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Sur l’augmentation de l’antisémitisme depuis octobre 2023

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Christina Späti professeure d'histoire contemporaine, Université de Fribourg

Publié le 08 juillet 2026 à 10:06. / Modifié le 08 juillet 2026 à 14:34. 3 min. de lecture

Depuis le 7 octobre 2023, deux évolutions sont devenues indéniables: d’une part, dans tous les pays européens, et donc aussi en Suisse, l’hostilité envers les Juifs s’est accrue de manière spectaculaire dans l’espace public. D’autre part, les débats de société s’accompagnent de plus en plus souvent d’une politisation de l’antisémitisme.

Il existe de nombreuses preuves de cette nette augmentation de l’antisémitisme, mais il est difficile de formuler des constats précis sur son contenu, son ampleur et ses acteurs sur le long terme. En effet, la Suisse continue de présenter d’importantes lacunes en matière de données et de recherche dans le domaine du suivi de l’antisémitisme et du racisme, comme le relève également le Service de lutte contre le racisme (SLR).

Des organismes spécialisés plus volontiers alertés que les services officiels

Comme l’indique encore ce service, les rapports de la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI), de la Fondation contre le racisme et l’antisémitisme (GRA) ainsi que de la Cicad revêtent une importance particulière. Cela s’explique notamment par le fait que les personnes touchées par l’antisémitisme s’adressent plus volontiers à des personnes de confiance ou à des structures spécialisées dans ce domaine qu’aux services cantonaux compétents. Il est toutefois clair que ces organisations ne disposent pas des ressources, ni financières ni humaines, pour mener des études scientifiques longitudinales.

Malgré cela, leurs rapports sur l’antisémitisme, cohérents sur le plan méthodologique, demeurent des sismographes importants des débats actuels. Un premier examen de ces rapports révèle déjà l’ampleur alarmante des propos antisémites. Il en ressort que, si le conflit actuel a pu les déclencher, ils renvoient néanmoins à des schémas antisémites plus anciens et plus profonds.

Lire aussi: Podcast – Selon Johanne Gurfinkiel, la Cicad fait face à un «raz-de-marée» d’antisémitisme

Une instrumentalisation de l’antisémitisme par les populistes de droite

Comme de nombreux chercheurs et chercheuses en antisémitisme, je suis préoccupée par l’instrumentalisation de l’antisémitisme par des partis populistes de droite. Celle-ci entraîne en effet une banalisation de la judéophobie. Elle permet, du moins en apparence, de ne pas prendre l’antisémitisme au sérieux ou de le réduire à une simple sensibilité subjective. L’accusation d’antisémitisme peut ainsi être interprétée uniquement sous l’angle de son instrumentalisation et de sa politisation par l’adversaire politique. A la lumière de cette politisation du concept, il est à craindre qu’il se dilue progressivement et perde ainsi sa pertinence.

Lire également: En 2025, les actes antisémites ont atteint un niveau record en Suisse

Dans les débats politiques, il est souvent perdu de vue qu’un consensus existe, tant dans les définitions scientifiques que dans celles des ONG, sur l’antisémitisme, y compris lorsqu’il s’agit de propos relatifs à Israël. Ce consensus qualifie d’antisémites, dans le cadre de la critique d’Israël, les généralisations fondées sur des stéréotypes antisémites ou des fantasmes complotistes. Il en va de même pour la remise en cause du droit des Juifs et des Juives à vivre en Israël, y compris en tant que collectif.

Des propos antisémites ne répondent pas aux définitions

Cela signifie que critiquer Israël ne relève pas nécessairement de l’antisémitisme, loin de là. Mais il existe des propos problématiques qui ne sont considérés comme explicitement non antisémites par aucune des définitions en circulation, y compris scientifiques. Autrement dit: ceux et celles – issus surtout de l’ultragauche – qui ne voient dans l’antisémitisme qu’une «arme rhétorique» instrumentalisée par l’adversaire politique passent à côté de l’existence réelle et de la continuité de schémas antisémites dans certains discours critiques ou négateurs d’Israël. Se contenter d’affirmer qu’un groupe ou un parti a bien signé une déclaration contre l’antisémitisme est insuffisant. Les déclarations de principe ne protègent pas, à elles seules, contre des opinions ou attitudes discriminatoires, par exemple lorsque des préjugés antisémites traditionnels sont mobilisés ou lorsque, dans une perspective européenne, et donc ici en Suisse, la Shoah est banalisée ou occultée.

Il existe certes des propos liés au conflit israélo-palestinien dont le caractère antisémite est controversé. Mais, dans l’ensemble du spectre des expressions antisémites possibles, ils ne représentent qu’une faible part. Ils peuvent et doivent être discutés, mais il n’est pas acceptable de nier de manière générale les expériences d’antisémitisme. De même qu’il n’est pas acceptable de nier les expériences de racisme des personnes noires.

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