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Le programme d’immersion française à Flin Flon fête ses 42 ans cette année. Depuis ses débuts, une professeure est au cœur du programme : Sylvie Dufour.
Originaire de la Côte Nord, au Québec, elle est arrivée au Manitoba grâce à un programme d’étude et d’enseignement de français.
C'était une blague avec une copine. Je m'étais inscrite et puis j’ai obtenu le poste, à mi-temps, à l’Université de Brandon. Mais je ne savais pas où c'était. Je n’avais aucune idée quand ils m'ont appelé pour me dire que j'avais eu le poste.
Après avoir terminé ses études universitaires en sciences, Sylvie Dufour a pris un poste d’enseignement en immersion française au nord du Manitoba.
Ils m’ont donné un contrat sur une feuille de papier. Et on m'avait trouvé un appartement meublé et tout ça. Et c'est comme ça que je me suis ramassé à Flin Flon, à travailler à un programme d'immersion.
Sa première année, elle enseignait à la maternelle à une vingtaine d’élèves dans un ancien laboratoire de sciences. Elle avait très peu de ressources et de supports pédagogiques, donc elle explique qu'elle devait utiliser beaucoup d’imagination et se fier à sa base en biologie pour garder ses élèves impliqués et les sensibiliser à la culture canadienne-française.
J'ai passé beaucoup de temps dehors avec les jeunes au début. Puis ce que je faisais de mieux, c'était la nature, donc je les ai beaucoup exposés à la nature, on observait des fourmis, on regardait les arbres.
À l'intérieur, je leur ai fait un canot : j'ai tourné les tables à l'envers, puis les ai enveloppées de papier brun. On avait fait des pagaies, on avait fait des raquettes avec du carton. Alors, on chantait nos chansons, on voyageait dans notre canot d'écorce pour aller à notre camp de voyageur.
Durant ses premières années à Flin Flon, une ville majoritairement anglophone, elle avoue que l'accueil n’a pas toujours été chaleureux, et qu’elle a nourri, à plusieurs reprises, l'idée de quitter la ville.
Il y avait des enseignants du côté anglophone qui me fermaient la porte au nez quand j'arrivais avec les mains pleines de quelque chose. J'ai eu des menaces au téléphone... Partout où j’allais, j’étais connue comme l'enseignante de français.
Malgré ses défis, elle a pu élargir le programme à tous les niveaux scolaires, avec des centaines d'élèves au fil des années. Elle est maintenant la directrice adjointe de l’école primaire McIsaac et la coordinatrice du Consortium collaboratif pour la langue française du Nord.
Un programme qui perdure malgré des défis
Selon elle, ce succès est dû en grande partie au soutien des parents, surtout de sa première cohorte de 21 élèves.
Ces parents étaient vraiment organisés. Ils voulaient avoir de l'immersion pour leurs enfants. Ces parents-là ont tout fait pour que je puisse rester puis enseigner.
L’implication des parents continue aujourd’hui, notamment grâce à une section locale de Canadian Parents for French, qui est très active.

Vanessa Whitbread se décrit comme « une coordinatrice de chaos », organisant des soirées d'information, en écrivant des demandes de subventions et en faisant valoir le bilinguisme chez les jeunes.
Photo : Radio-Canada / Maggie Wilcox
Vanessa Whitbread a deux enfants en immersion à l’école McIsaac et est la présidente du CPF Flin Flon. Son organisme aide à trouver du financement pour des activités parascolaires, dont de grands voyages à Winnipeg et au Québec.
Elle dit constater un intérêt de plus en plus croissant pour les programmes d'immersion, due en partie à l’excellente réputation du programme de Sylvie Dufour et le travail du CPF:
Pendant un certain temps, il y avait une stigmatisation selon laquelle seules certaines personnes apprenaient le français, ou celles qui vivaient dans un certain quartier de la ville, ou celles qui connaissaient déjà plusieurs langues ou qui avaient certaines opportunités. Nous essayons vraiment de briser ce stéréotype et de promouvoir l'idée que tout le monde peut être bilingue et que tout le monde peut apprendre le français, a-t-elle expliqué après une soirée d’information pour des parents de futurs élèves de la maternelle.
Malgré cet engouement, Sylvie Dufour souligne qu’un défi persiste depuis longtemps : l’embauche du personnel qualifié. Plus tôt dans sa carrière, elle a pu utiliser son réseau et des foires d’emplois pour trouver de potentiels enseignants, mais elle affirme que le problème s’est intensifié.
Le gros problème c'est vraiment l'embauche. Maintenant, je ne peux plus recruter de la même façon parce qu’il y a un manque d’enseignants partout.
Elle souhaite plus d'incitatifs pour attirer les enseignants et les convaincre à s'installer en zones rurales. Cette demande est également mise de l'avant par le CPF auprès du gouvernement manitobain (nouvelle fenêtre). Selon Sylvie Dufour, la profession doit être plus valorisée.
Ça devrait être comme les médecins, on a des pénuries de médecins, surtout dans les régions, dans les endroits, les régions rurales des régions du Nord. Et on commence à mettre des choses en place pour encourager les gens d'aller au Nord ou dans les régions rurales. Moi, je dirais que ça devrait à peu près être le même système avec l’enseignement.


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