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Série : Les arnaques en ligne, quand le piège se referme [1/3] – Plus d'un Français sur deux y a déjà été confronté et plus d'un sur dix est déjà tombé dans le panneau : les fraudes aux données bancaires n'arrivent pas qu'aux autres. Patrice, 67 ans, en a fait l'amère expérience.
L.G. - Aujourd'hui à 07:30 | mis à jour aujourd'hui à 09:13 - Temps de lecture :
Quand les enfants de Patrice, 67 ans, l'ont poussé à créer son espace client sur le site internet de sa banque, il a d'abord été « réfractaire », mais a fini par céder. « J'ai fait ça pour faire plaisir à tout le monde, et au total, ça m'a coûté beaucoup d'argent », observe l'ancien chargé d'affaires dans le secteur de la métallurgie. Il y a trois ans, cet habitant de Saint-Vincent-de-Mercuze (Isère) a été victime d'une fraude aux moyens de paiement par manipulation, quelques jours à peine après avoir entamé des démarches avec sa banque pour « mettre [s]es comptes sur le téléphone », comme il le dit lui-même. Montant du préjudice : 9 984 euros.
Pour Patrice, le piège s'est refermé un samedi, « le jour de mon départ en vacances », se souvient-il. Celui qui est aujourd'hui retraité raconte avoir reçu des SMS au sujet de l'activation de son espace client. Le sexagénaire ne tique pas : le nom du destinataire correspond selon lui à celui de sa banque.
Des escrocs qui en savaient déjà beaucoup
On lui demande de renseigner les numéros de sa carte bancaire sur un site qu'il pense être authentique. « Ils m'ont donné les deux premiers numéros et les deux derniers de ma carte. Moi, je devais remplir ceux du milieu », se souvient-il. Les messages deviennent insistants, alors Patrice finit par s'exécuter et part en vacances. C'est là qu'est son erreur – une banque n'aurait jamais exigé son numéro de carte bancaire de la sorte. Mais ça, Patrice ne le sait pas.
L'Isérois finit par se rendre compte que quelque chose cloche quand il reçoit des alertes sur son téléphone concernant des transferts d'argent : « Ils m'en enlevaient, ils m'en remettaient. Je me dis : "C'est bizarre, j'appellerai mardi". » Selon lui, ce n'est pas un hasard si les escrocs ont attendu le week-end pour lui écrire, son agence bancaire étant fermée le lundi. Quand il la contacte, ses craintes sont confirmées : on vient de lui dérober 10 000 euros. Ses comptes sont alors bloqués. « Je me suis retrouvé en vacances sans un centime. Heureusement que ma compagne était avec moi », se rappelle Patrice.
« Je croyais bien faire »
Trois ans plus tard, il n'a toujours pas revu son argent, et craint de ne jamais le récupérer. Le retraité dit d'avoir aucune nouvelle de la plainte qu'il a déposée en gendarmerie. Quant à sa banque, elle refuse de l'indemniser, car elle considère qu'il a été négligent. « Ils ne veulent rien savoir. Pour eux c'est statué, fini, au revoir et merci », s'agace-t-il.
Patrice se dit « en colère ». Il reconnaît qu'il s'est peut-être fait avoir « par méconnaissance », mais ne comprend pas « comment la banque a pu laisser faire ça ». « Un téléphone, ça me sert à téléphoner. Comment ne pas se faire piéger quand on ne connaît pas ? », souligne l'homme, qui « croyai[t] bien faire ». Dès qu'il le peut, il changera de banque. Il a aussi contacté une avocate mais « hésite encore » à engager des poursuites, refroidi par le montant des honoraires et la somme qu'il devra payer s'il n'obtient pas gain de cause. En tout cas, on ne l'y reprendra plus : « Maintenant, c'est terminé. Je n'achète rien sur internet. Je n'ose même pas aller voir mes comptes, de peur de me faire encore avoir. »


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