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Le festival de courts métrages en ligne Pleins Écrans présente aujourd’hui le film Uasheshkun, du scénariste et réalisateur innu Normand Junior Thirnish-Pilot.
Neuf minutes intenses, tournées à Uashat-Maliotenam, sur l’histoire d’un père qui affronte le suicide de sa fille.
C’est le deuxième court métrage de Normand Pilot. Celui qui est aussi coordonnateur du Festival Innu Nikamu portait en lui ce film depuis longtemps.
La peur que je ressens de perdre un de mes frères ou une de mes sœurs par suicide, ça date d’il y a longtemps, raconte-t-il en entrevue. Étant le plus vieux de la fratrie, il s’est toujours senti responsable des plus jeunes.
J'ai toujours eu cette crainte, s'il arrivait de quoi à l'un d'eux ou à l'une d'elles, que ce serait de ma faute, parce que je n'ai pas été un assez bon grand frère.
Normand Pilot a connu la réalité du suicide dès son enfance. Quand il avait 7 ans, son oncle s’est suicidé. C'était un drôle de concept à appréhender à cet âge-là, se souvient-il.
Par la suite, il a été confronté au suicide à plusieurs reprises.
Même s’il était à Montréal lors de la vague de suicides dans sa communauté en 2015, ces décès l’ont fortement marqué. J’avais comme un sentiment de culpabilité, dit-il. Je n'étais pas là pour souffrir avec eux.

Le réalisateur Normand Junior Thirnish-Pilot lors de la soirée d'ouverture du festival Plein(s) Écran(s) à la Cinémathèque québécoise, le 21 janvier 2025.
Photo : Maryse Boyce
Toutes ces influences l’ont poussé à écrire le scénario de Uasheshkun, (qui veut dire ciel sans nuage en innu et qui est aussi le nom de sa fille). Un projet qu’il a porté à bout de bras, payant de sa poche les dépenses initiales, dont le déplacement jusqu’à Uashat-Maliotenam de certains membres de l’équipe qui venaient de Montréal.
Pour la postproduction, il a reçu l’appui financier de plusieurs organisations.
C'est une belle récompense tout ce qui arrive avec ce film, parce que ça a été beaucoup de sacrifices.
Un film tout en retenue
Dans Uasheshkun, le suicide est suggéré, mais rien n’est montré, même si ça aurait été très facile d'aller dans le choquant, dit le cinéaste.
C’est pour cela qu’il a d’ailleurs enlevé la musique qu’il avait initialement prévue, gardant juste les sons ambiants.
Chaque fois que j'entendais une note de musique, j'avais l'impression de manipuler, explique M. Pilot. L’émotion était déjà assez forte, il n’était pas nécessaire d’en rajouter.
En filigrane, apparaît également un autre élément qui lui est cher : le retour aux racines. Se rapprocher de sa culture, de sa langue, de sa spiritualité, de sa foi, c'est une partie de la réponse pour guérir collectivement, croit-il.
De se réapproprier sa culture et de son identité, c'est une une partie de la réponse, ajoute M. Pilot.
Un choix qui semble avoir rallié les spectateurs, puisqu’ils ont été nombreux à l’accueillir, aux différents festivals où il a été présenté. Normand Pilot raconte avoir parlé à des spectateurs en larmes à la fin de la projection.
Il y a quelque chose dans le film qui les a bouleversés, qui les a touchés. Je me suis dit : ''OK, je n'ai pas fait ce film-là pour rien''.
Uashehshkun sera disponible pendant 24 heures sur la plateforme Plein(s) Écran(s) (nouvelle fenêtre), où il est en lice avec une trentaine d’autres courts métrages pour le Prix du public.


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