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Série : Victime d’un amoureux opportuniste [2/2] - Se mettre en couple pour ne plus payer de loyer ou bénéficier d’un confort matériel… Ce comportement a un nom : un « hobosexuel ». Esther a connu ça et a perdu de l’argent mais aussi une partie de sa vie dans sa dernière relation. Elle raconte.
Audrey Vermorel - 10 avr. 2026 à 07:00 - Temps de lecture :
Esther (*) a encore du mal à parler de sa dernière relation qui, même après plusieurs années, l’a fragilisée et épuisée. Il y a un peu plus de cinq ans, cette quadragénaire se sent bien dans ses baskets. Séparée, elle vit dans la Drôme avec ses deux adolescents et ne cherche pas à rencontrer quelqu’un. Sa vie personnelle et professionnelle l’épanouit déjà. Elle jongle entre son travail d’auto-entrepreneuse et un autre travail à mi-temps et dispose donc d’une situation confortable.
Lors de la soirée d’anniversaire d’une amie, elle fait la rencontre de Jérémy (*), avec qui elle va se mettre en couple quelque temps après. Le trentenaire, fraîchement séparé, est dans une situation d’urgence puisqu’il doit quitter le logement qu’il partageait avec son ex-compagne. Rapidement, il s’installe chez elle et prend ses aises. « J’ai fini par avoir de la peine pour sa situation, je n’ai pas vraiment réalisé ce que j’étais en train de faire », retrace-t-elle.
Une dépendance financière et dans la vie quotidienne
Très vite, il va vivre au crochet d’Esther, qui prend en charge le loyer, les factures, les sorties et les vacances. « De temps en temps, il lâchait une centaine d’euros pour les courses, ce qui était loin de compenser toutes les dépenses à côté, alors qu’il travaillait », relève-t-elle. Elle a même accepté de faire un prêt à deux pour lui payer son permis, prêt qu’il ne remboursera pas. Mais, surtout, il devient vite dépendant d’Esther. « Il n’avait pas le permis donc je gérais les trajets. Il avait besoin de moi, pouvait m’envoyer une trentaine de messages d’affilée si je ne répondais pas. »
Un comportement qui influence la vie professionnelle d’Esther. « Je n’arrivais plus à me concentrer, j’avais peur que mes enfants soient en insécurité chez moi. Il me demandait toujours quelque chose au dernier moment. Il était très envahissant. J’étais épuisée moralement », se rappelle-t-elle. Résultat, elle perd son CDD à mi-temps et n’a plus le temps pour gérer son entreprise. « J’ai dû reprendre un travail en urgence alors que j’adorais ma situation professionnelle avant. J’ai baissé d’un cran social sans m’en rendre compte », regrette-t-elle. La situation s’enlise pendant trois ans. « Je l’ai mis dehors plusieurs fois et il revenait, mais au bout de trois ans, j’étais épuisée et à bout. Un jour, j’ai dit stop et je l’ai quitté définitivement, raconte la quadragénaire. Il s’appropriait tout ce que j’avais. La voiture, la maison, le travail. Il s’est approprié ma vie. »
Cinq plaintes déposées
Mais elle n’est pas au bout de ses peines. Pendant plusieurs mois, son ex-conjoint la harcèle de textos, l’intimide sur les réseaux sociaux et va même jusqu’à la menacer de mort. Il va multiplier les actes d’intimidation et crever les pneus de sa voiture, klaxonner devant chez elle en pleine nuit. Dépassée et se sentant en danger, Esther va déposer cinq plaintes au commissariat pour menaces de mort et violences psychologiques, qui n’ont pas abouti. Mais grâce à une association spécialisée dans le droit des femmes, elle a pu bénéficier d’une aide juridique et a écrit au procureur de la République de la Drôme. Une procédure qui a permis de faire avancer son dossier et de prendre en compte sa plainte pour menaces de mort, pour laquelle Jérémy sera jugé dans quelques mois. « J’attends surtout de ce procès qu’il me reconnaisse vraiment en tant que victime et qu’il règle ses dettes », clame-t-elle.
Car financièrement, Esther est encore dans le rouge et peine à se remettre à flot, puisqu’il lui reste encore des prêts à rembourser. « Je paye encore pour lui et pour réparer ses erreurs. J’aimerais juste retourner à ma vie d’avant », souffle-t-elle. C’est aussi grâce à cette association qu’elle a commencé un suivi psychologique et psychiatrique et qu’on lui a diagnostiqué un choc post-traumatique et un syndrome anxiodépressif sévère. Car elle souffre encore psychologiquement et physiquement de cette histoire, même plus de deux ans après la rupture. « Le choc post-traumatique a été tel que j’ai développé des douleurs physiques. J’ai fait pas mal d’angoisse. Il n’y a pas très longtemps que je reconduis sans avoir de malaise, ni de vertige. Il y a eu de la fatigue mais aussi beaucoup de peur », raconte Esther.
Aujourd’hui, elle veut se concentrer sur ses projets personnels et professionnels. Si elle n’exclut pas de revivre une relation amoureuse un jour, elle ne se sent pas encore prête aujourd’hui. « J’ai décidé de penser à moi. Je veux juste une vie simple », assure-t-elle.
(*) Les prénoms ont été modifiés.
3919 - Violences femmes info
Un numéro d'appel national, le 3919, est dédié à l'écoute et à l'orientation des femmes victimes de violence. Appel gratuit et anonyme, service accessible 24h/24 et 7 jours sur 7.


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