Série : Seul(e), mais papa ou maman avant tout [1/3] - Ils ont fait le choix d’avoir un enfant par PMA ou GPA. Des parcours intimes, souvent complexes, qui bousculent les modèles traditionnels et racontent une autre façon de fonder une famille. Ces mères et ces pères solos nous racontent leur histoire. Aujourd’hui, celle d’Audrey qui, à 40 ans a réalisé son rêve de devenir mère.

Audrey Vermorel - Aujourd'hui à 07:30 | mis à jour aujourd'hui à 08:11 - Temps de lecture :

À la question de devenir maman un jour, Audrey n’a jamais hésité. Avoir un enfant était même un objectif de vie, elle ne pouvait pas imaginer les choses autrement. « Déjà adolescente, je me rappelle m’être dit que si je ne rencontrais personne, je ferais un enfant seule. C’était vraiment quelque chose qui était ancré en moi, j’avais un désir profond d’être mère », se remémore la Parisienne. À 38 ans, las de relations sentimentales compliquées avec des hommes indisponibles ou qui ne voulaient pas d’enfant, elle ne s’imagine plus rencontrer quelqu’un avec qui fonder une famille. Ce projet bébé, elle le fera seule.

Cette idée, elle l’a déjà mûrement étudiée. « J’arrivais à un âge un peu critique et j’avais un taux de fertilité bas. Il fallait que je me dépêche de trouver une solution pour devenir maman », déroule-t-elle. Elle envisage l’adoption, mais les démarches extrêmement longues et compliquées, encore plus pour une femme célibataire, la décourage. Elle se tourne alors vers la PMA (procréation médicalement assistée), qui, à l’époque, n’était pas encore autorisée dans la situation d’Audrey. Depuis la loi de bioéthique promulguée le 2 août 2021, la PMA n’est plus réservée qu’aux couples hétérosexuels ayant des problèmes médicaux d’infertilité, elle est également ouverte à des couples de femmes et des femmes célibataires.

En 2018, à 38 ans, Audrey se tourne alors vers la Belgique, qui autorise déjà la PMA pour une femme seule. « Ma décision était mûrement réfléchie, mais a été prise très vite, comme c’était un cheminement que j’effectuais déjà depuis plusieurs années. Il faut alors faire le deuil d’un projet bébé et d’une vie de famille à deux. Je me suis posé beaucoup de questions sur le fait que mon fils n’ait pas de père. C'était mon point central. Car je savais que j’étais capable de l’avoir seule et de l’assumer financièrement », détaille-t-elle. Mais son parcours en PMA est loin d’être un long fleuve tranquille. Elle démarre le protocole en 2019, mais, très vite, le monde entier va être paralysé par l’épidémie de Covid-19 au début de l’année 2020, ce qui va ralentir ce projet. Qu’importe, Audrey garde patience et jongle entre son travail dans les médias à Paris et les allers-retours à Bruxelles pour des innombrables examens médicaux et des stimulations hormonales épuisantes.

Faire face aux critiques

Au bout du cinquième essai, la bonne nouvelle tant attendue arrive : Audrey est enceinte. « On a toujours l’image du parcours de PMA qui est difficile, et ça l’est dans de nombreux cas. Moi-même, j’avais un taux de fertilité extrêmement bas, j’avais 40 ans, nous étions en plein Covid et j’ai réussi à tomber enceinte en cinq mois. C’est un miracle ! », raconte-t-elle, pleine d’espoir.

Derrière cette bonne nouvelle, une difficulté qu’il ne faut pas sous-estimer est le regard des autres. Même si Audrey est soutenue par son entourage dans cette aventure, elle doit aussi faire face aux critiques parfois virulentes. « Si vous vous retrouvez maman célibataire parce que votre mec vous a quitté, on va dire que vous êtes hyper forte. En revanche, lorsque vous expliquez que vous avez fait une PMA, on va vous traiter d’égoïste d’élever un enfant seule », déplore-t-elle. « Il faut avoir les épaules solides. » Heureusement, c’est l’une des qualités d’Audrey. Être seule lui apprend à tout anticiper, à gérer les problèmes, les imprévus, les échographies, les moments de stress comme les moments de joie. « C’est sûr que quand le bébé bouge pour la première fois, quand on fait les cours de préparation à l’accouchement, quand on est à l’hôpital pour accoucher et qu’on voit les autres femmes accompagnées, ça peut être difficile, mais il faut être forte et assumer », glisse-t-elle.

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« Il connaît son histoire »

Elle traverse une grossesse « idyllique » mais un accouchement plus compliqué. Aujourd’hui, Alexandre, quatre ans et demi, la comble de bonheur. À aucun moment, elle n’a regretté son choix et envié les couples : « J’ai une liberté avec mon fils qui est extraordinaire et aucune contrainte de vie de couple à gérer. » Elle a la chance d’avoir une famille très présente à ses côtés pour l’aider et avec laquelle elle forme « une équipe soudée ». « Je suis une maman solo extrêmement privilégiée », estime-t-elle.

Son parcours de maman solo en PMA suscite des interrogations, y compris de la part de son fils. « Il m’a très vite posé la question et demandé où était son papa, avant ses deux ans. Je ne lui ai jamais menti, il connaît son histoire. J’ai même écrit un livre (*) à ce sujet. Il a des repères masculins autour de lui : son grand-père, mon frère, mon neveu et il est un petit garçon totalement épanoui. Mais je sais que je ne suis pas à l’abri qu’un jour, plus tard, il me dise qu’il aurait préféré avoir un papa », assume-t-elle.

Elle profite désormais de sa nouvelle vie de maman avec Alexandre tout en laissant de côté les critiques et les regards des autres, dont elle a su se détacher. « Aujourd’hui, je m’en fiche complètement et j’assume mon statut, tout le monde sait que je suis maman solo », clame-t-elle. Audrey le sait, elle a décroché le plus beau rôle de sa vie.

(*) Audrey Josse, Elle a fait un bébé toute seule , chez City, 16,90 euros.

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