Hommes et femmes se réunissent ensuite dans des pièces séparées pour commémorer le défunt et faire leur deuil. La table est garnie de halva noir, de raisins et de sucreries. »
Le professeur agrégé Timur Kocaoğlu : « Quand on parle de la culture karaïte, la première chose qui vient à l’esprit, c’est la langue, le turc karaïte. Aujourd’hui, sur environ 2 000 Karaïtes vivant en Crimée, en Ukraine, en Pologne, en Lituanie et ailleurs, seuls une cinquantaine d’entre eux maîtrisent encore leur langue, et le karaïte n’est plus parlé. »
Afin d’enseigner le karaïte, l’Université d’Uppsala, en Suède, organise depuis quatre ans une école d’été sous la direction de la professeure Eva Csato, spécialiste de turcologie. Durant ces écoles d’été, les communautés karaïtes de différentes régions bénéficient du savoir des aînés et découvrent la langue, la religion, l’histoire et les coutumes karaïtes.
La femme : « Je rentre chez moi dans six heures. J’ai besoin de me reposer. »
Eva Csato Agnes, turcologue : « À Trakay, nous organisons une école d’été pour les Turcs karaïtes qui vivent ici. L’Institut suédois de Turquie a financé ce projet, et mes amis et moi animons une école de deux semaines. Nous enseignons le karaïte… Aujourd’hui, il ne reste qu’une trentaine de personnes qui parlent encore cette langue. Elles ont environ 80 ans, et leur savoir est en voie de disparition. Elles souhaitent transmettre leur langue aux enfants. Alors, avec mes amis, j’essaie de les aider. Nous sommes tous allés en Crimée et avons organisé une autre école là-bas avec les Tatars de Crimée. C’est une expérience très enrichissante pour les Karaïtes. Ils peuvent aussi communiquer avec les Tatars de Crimée ; les langues sont compréhensibles. Par exemple, ils ont discuté avec les Tatars au marché. »
Alexander Arabacı : « Nous sommes venus à Trakay pour apprendre notre langue maternelle. Pour communiquer avec les gens et parler cette langue au sein de notre propre famille. Un vrai Karaïte doit connaître sa langue maternelle. Cette langue devrait être enseignée aux générations suivantes après moi. »
Igor Arabacı : « Je suis venu ici pour apprendre la langue maternelle. Pour apprendre à parler et à communiquer. Cette langue est très intéressante et riche. »
Igor Arabacı : « Bonjour, comment vas-tu ? »
Alexandre : « Bonjour. »
Tamara et l’enfant :
« — Qui est ta mère ?
— Nina.
— Qui est ton père ?
— Roni. »
Tamara Fırkavıcıene, professeure de karaïte : « Je parle karaïte depuis l’enfance. J’ai commencé à le parler dès que j’ai su marcher. »
Zafer Karatay : « Pourquoi enseignez-vous le karaïte ? »
Tamara Fırkavıcıene : « C’est une question difficile. Je suis très triste à l’idée que notre langue disparaisse. Nous serons de moins en moins nombreux. Je peux vous dire que connaître et entendre sa propre langue est très important. On m’a demandé de l’enseigner. J’ai dit : “D’accord, je vais aider.” »
Professeur associé Timur Kocaoğlu : « Aujourd’hui, il existe environ 6 000 langues dans le monde. Selon les linguistes, 2 000 à 3 000 auront disparu d’ici 2020. Combien de temps la langue et la culture karaïtes survivront-elles ? Ne laissons pas la langue et la culture karaïtes disparaître ! »
Jozifas Firkovicius et son ami :
« — Je me suis réveillé tôt un jour. J’ai commencé à les regarder pêcher. Dans le lac.
— Deux pêcheurs pêchaient.
— Quoi de neuf ?
— Ma femme est malade. Je suis venu aujourd’hui pour ouvrir la kinesa. Nous avons des invités. »
La communauté turque karaïte est actuellement menacée d’extinction. En raison des règles matrimoniales strictes qui régissent la communauté karaïte et de l’interdiction des mariages entre proches parents, la population karaïte est en déclin constant.
