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La disparition annoncée de BlaBlaCar Bus est la dernière évolution du secteur des cars librement organisés depuis la « loi Macron » d’août 2015. Si la fréquentation de ce mode de transport a explosé, portée par des prix bas, les espérances en termes d’emplois créés sont loin du compte.
Arthur Sautrel - Aujourd'hui à 07:30 - Temps de lecture :
Il y a plus de 10 ans, en août 2015, Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, avait provoqué un grand chambardement dans le monde du transport. La loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques, dite "loi Macron", lançait la libéralisation des services de transport en autocar. Avec cette réforme, « les pauvres qui ne peuvent pas voyager voyageront plus facilement, oui, parce que l’autocar, c’est huit à 10 fois moins cher que le train », expliquait-il en octobre 2014, dans des termes qui suscitaient alors la polémique.
D’un point de vue de la fréquentation, le pari est tenu. Onze millions de passagers ont voyagé avec les "cars Macron" en 2024 sur des liaisons domestiques (18 millions avec les liaisons internationales), d’après le dernier rapport de l’Autorité de régulation des transports (ART). En 2015, le secteur était quasiment inexistant. « Depuis la libéralisation du secteur en 2015, plus de 100 millions de passagers ont été transportés par les autocars librement organisés, dont 17 % n’auraient pas voyagé si ce mode de transport n’avait pas existé », estime l’organisme public.
Une des clés du succès tient aux prix bas pratiqués : la recette moyenne des transporteurs s’élève à six euros par passager pour 100 km, un chiffre stable ces dernières années malgré l’inflation. C’est le critère de Julie, étudiante en Erasmus à Turin (Italie), qui choisit l’autocar pour rentrer chez ses parents à Lyon lors des vacances. « C’est bien plus avantageux que le train pour une durée de trajet similaire », explique la jeune femme de 22 ans. « En réservant en avance, j’en ai pour 20 ou 30 euros, contre au minimum 70 euros pour le TGV. Il y a un peu plus de proximité avec son voisin, moins de place pour ses jambes, mais ça reste supportable. »
Peu d’emplois créés
En revanche, sur le plan de l’emploi, les résultats sont loin des espérances. En 2015, Emmanuel Macron annonçait « la création de 22 000 emplois directs », mais l’ART ne recensait que 2 745 emplois en équivalent temps plein en 2024. « On est loin des promesses qui avaient été faites à l’époque », constate Sébastien Mariani de la CFDT Transports. « La libéralisation a été vue comme une solution magique, mais il a manqué les investissements publics sur les espaces d’accueil et les gares routières. Le secteur est resté un marché de niche, low cost, avec des marges faibles. »
Sur la dizaine d’entreprises qui s’étaient lancées sur le marché en 2015 (Isilines, Megabus, Starshipper…), seules deux avaient résisté à la concurrence jusqu’à cette année : FlixBus et BlaBlaCar Bus. « L’arrêt de BlaBlaCar marque la fin d’un cycle d’économique du secteur », note Aurélie Jehanno, spécialiste des mobilités chez Systra. « BlaBlaCar n’a pas réussi à capter une part de marché suffisante pour venir absorber les coûts fixes. FlixBus a pris de l’avance dès le début sur la concurrence, avec une culture d’entreprise ancienne dans la négociation de contrats avec des partenaires. Comme souvent dans ce type de secteur, c’est une course à la première place et à la concentration. »
Pour Jean-Sébastien Barrault, président de la Fédération nationale des transports de voyageurs (FNTV), la fin de BlaBlaCar Bus n’est « pas un échec » de la "loi Macron", car « des millions de voyageurs n’auraient pas voyagé » sans cette offre. « C’est une fierté pour notre secteur. » Il veut se montrer optimiste : « Cela reste un accident industriel de la part d’un acteur, mais il n’est pas improbable de voir de nouveau de la concurrence dans les mois et années à venir. »
Bientôt des gares routières mieux équipées ?
Grandes oubliées de la « loi Macron »de 2015, les gares routières souffrent d’une mauvaise image. Celle de Bercy à Paris, la plus fréquentée du pays (six millions de voyageurs) est devenue un symbole de ces lieux en mauvais état. Pour améliorer la situation, un article a été adopté par les sénateurs dans le projet de loi-cadre sur les transports. Si le texte va au bout de son parcours législatif, les autorités organisatrices de la mobilité (comme Île-de-France Mobilités, l’Eurométropole de Strasbourg, le SYTRAL à Lyon, la métropole à Nancy ou Metz) seront en charge de la planification et de la réalisation de ce type d’aménagement.
Dans les territoires de plus de 200 000 habitants, les gares devront, à partir de 2032, respecter un degré d’équipement et de qualité minimal, fixé par voie réglementaire. « Les autocars dits Macron ont connu un succès populaire. Ils méritent des infrastructures d’accueil dignes », a exigé le ministre des Transports Philippe Tabarot au Sénat, mi-avril.


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