Série : Effacés du jour au lendemain [1/3 ] - Plus de 50 000 personnes disparaissent chaque année en France, volontairement ou non : fugues, enlèvements, choix de tout quitter ou homicide dans des circonstances non élucidées. Pour les familles, l’attente est un déchirement, entre espoir et résignation, à la recherche d’une trace ou simplement de la vérité.

Audrey Vermorel - 10 juin 2026 à 07:45 | mis à jour le 10 juin 2026 à 20:40 - Temps de lecture :

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Pas une journée ne passe sans que Jean-François ne pense à son frère, qu’il n’a pas vu depuis 13 ans, le 30 novembre 2013, jour de sa mystérieuse disparition. Hugues Gutton avait 50 ans. Aide-soignant à Saint-Chamond, il habitait à Saint-Étienne (Loire). Un homme sans histoires qui s’était mis à fréquenter de nouvelles personnes au profil douteux. Le 30 novembre 2013 au soir, Hugues Gutton quitte son domicile à pied, avec son portefeuille et son téléphone, pour les rejoindre dans un squat. Un peu plus tard, trois des protagonistes présents décident, avec Hugues, de s’éclipser de la soirée pour se rendre dans une commune à quelques kilomètres et se poser dans un endroit pour boire des bières. Au retour, ces trois personnes, les dernières à avoir vu Hugues, affirment qu’il n’a pas voulu rentrer avec elles et qu’elles l’ont laissé sur place. Depuis cette nuit, il n’a plus donné signe de vie.

Jean-François Gutton ne veut pas croire à la thèse de la disparition volontaire. « Ce n’était pas son style », assure-t-il. Il penche plutôt pour un homicide, d’autant que de nombreux indices pourraient l’attester. Mais il manque des preuves formelles. De nombreuses zones d’ombre planent encore sur ce dossier non résolu. À commencer par le téléphone d’Hugues : quelques jours après sa disparition, son fils ainsi que Jean-François ont tenté de le joindre sur son portable. « Quelqu’un a bien répondu, mais ce n’était pas lui. Quand la police a également tenté de le joindre en se présentant, la personne a immédiatement raccroché et plus personne n’a répondu » ensuite, déplore Jean-François Gutton.

Autre point important : des éléments pileux, d’abord confondus avec du sang, ont été retrouvés dans le coffre de la voiture dans laquelle étaient les quatre hommes. Mais ceux-ci ont été placés sous scellés, car à l’époque, les résultats d’analyses étaient trop flous ou inexploitables. Fait troublant : la voiture a rapidement été nettoyée et revendue.

L’exploitation de la téléphonie des trois protagonistes, placés sous le statut de témoin assisté dans cette affaire, n’a pas permis d’aboutir à une piste sérieuse. Pourtant, une phrase prononcée par le conducteur de la voiture fait douter Jean-François. « Lors d’un appel avec un homme, il aurait dit : “ Lui, il va finir comme Hugues Gutton dans le coffre d’une voiture”. On évoque une “façon de parler”, pour justifier ça », soupire le frère.

« Le plus dur, c’est de ne pas avoir de réponse »

Les recherches, menées plusieurs mois après la disparition, n’ont rien donné. Les canettes de bière trouvées sur le lieu où les quatre hommes se seraient rendus ont été analysées, sans qu’aucun ADN concordant ne soit retrouvé. En revanche, à un kilomètre, la carte d’identité du disparu a été découverte quelques jours après le 30 novembre 2013, par un joggeur, dans un ravin.

Jean-François regrette ces actes manqués et défaillances dans ce dossier : « Le plus dur, c’est de ne pas avoir de réponse. Il y a forcément quelqu’un qui sait quelque chose », assure-t-il. Alors, pour l’aider dans cette quête, il a fait appel, il y a plusieurs années déjà, à l’association Assistance et recherche de personnes disparues (ARPD). Les bénévoles, dont un ancien commissaire, l’ont aidé à monter un dossier avec toutes les informations et à affronter les démarches administratives et judiciaires. « Un ancien commissaire a notamment passé beaucoup de temps sur le cas de mon frère. Il penche lui aussi pour la piste criminelle », abonde-t-il.

S’il n’espère plus retrouver son frère vivant, Jean-François a besoin de retrouver son corps « pour enfin avoir des réponses, comprendre réellement ce qu’il s’est passé ce soir-là. Et pouvoir faire le deuil. » Sa crainte, avec le temps qui s’écoule : « Que son corps ait été déplacé, encore mieux caché. » Il y a un an, les trois protagonistes de cette soirée ont enfin été confrontés. Un maigre espoir qui n’a rien donné. Depuis le 30 novembre 2013, six juges d’instruction ont été en charge du dossier. Le cas a été proposé au pôle national des crimes sériels ou non élucidés de Nanterre, mais n’a pas été retenu.

« Je pense tous les jours à lui »

Le 16 mars dernier, la justice a décidé de prononcer un non-lieu. La famille a immédiatement fait appel : « Je veux argumenter avec les éléments pileux non étudiés. Sur le reste, je suis réaliste, si les auditions et confrontations n’ont rien donné », avoue Jean-François. Le plus dur pour lui serait une clôture de cette affaire sans avoir retrouvé le corps de son frère. « Je pense tous les jours à lui, c’est épuisant. Ça me ferait beaucoup de mal, même si c’est malheureusement une possibilité à laquelle on se prépare », admet-il. Depuis treize ans, il ne perd pas espoir de retrouver, un jour, son frère, pour pouvoir enfin en accepter la perte.

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