Série : Ils vivent au-dessus de leurs moyens [1/3] - Gagner confortablement sa vie ne protège pas toujours des difficultés financières. Entre niveau de vie élevé, dépenses du quotidien ou loisirs, certains reconnaissent être toujours dans le rouge, malgré des revenus confortables. Arnaud nous raconte son rapport à l’argent et ce qui le pousse à dépenser plus que ce qu’il ne gagne.

Audrey Vermorel - Aujourd'hui à 07:00 - Temps de lecture :

Arnaud a l’habitude de dépenser sans compter, pour lui comme pour ses proches. Photo d'illustration Pexels Arnaud a l’habitude de dépenser sans compter, pour lui comme pour ses proches. Photo d'illustration Pexels

Arnaud (*) le reconnaît facilement : « Sur le papier, ma situation est plutôt confortable. » Cet Alsacien de 32 ans travaille en CDI dans l’industrie et gagne environ 3 000 euros par mois (en 2023, le salaire médian d’un Français était de 2 147 euros par mois, selon l’Insee). Il n’a pas de crédit immobilier à rembourser, pas d’enfant ni de charges importantes à payer en dehors des dépenses de la vie quotidienne. Et pourtant, malgré un bon salaire, il n’arrive pas à mettre de côté. Son train de vie, légèrement au-dessus de ses moyens, ne l’emmène pas jusqu’à l’endettement, mais il finit quand même tous les mois avec un compte bancaire à découvert.

Se retrouver « dans le rouge » n’est pas le sort des seuls foyers modestes. Sans aller jusqu’au surendettement, beaucoup de Français vivent en finissant le mois avec des comptes dans le négatif, même avec de bons revenus.

Des achats compulsifs

Néanmoins, lorsqu’il regarde ses postes de dépenses, Arnaud n’a pas l’impression de faire des folies. « J’aime me faire plaisir, aller au restaurant avec ma copine, acheter des choses qui me font envie sur le moment », raconte-t-il. Il n’hésite pas à être généreux envers son entourage et règle souvent la note de la table entière au restaurant, par exemple. « Avec le temps, je me suis rendu compte que mes achats étaient parfois assez compulsifs », reconnaît-il. « Il m’arrive d’acheter des objets que je n’utilise presque jamais (comme un drone, une moto, des accessoires électroniques), et que je finis par revendre plus tard… souvent à perte. C’est un cercle que je connais bien. » D’autant que les achats en ligne et les plateformes comme Amazon, qui ont des techniques marketing bien rodées, n’aident pas à réfléchir avant de dépenser. « Cette solution de facilité, avec une livraison parfois dès le lendemain, est très tentante pour moi », avoue le trentenaire.

Quand on aime, on ne compte pas. Arnaud n’a pas l’habitude de faire les choses à moitié et n’hésite pas à faire chauffer la carte bancaire lorsqu’il se lance dans un projet. « Je suis quelqu’un qui aime toucher à tout. J’ai donc de nombreuses activités. Lorsque je commence un nouveau sport ou un nouveau loisir, il faut généralement s’équfiper. Dans ces cas-là, j’ai tendance à acheter directement du matériel de qualité, même si je ne sais pas encore si je vais pratiquer cette activité sur le long terme », détaille-t-il. Pourtant, il estime avoir grandi avec la notion de l’argent au côté de sa mère, dans un environnement modeste. « Nous avons même été bénéficiaires de l’aide de la Croix-Rouge lorsque j’étais enfant. Cette période a profondément marqué ma façon de voir les choses et a forgé une partie de mon caractère », se souvient-il.

Ne pas pouvoir anticiper un coup dur

L’Alsacien a cependant pris l’habitude de vivre sur le fil. Sa situation professionnelle en CDI lui permet de déborder chaque mois. « Il m’arrive régulièrement d’être en négatif de 300 ou 400 euros sur mon compte à la fin du mois, mais je sais que la semaine suivante, mon salaire viendra combler ce découvert, alors je ne m’inquiète pas plus que ça. » Il est un habitué des facilités de paiement proposées par les plateformes en ligne, comme le paiement en trois ou quatre fois. Il a aussi tendance à dépenser de l’argent qu’il n’a pas encore touché, en anticipant une prime par exemple.

Il le sait pourtant, être un « panier percé » signifie aussi ne pas avoir de matelas de sécurité en cas de coup dur. Ses mauvaises habitudes l’ont d’ailleurs déjà mis en difficulté financière. « J’ai déjà dû faire des prêts à la consommation pour payer une taxe d’habitation, des impôts ou même des vacances et une moto que j’ai revendue à perte », confesse Arnaud. Il est toutefois bien conscient de mener un train de vie au-dessus de ses moyens. Il a même déjà essayé de compter et d’analyser ses dépenses du mois à l’aide de tableaux, mais sans succès : « C’est un exercice intéressant, c’est sûr, mais je n’arrive pas à être régulier ou à dire non lorsqu’une occasion se présente. Je n’ai pas non plus envie de passer pour un radin. Heureusement pour moi, je n’ai pas d’addiction aux jeux ni à la drogue, ce qui me permet de rester positif ! », se rassure-t-il.

« Je ne pense pas forcément à demain »

Son mantra, c’est plutôt de profiter de l’instant présent et gâter son entourage tant qu’il peut. « Je ne pense pas forcément à demain, je vis sur le moment. Je sais que j’ai de l’argent qui rentre sur mon compte chaque mois, c’est rassurant. »

Gagner un salaire encore plus important ne réglerait pas son problème pour autant. L’adage dit que « plus on gagne d’argent, plus on en dépense ». Une théorie validée par Arnaud : « J’ai chaque année des augmentations de salaire et des primes. Pourtant, je n’ai pas la sensation d’avoir plus d’argent, forcément, je dois dépenser davantage… C’est mathématique ! » Il reste lucide sur sa situation et est reconnaissant de ce salaire qui lui permet de maintenir son train de vie, mais il voit son objectif d’achat immobilier s’éloigner d’année en année avec un compte épargne encore bien trop peu fourni.

(*) Le prénom a été modifié.

Articles les plus lusMagazine Lifestyle