Série : Ils vivent au-dessus de leurs moyens [2/4] - Vivre au-dessus de ses moyens ne rime pas toujours avec dépenses excessives. Malgré une gestion rigoureuse des comptes, certains peinent à équilibrer leur budget, pris en étau entre les charges fixes et le coût de la vie. Malgré deux salaires, Agnès et son mari se retrouvent à chaque fin de mois en difficulté, avec deux adolescents à charge.

Audrey Vermorel - Aujourd'hui à 07:15 | mis à jour aujourd'hui à 07:21 - Temps de lecture :

Malgré des efforts pour réduire le budget de la famille, les comptes sont toujours dans le rouge à la fin du mois. Photo d'illustration Pexels Malgré des efforts pour réduire le budget de la famille, les comptes sont toujours dans le rouge à la fin du mois. Photo d'illustration Pexels

Agnès (*) a pourtant étudié ses comptes, réduit ses dépenses et retourné le problème dans tous les sens : elle n’arrive pas à boucler les fins de mois avec un compte en banque positif. Cette quadragénaire vit dans l’Ain, avec son mari et ses deux filles de 11 et 15 ans. Le couple travaille dans des usines de métallurgie et arrive à se dégager un salaire de 3 000 euros à deux chaque mois. « On a la chance d’être propriétaire d’une maison confortable avec terrain à la campagne », reconnaît-elle.

Mais comme la majorité des Français, le logement est le poste de dépense le plus important : un peu plus de 800 euros de crédit à rembourser tous les mois. Ils ont chacun une voiture, essentielle pour se déplacer depuis leur commune. À cela s’ajoutent les factures d’électricité, d’eau, de téléphone, le budget courses, les transports pour les enfants jusqu’au collège et au lycée, la cantine et les activités. Il faut aussi gérer les imprévus, accidents et pannes de voiture. « Récemment, j’ai dû me faire opérer et l’une de mes filles a dû se faire enlever les dents de sagesse. Malgré la prise en charge, il faut sortir une belle somme de notre poche », souligne-t-elle.

Cuisiner, acheter d'occasion

Pour limiter les dépenses, elle a déjà étudié plusieurs solutions et changé des habitudes dans son quotidien. Pour réduire le budget courses, elle passe désormais par des box repas à cuisiner, qu’elle reçoit à domicile. « Avant, pour un plein de courses, le montant atteignait facilement 250 euros. Désormais, pour 140 euros, j’ai six repas pour six personnes pour toute la semaine, ce sont des plats sains et ça évite d’acheter du surplus en magasin », assure l’Aindinoise, même si elle fait tout de même quelques courses de compléments à côté. Passer derrière les fourneaux lui permet aussi de réduire les coûts : « On fait nos yaourts, des goûters et gâteaux et on évite les plats industriels. La nourriture fait partie de nos priorités », même si elle reconnaît avoir tenté des plats plus économiques qui n’ont pas conquis. « Les repas ‘‘soupe’’ le soir, même réalisés maison et avec des toppings, n’ont pas vraiment séduit mes deux adolescentes », sourit-elle.

Elle a par ailleurs revu les factures de téléphone pour passer au tarif en dessous. La famille s’est séparée de son abonnement Disney+ mais a gardé Netflix comme source de divertissement. Les parents mettent un point d’honneur à pouvoir faire plaisir à leurs filles. « La plus jeune prend des cours de piano, à une cinquantaine d’euros par mois, et la grande commence à sortir avec ses amis au cinéma ou au fast-food. » Alors, pour le reste, elle trouve des astuces. Acheter d’occasion, notamment pour les vêtements et les chaussures, est devenu un réflexe pour Agnès. Aujourd’hui, les options ne manquent pas pour faire du tri dans ses placards et acheter de la seconde main.

Prendre un deuxième emploi pour repasser dans le vert

Avec leurs revenus, le couple ne peut pas se permettre de partir en vacances et payer une location. Alors, là aussi, ils ont trouvé un moyen d’économiser. « Grâce à un jeu en ligne, on a sympathisé avec plusieurs personnes aux quatre coins de la France. On a décidé de se rencontrer dans la vraie vie, ce qui nous a permis de passer des vacances dans le Périgord l’année dernière à moindre coût, puisque nous étions logés », raconte-t-elle.

Malgré tous ces efforts, Agnès le sait et l’avoue en regardant ses comptes : la famille ne s’en sort pas et vit au-dessus de ses moyens. « Tous les mois, on finit à découvert. On est déjà à -800 euros en mars alors que le mois n’est pas fini », soupire-t-elle. Agnès, qui travaille les après-midi et les soirées, réfléchit même à prendre un deuxième emploi le matin pour augmenter son salaire à la fin du mois. Elle a l’impression d’avoir essoré tous les postes de dépense et de ne pas faire d’excès. « On a même installé des panneaux photovoltaïques, pour lesquels nous avons dû faire un crédit, pour réduire au maximum notre facture d’électricité à long terme. Les seules choses que nous pourrions supprimer, ce sont Netflix et la cigarette de mon côté, liste-t-elle. On fait les comptes, mais la plupart de nos dépenses sont des dépenses courantes. »

Une situation qui ne leur permet pas d’anticiper un coup dur ou un achat inattendu. Malgré les incertitudes des fins de mois, Agnès s’estime chanceuse : « Nous avons quand même une maison et nos filles ne manquent de rien. » Elle le sait aussi, élever des enfants coûte cher, mais elle fera tout pour que ses filles puissent réaliser leurs études. « L’une d’elles a envie de devenir vétérinaire. S’il faut, je travaillerai les week-ends pour qu’elle puisse le faire. C’est de leur avenir dont il s’agit », conclut-elle.

(*) Le prénom a été modifié.

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