Anna Akbike Sulimowicz : « Chez les Karaïtes, si la taille du groupe descend en dessous d’un certain seuil, il devient difficile de trouver un conjoint. Et bien sûr, il existe une pression sociale pour qu’un Karaïte épouse un autre Karaïte. Mais il est évidemment difficile d’y parvenir, de trouver un conjoint convenable… »
Que pensez-vous de l’avenir des Karaïtes ?
Sergueï Sinani, président de l’Association culturelle karaïte de Gozlev : « En Crimée, en Ukraine, nos ancêtres nous ont légué un patrimoine exceptionnel et, à mon avis, notre nation survivra encore longtemps grâce à la préservation de ces édifices et statues culturels. »
Dans ce contexte, il est impératif de tout mettre en œuvre pour empêcher la disparition du peuple karaïte, notre communauté. Des cours de langue et de culture karaïtes devraient être organisés et les jeunes karaïtes de différents pays devraient se rassembler. Autrement, face à ceux qui affirment que le karaïte n’est peut-être même pas turc ou qu’il a subi une influence turque, cette langue disparaîtra et notre communauté perdra son identité.
El Davd : « Actuellement, de grands efforts sont déployés pour préserver l’intégrité de notre nation. Des centres culturels nationaux karaïtes sont créés dans les villes ukrainiennes. Malheureusement, l’État ukrainien ne nous apporte pas un soutien suffisant ; notre développement spirituel est notamment freiné par le manque de rénovation des édifices religieux. Cela entrave également le développement de notre culture. »
Mariola Abkowicz : « Nos projets d’avenir… Préserver autant que possible ce qui subsiste. Nous essayons d’élever nos enfants en leur transmettant leur culture et, dans une certaine mesure, notre langue. Nous serions ravis d’établir des contacts avec d’autres peuples turcophones ou des organisations actives dans le domaine culturel, car de telles rencontres sont toujours enrichissantes et constructives pour tous. Nous n’avons pas encore de tels contacts, mais nous y sommes ouverts. Je tiens à saluer tous ceux qui regardent cette émission en Turquie. Je vous invite à découvrir notre peuple et notre culture. Nous sommes heureux de ce contact et de cette rencontre. »
Anna Akbike Sulimowicz : « Depuis au moins un siècle, on parle sans cesse de l’apocalypse, de la disparition imminente des Karaïtes. Mais comme vous pouvez le constater, ils ne sont pas encore vaincus. L’avenir nous le dira. »
Rappelons au monde que nous sommes tous les enfants d’une même “grand-mère” du passé ; reconnaître notre histoire et nos communautés fraternelles, et renforcer nos liens avec elles, sera possible.
Les communautés turques sont disséminées à travers le monde comme une toile d’araignée. Les Turcs ont vécu en harmonie dans toutes les régions, au contact de cultures différentes, sans jamais perdre leur identité. Tous devraient s’en inspirer, et les communautés parlant divers dialectes turcs devraient perdurer aussi longtemps que le monde existera.
« J’ai une prière pour vous, ne m’oubliez pas. Si nous nous revoyons, vous réveillerez un cœur magnifique. Ne m’oubliez pas. » ◾
i24NEWS — En immersion au sein de la communauté juive karaïte dans la périphérie de Tel Aviv, en Israël. Anna Akbike Sulimowicz dit dans le reportage de TRT Belgesel : « Nous n’entretenons pas de relations très étroites avec ceux d’Israël, c’est-à-dire les Karaïtes non turcs qui pratiquent la religion karaïte. »
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12 août 2026
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En tant qu’auteur et chroniqueur indépendant, Guy Boulianne est membre du réseau d’auteurs et d’éditeurs AuthorsDen et de la Nonfiction Authors Association (NFAA) aux États-Unis. Il adhère à la Charte d’éthique mondiale des journalistes de la Fédération internationale des journalistes (FJI).


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