Série : Le spleen des seniors [2/2] - En France, en 2025, 750 000 personnes de plus de 60 ans vivent en situation de mort sociale, soit sans contact significatif avec leur famille, leurs amis, leurs voisins ou les réseaux associatifs, selon un baromètre de l'association les Petits frères des pauvres. Sandrine, 63 ans, qui vit seule, évoque l'importance de maintenir le dialogue en allant vers les autres.

Ysé Rieffel - Aujourd'hui à 07:10 - Temps de lecture :

Sandrine s’abandonne désormais à la lecture. Photo d'illustration Sipa/Adil Benayache Sandrine s’abandonne désormais à la lecture. Photo d'illustration Sipa/Adil Benayache

« Vieillir, ce n’est pas facile, surtout quand on a des problèmes de santé », concède Sandrine (*), 63 ans. Mais s'il y a bien une chose qui ne lui fait pas peur, c’est le sentiment de solitude. La retraitée se satisfait de sa propre compagnie. « J’ai toujours aimé être seule. Je ne vois pas ça comme quelque chose de triste, je trouve au contraire que c’est ressourçant », confie la sexagénaire, retraitée depuis décembre 2025.

L’ancienne déléguée médicale raconte, presque avec nostalgie, ses années passées à parcourir les routes de l’Occitanie dans sa voiture, allant de médecin en médecin pour leur présenter des médicaments. « Ma voiture était comme ma meilleure amie, j’y passais beaucoup de temps, j’écoutais de la musique… C’était mon bureau ! », explique-t-elle. Même si elle adorait son métier, Sandrine attendait malgré tout avec impatience ce changement de vie qu’est la retraite : « Mine de rien, c’était fatiguant, et j’avais envie de faire d’autres activités. »

« C'est important de pouvoir parler »

Celle qui avait fait des études littéraires, avant de se consacrer à l’industrie pharmaceutique, s’abandonne désormais à la lecture et lit « des centaines » de livres pendant des heures. Elle passe aussi beaucoup de temps à la médiathèque pour y dénicher de nouveaux ouvrages. Dans ces lieux, elle n'hésite pas à aller vers avec ceux qui y travaillent et ceux qu’elle croise dans les allées pour échanger longuement sur la littérature. « C'est important de pouvoir parler ; quand on ne discute pas avec les autres, c’est triste », poursuit-elle.

Sandrine peut donc compter sur ces rencontres à la médiathèque, mais aussi sur ses anciens collègues avec qui elle a gardé contact, ou encore sur son voisinage. « Quand on ouvre les volets le matin, on dit bonjour à ses voisins, on se sert le café, on se rend des services, c’est agréable. » Et, dans sa maison à la campagne, en réalité, la retraitée n’est pas vraiment seule : « Je vis avec mes 12 chats. Ce sont comme mes enfants, je me consacre à eux, je leur achète de bonnes choses, je les gâte. »

« J’ai perdu beaucoup de personnes »

Son mantra : rire une fois par jour (devant des sketchs sur YouTube, par exemple) et rester joyeuse le plus possible. Elle veut rester positive pour les années à venir et tout faire pour ne pas tomber dans le « spleen » que peuvent connaître les seniors. En effet, 750 000 personnes connaissent une situation de mort sociale, selon le baromètre de l’association Les Petits Frères des Pauvres. Les personnes de 80 ans et plus, ainsi que les personnes les plus précaires, sont les plus à risque de souffrir de la solitude et d’isolement, précise l’association.

« Je pense qu’on peut encore avoir de belles choses dans sa vie en vieillissant », dit-elle. Avant de nuancer : « La seule chose qui m'inquiète, ce sont les problèmes de santé. J’ai perdu beaucoup de membres de ma famille ces derniers temps, c’est aussi difficile à gérer », admet Sandrine, qui a perdu ses parents il y a déjà quelques années. Surtout, elle espère pouvoir vieillir dans sa maison. « Les gouvernements à venir devraient valoriser cette solution », pointe celle qui voudrait éviter à tout prix la case maison de retraite : « Mais il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. »

(*) Le prénom a été changé.

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