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Trouver un logement à Natashquan, une véritable épopée

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Après un long voyage où la route serpente entre mer, rochers et forêt, le village de Natashquan apparaît : quelques dizaines de maisons colorées se dessinent devant le golfe. C'est lors d'un voyage que Julien Greschner a découvert cet endroit.

C’est le coup de foudre pour le globe-trotteur, qui décide enfin de poser ses valises.

Ce que j’aime dans le nord, c’est un milieu très riche au niveau humain, parce que l’isolement crée des communautés tissées serrées, raconte le voyageur.

Un pont enjambe la rivière Natashquan et mène jusqu'à l'église.

Avec une nouvelle administration en place, la Municipalité place le logement en tête de ses priorités.

Photo : Radio-Canada / Michèle Bouchard

Mais y vivre, c’est plus facile à dire qu’à faire. Bien que la Minganie se dévitalise, le chemin pour s'installer dans ce village est parsemé d'embûches.

Je me dis que ça va être facile, qu’il y aura des opportunités, que les loyers vont être abordables. Eh bien, non.

Pendant deux ans, le géographe bouge de place en place, sans jamais savoir où il se trouvera à la saison prochaine.

Il loue d’abord un appartement dans un gîte, mais les beaux jours amènent les touristes, et Julien doit leur laisser sa place.

Julien Greschner devant sa maison.

Julien Greschner est soulagé d'avoir enfin trouvé son domicile et souhaite s'enraciner à Natashquan.

Photo : Radio-Canada / Michèle Bouchard

Je n’avais plus d’option. Dans les crises de rareté, il faut faire différemment.

Incapable de trouver un domicile qu'il pourrait garder toute l'année, il écrit une lettre aux propriétaires de maisons vacantes, en trouvant leur adresse sur un registre public. Tous lui ont répondu, mais un seul a accepté de lui offrir une place… temporaire.

Ainsi, il déménage souvent, trouvant toujours des solutions qui lui permettent de tenir quelques mois de plus.

Je ne cache pas qu’il y a des moments de doute. Ça prend une psychologie du combattant. Il est arrivé des coups de chance au bon moment.

Pas de nouvelle construction

Selon l'administration municipale, il manque une dizaine de logements à Natashquan pour satisfaire la demande. Outre les nouveaux arrivants, il y a aussi les Macacains d’origine qui rêvent de revenir, des jeunes prêts à quitter le nid familial, et des travailleurs temporaires, des enseignantes notamment, nécessaires à la survie du village de 250 habitants.

Cependant, il n'y a aucune nouvelle construction depuis des années. Les coûts de construction sont extrêmement élevés et les entrepreneurs se font rares. De plus, les maisons sont souvent vendues aux employeurs qui logent leurs travailleurs.

Je connais quelqu’un dont la maison a été incendiée il y a deux ans, cite en exemple le directeur général, Benoit Léger. Sa maison a été évaluée à moins de 100 000 $, mais va lui coûter 400 000 $ à reconstruire.

Avec une nouvelle administration en place, la Municipalité place le logement en tête de ses priorités. La réflexion ne fait que commencer, mais le maire envisage des constructions en partenariat public-privé.

Dans notre vision 2030, on veut vraiment concrétiser entre 8 et 12 logements, comme des quadruplex. Et pas dans la sapinière avec les moustiques, prévient Richard Beaudry : on veut leur faire voir la mer. On va commencer par offrir le produit aux institutions qui en ont besoin.

Un homme assis à un bureau.

Le maire de Natashquan, Richard Beaudry

Photo : Radio-Canada / Alban Normandin

Le directeur général précise que la démarche n’est qu’à ses débuts. On recense d’abord les terrains disponibles. Ensuite, on va voir quels sont les scénarios possibles, réalistes, pour exploiter ces terrains. Quand on aura de vraies propositions, concrètes, on va consulter les gens.

Mais pas à tout prix : Natashquan a son cachet à préserver. On ne va pas vendre notre âme pour s’agrandir. Je ne pense pas qu’un parc de maisons mobiles serait une solution acceptée, admet-il.

Une attente payante

L'histoire se finit bien pour le géographe. Après des mois de recherche, il a enfin signé un bail et aura son chez-lui en juillet, grâce à son ancienne collègue, la directrice du journal local, Annie-Jade Creamer-Éthier.

Elle a elle-même vécu son lot d’instabilité en raison du manque de logement : elle et son conjoint sont devenus propriétaires par la force des choses.

Ils louaient le deuxième étage d'une maison qui devait être vendue et divisée en logement pour travailleurs. Pour éviter l’éviction, ils ont choisi de l'acheter.

Annie-Jade Creamer-Éthier sourit.

Annie-Jade Creamer-Éthier et son conjoint sont eux aussi passés par un chemin sinueux avant de trouver leur logement permanent.

Photo : Radio-Canada / Michèle Bouchard

On a songé à faire de la location pour les professeurs, pendant l'année scolaire, puis l’offrir aux touristes l'été. Mais ma conscience me disait que je ne voulais pas contribuer au problème de logement à Natashquan, partage la jeune femme.

Selon Julien Greschner, le secret pour s'établir à Natashquan est d'user d'adaptation, et de tisser des liens avec sa communauté.

Et de créativité, ajoute Benoit Léger. On est très imaginatifs à Natashquan. C’est une des caractéristiques d’un village qui repose sur les poèmes et les légendes : les gens ont beaucoup d’idées.

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