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Une tribune de la Fondation contre le Cancer, Kom Op Tegen Kanker, La Ligue Cardiologique Belge, Le Fonds des affections respiratoires (FARES), Vlaams Instituut Gezond Leven, Soutien Et Prévention Tabagique (SEPT), Respiratoire Gezondheid-VRGT, L'Observatoire de la Santé du Hainaut, Diabetes Liga, Gezondheidsmakers vzw, Belgian Respiratory Society (BeRS), Belgian Lung Foundation (BeLF)
En faisant machine arrière, le gouvernement affaiblit la protection des jeunes face à la dépendance aux produits du tabac et à la nicotine. Depuis le 1er avril 2025, les produits de tabac, y compris les cigarettes électroniques, ne pouvaient plus être vendus dans les magasins alimentaires de plus de 400 m². Une avancée pour réduire l'accessibilité de produits qui demeurent la première cause évitable de mortalité en Belgique. Saisie d'un recours déposé notamment par Philip Morris et Japan Tobacco International, deux grands cigarettiers, la Cour constitutionnelle a jugé que si la réduction des points de vente est bien une mesure légitime et efficace, ne limiter l'interdiction de vente qu'aux magasins alimentaires de plus de 400m² n'est pas raisonnablement justifié. En d'autres termes, la Cour constitutionnelle ouvrait la porte à une extension de l'interdiction de vente à l'ensemble des commerces alimentaires. Cette solution, également défendue par le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke, aurait un impact considérable sur la santé de la population en envoyant le message clair que les produits de tabac, de par leur nocivité, n'avaient plus leur place à tous les coins de rue. Mais le gouvernement a choisi de faire marche arrière. Au lieu de restreindre davantage l'accessibilité de ces produits, à partir du 1erjanvier 2027, les produits de tabac pourront à nouveau être vendus dans tous les magasins. Bien loin d'un simple problème technique de dénomination, c'est un choix politique lourd de conséquences.
Fini l'objectif d'une génération sans tabac d'ici 2040 !
Les mesures adoptées en 2025 – contrôle d'âge renforcé, interdiction d'exposition des produits de tabac, sanctions accrues en cas de publicité ou promotion illégale, et réduction des points de vente – avaient pourtant marqué une avancée importante pour protéger les jeunes et progresser vers une génération sans tabac d'ici 2040. La Cour constitutionnelle confirme désormais explicitement que cette orientation est juridiquement et substantiellement fondée : la protection de la santé publique peut – et doit – primer sur des intérêts commerciaux. Selon la Cour, réduire le nombre de magasins dans lesquels sont commercialisés les produits de tabac constitue un moyen légitime et efficace pour en réduire leur consommation, et l'impact économique pour les commerçants ne pèse pas lourd face aux bénéfices en matière de santé publique. Néanmoins, la Cour souligne une incohérence : cette limite arbitraire de 400m², une distinction perçue comme discriminatoire à l'égard des autres points de vente. Le gouvernement avait jusqu'à la fin de 2026 pour rectifier cette mesure.
Protéger les jeunes est essentiel
Protéger les jeunes doit rester au cœur des priorités. Lorsque les produits de tabac sont en vente à chaque coin de rue, ils apparaissent comme des produits ordinaires et anodins plutôt que comme des substances addictives et mortelles, ce qu'ils sont pourtant. La réduction des points de vente est donc une stratégie efficace pour contribuer à dénormaliser ces produits, pour diminuer le risque que les jeunes commencent à fumer ou à vapoter. Les magasins d'alimentation – grands et petits – sont des lieux fréquentés par les familles et les jeunes. En maintenant leur disponibilité dans ces magasins, les produits de tabac sont banalisés et facilement accessibles. Cela favorise le comportement expérimental chez les jeunes, et donc un risque d'une dépendance plus rapide et profonde. En laissant consciemment exister ce risque, la Belgique sabote ses objectifs de santé publique. Restreindre l'accès au tabac, c'est également offrir un vrai soutien aux personnes qui essaient d'arrêter : aujourd'hui, même une petite course innocente peut mener à une rechute, tant le produit est omniprésent. Une réduction des points de vente doit évidemment aller de pair avec un meilleur accompagnement à l'arrêt du tabac pour les personnes qui souhaitent se libérer de cette dépendance.
Quand on veut, on peut – mais encore faut-il le vouloir
La Cour constitutionnelle avait laissé peu de place au doute : réduire le nombre de points de vente fonctionne et se justifie pleinement. La base juridique est là, les bénéfices sur la santé sont évidents. La question n'était donc pas de savoir ce qu'on pouvait faire, mais plutôt ce qu'on voulait faire.
Pour atteindre l'objectif "génération sans tabac" d'ici 2040, il est temps de revoir et durcir les mesuresLe gouvernement avait l'opportunité de rendre la politique de réglementation du tabac plus cohérente et efficace, en réduisant drastiquement la disponibilité de produits si dévastateurs. De rendre crédible l'ambition pour une génération sans tabac à laquelle il s'est pourtant engagé. Et il a décidé de ne pas la saisir.
Réduire l'accessibilité des produits de tabac est profitable à toute la population. Que ce soit pour protéger les jeunes générations, ou pour soutenir les personnes qui fument actuellement et souhaiteraient pourtant arrêter
Pas de réelle volonté politique d'atteindre une génération sans tabac d'ici 2040Prétendre vouloir protéger les jeunes tout en abaissant le seuil d'accès aux produits de tabac est contradictoire. Ce n'est pas seulement une occasion manquée : c'est avant tout un choix. Un choix où des intérêts économiques semblent primer sur la protection de la population. Un choix difficilement justifiable, tant du point de vue de la santé publique que d'un point de vue économique. Les coûts de la consommation des produits de tabac, à court terme et à long terme, que ça soit sur la santé publique, sur la société, ou sur l'environnement, sont bien supérieurs. Enfin, les jeunes d'aujourd'hui constituent la génération qui assurera demain notre prospérité économique. En laissant leur bien‑être — y compris mental — se dégrader sous l'effet d'une dépendance, nous hypothéquons également nos intérêts économiques futurs.
Alors, comment justifier une telle décision ?


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