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«Tout ce qu’il reste»: diversité d’émotions

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Le duo derrière Vías, Diana León et Paco Ziel, présente une toute nouvelle pièce, Tout ce qu’il reste, au Centre national des arts, puis à la salle Bourgie. Pour la toute première fois, les lauréats du Prix de la danse de Montréal dans la catégorie Révélation en 2024 répondent à une commande : mettre de l’avant les lieder de Schubert. Et ils ont carte blanche.

« C’est très excitant de recevoir une demande de la part d’organisations aussi importantes que Danse Danse, le Centre national des arts, le Domaine Forget et la salle Bourgie. La consigne était simple : s’inspirer des lieder de Schubert pour créer un spectacle transdisciplinaire qui intègre à la fois la musique et la danse », explique Diana León, qui a immigré au Canada depuis son Mexique natal pour danser avec les Grands Ballets pendant cinq ans.

La salle Bourgie présente chaque saison des lieder de Schubert, ces chansons courtes pour piano et voix. Il y en a plus de 600 et la Salle souhaite toutes les diffuser. C’est pour cette raison qu’elle a donnée cette directive à Vías. « Dans chacune de nos créations, ce qu’on aime particulièrement, c’est étudier, approfondir le sujet. On connaissait évidemment Schubert, mais on n’était pas familier avec sa musique. Donc là, on en a écouté beaucoup. Il y a beaucoup de subtilité, de nombreuses émotions, parfois complexes, et de spiritualité, même dans sa musique », décrit Paco Ziel, qui est lui aussi originaire du Mexique et qui a d’abord intégré l’École supérieure de ballet du Québec avant de se joindre à la compagnie Rubberband.

La toute première idée du duo artistique a été de mélanger les rôles des musiciens et des danseurs. Une pratique qu’il a déjà expérimentée dans sa pièce Flesh and Sound, en 2023. « C’était évident pour nous : il fallait que les musiciens dansent et que nous, on sorte de notre zone de confort pour entrer dans l’univers musical », se souvient Mme León. Avec cette décision, les codirecteurs artistiques de Vías souhaitaient « briser les codes ». « Quand on pense à un concert de musique classique, on pense à tous les codes, toutes les règles. C’est très carré, rigide. On avait envie de se libérer de ça, dit la danseuse. Schubert a brisé les conventions à son époque, alors, en ce sens, on s’identifie beaucoup à lui. »

Le mélange des arts sur scène permet aussi à Diana León et à Paco Ziel de s’interroger sur ce qui est accepté dans la société. « Ce choix artistique permet de remettre en question quels sont les corps qui peuvent danser. Souvent, on a l’idée que, pour être danseur, il faut avoir un type de corps, être entraîné d’une certaine façon. Or, nous on questionne ça. On pense vraiment que chaque corps a une façon intéressante de bouger », explique Mme León. Le duo a donc travaillé de longues heures avec les musiciens, le baryton Olivier Bergeron et la pianiste Chloé Dumoulin, pour leur donner des outils pour bouger, intégrer du mouvement dans leur pratique. Et vice versa. « C’est un gros travail d’équipe dont on est très fiers. C’était tellement intéressant de demander aux musiciens comment ils faisaient techniquement tel accent, telle note, ce qu’elle voulait dire, etc. Le lien de confiance et l’aspect humain ont été très importants et riches dans ce processus », poursuit-elle.

Avec cette création, Vías espère inspirer d’autres compagnies ou artistes à s’ouvrir à d’autres milieux. « On a beaucoup appris sur la communauté de la musique classique. Ce projet a beaucoup de potentiel pour créer un nouvel espace, de nouvelles façons de faire. Il pourrait tout à fait être programmé dans un festival de musique classique, mais aussi dans un événement de danse contemporaine. Ça permet de mélanger des milieux et de multiplier les publics. Ça crée une fibre sociale de la culture, c’est important », affirme M. Ziel.

Palette musicale

Pour élaborer l’œuvre, Diana León et Paco Ziel ont dû choisir parmi une importante liste de lecture de plus de 150 titres. « La sélection a été assez instinctive, viscérale même. Quand on connectait avec les sensations, les couleurs, et la poésie de la musique, c’était bon, raconte Paco Ziel. Après, on voulait avoir une diversité, donc on a pris des chansons plus intenses, plus joyeuses, plus sombres, etc. On a aussi cherché les significations des paroles. Et pour nous, la chorégraphie y répond, tel un échange. »

La partition chorégraphique joue elle aussi sur les contrastes. « On est très musicaux tous les deux, on aime beaucoup bouger avec la musique, mais les dissonances nous intéressent aussi. Parfois les corps traduisent en mouvement la mélodie, parfois ils s’y opposent », décrit Mme León.

Ainsi, pour Diana León et Paco Ziel, Tout ce qu’il reste n’est « ni une performance de danse, ni un opéra, ni un concert ». « C’est une sensation et une expérience hybride, poursuit la chorégraphe. Et on espère que le public va sentir cette sensation de double lecture. » Les deux artistes souhaitent aussi, avec cette pièce, créer des émotions chez les spectateurs. « J’aimerais qu’elle provoque un espace de silence intérieur où il est possible de contempler la diversité émotionnelle et d’accepter encore de rêver, de laisser la place à l’innocence », dit le codirecteur de la compagnie. Pour sa complice aussi, les émotions sont le but à atteindre par cette œuvre. « L’existence de Schubert a eu lieu entre le classicisme et le romantisme. Je crois que ce qu’on peut apprendre du romantisme, c’est le fait d’assumer ses émotions. Dans notre époque où on est surstimulé d’informations, parfois choquantes, mais qui deviennent banales, on réprime beaucoup ce qu’on ressent et on surrationalise aussi, conclut-elle. C’est important de laisser les autres voir nos émotions, de les laisser aller. C’est la chose la plus belle et humaine qu’on a. »

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