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TRIBUNE - La joie des Iraniens et leur reconnaissance vis-à-vis de l’attaque organisée par Israël et les États-Unis casse le narratif manichéen faisant de ces deux nations les méchantes de l’Histoire, souligne l’écrivaine.
Française dont les parents, Iraniens, ont fui le régime des Mollahs pour la France, Suzanne Azmayesh est avocat et romancière. Elle est l’auteur de L’Interrogatoire (Léo Scheer, août 2022, 216 p., 18€ ).
Il n’est pas toujours aisé d’être Iranien ou issu de la diaspora iranienne en France aujourd’hui. Cette réflexion m’est venue après une émission sur radio RCJ, où j’ai défendu l’intervention militaire d’Israël et des États-Unis, affichant par-là un soutien aux gouvernements de ces pays. Or, il n’est pas bon de s’afficher pro-américain ou pro-israélien à l’heure actuelle, ce qui, à certains égards, peut être compréhensible. Personne ne conteste que Donald Trump accumule les outrances, change d’avis, se réveille un matin en voulant annexer le Groenland et un autre en limitant le champ de la recherche universitaire américaine, ce qui est contraire à l’esprit démocratique. De même, on peut bien sûr émettre des réserves sur la façon dont Israël a mené le conflit à Gaza et déplorer l’ampleur des pertes humaines et matérielles engendrées.
Pour autant, la joie des Iraniens et leur reconnaissance vis-à-vis d’Israël et des États-Unis vient casser ce narratif manichéen faisant d’Israël et des États-Unis les méchants de l’Histoire, tandis que les peuples arabo-musulmans incarneraient le rôle éternel de victimes sans défense. Dans le récit iranien, les choses sont beaucoup plus complexes, et c’est cette même complexité qui paraît déranger ceux qui préféreraient se contenter d’une vision simpliste du réel. En effet, l’ennemi des Iraniens n’est pas une puissance occidentale ou coloniale. L’ennemi des Iraniens, c’est le régime islamique. Un ennemi de l’intérieur, qui opprime par la violence, tue par milliers, emprisonne, viole, dicte sa loi. L’ennemi des Iraniens, ce n’est pas un homme blanc et riche qui cherche à étendre militairement sa puissance, mais les mollahs. Ceux qui font régner leur idéologie religieuse et expansionniste, anéantissent toute opposition et détestent les femmes.
Force est de constater que, pour beaucoup de gens, les Iraniens sont moins faciles à soutenir, et ce de façon générale. Car il n’y a pas de discours colonial à plaquer.
Dans ce combat contre le régime islamique, les Américains et les Israéliens sont les seuls qui ont véritablement agi. Qui ne se sont pas contentés de vagues déclarations. Car oui, il existe une lutte commune entre la population iranienne d’une part, et Israël et les États-Unis de l’autre, pour se débarrasser des mollahs. Ne soyons pas naïfs : il serait candide de croire que c’est par altruisme que ces pays-là agissent. Chacun a son propre intérêt, et rien ne prouve que cet alignement va se poursuivre dans le temps. Mais dans cette situation d’urgence, alors même que le régime venait de tuer des dizaines de milliers de personnes en profitant du black-out d’internet, fallait-il se contenter d’envoyer des communiqués ?
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C’est bien là tout ce qui déstabilise l’Europe, limite les soutiens et brouille les repères. Les méchants d’hier deviennent les sauveurs d’aujourd’hui. Sur les réseaux sociaux, je vois la différence. Hier, tous ces partages relayant les destructions à Gaza, la frénésie des manifestations au cri de Free Palestine, la rage et l’indignation. Aujourd’hui, quelques timides « I stand with the people Iran » qui disparaissent à peine apparus. Il n’est pas question de mettre en compétition les morts. Mais force est de constater que, pour beaucoup de gens, les Iraniens sont moins faciles à soutenir, et ce de façon générale. Car il n’y a pas de discours colonial à plaquer. Car les Iraniennes ne se battent pas pour mettre le voile mais pour l’enlever. Car les Iraniens ne revendiquent pas davantage de droits religieux mais qu’on leur fiche la paix avec Dieu. Et car, loin de l’écriture inclusive, le persan prouve à lui seul que l’absence de genre grammatical n’est en rien une garantie contre le patriarcat. Les Iraniens cassent la pureté du récit que certains aiment se raconter, leur combat brise toute lecture binaire du monde.


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