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C’est avec une certaine surprise que j’ai regardé le nouveau film portant sur l’héroïne Supergirl. Basée quelque peu sur une bande dessinée, Supergirl. Woman of Tomorrow, le nouvel opus du cinéaste Craig Gillespie, produit par le réalisateur-scénariste James Gunn et le producteur Peter Safran, de DC Studios, pourra en déconcerter certains, particulièrement sur le front des attentes et des stéréotypes classiques. Dès les premiers instants, le personnage de Supergirl, incarnée brillamment par Milly Alcock, affiche des traits naturellement associés au héros masculin d’un film noir : elle est alcoolique, désabusée et dépressive.
L’agentivité de Supergirl, comme personne, est mise en relief tout au long du film dans une perspective de rejet de toute forme d’enfermement dans des stéréotypes androcentriques. Cela se sent jusqu’à cette réplique sur le fait qu’elle n’a pas été nommée « Superwoman ». Au premier regard, l’anecdote vient nourrir ce qui semble être un simple cliché. Mais en même temps, si on creuse, sa réplique laisse plutôt entrevoir une indifférence, et surtout un refus affirmé de se laisser définir par le regard masculin (le fameux male gaze).
Le scénario dépasse de loin les critères du test de Bechdel-Wallace puisque deux personnages féminins sont nommés, ceux-ci interagissent entre eux et leur conversation traite d’autres sujets que celui des hommes. Certes, un personnage masculin principal, Krem, est nommé à plusieurs reprises, mais il ne constitue pas le centre d’attention du film, pas plus qu’il n’engendre un quelconque attachement amoureux. Il se cantonne à son androcentrisme primaire. Quant à l’autre personnage masculin, Lobo, sa présence est intéressante, car elle met en exergue celle de l’héroïne, inversant ainsi les rôles genrés.
Les femmes, au premier rang
Les personnages féminins sont les véritables protagonistes du film. Qu’il s’agisse de choix plus ou moins éthiques ou de solidarité, les femmes ne sont pas reléguées au rang de victimes, même dans les situations les plus sombres. C’est le cas notamment du personnage de Ruthye Marye Knoll (incarnée par Eve Ridley) qui, dans l’adversité, conserve ses aptitudes et devient l’instigatrice de sa propre libération.
Il est à noter que la trame narrative reprend essentiellement le récit initiatique classique dans lequel le protagoniste adopte le rôle auquel il est destiné (songeons à la première trilogie de Star Wars). Il s’agit ici d’une forme de récit consacré en général au héros masculin (par exemple, Persée, Hercule ou Thésée). La transformation symbolique d’une renaissance se concrétise dans l’acceptation du costume iconique. Un bémol à cet égard, il s’avère dommage que le costume comporte une jupe, il serait plus logique que son costume corresponde à celui de Superman. Est-ce pour permettre un point de repère rassurant pour le grand public ? Peut-être.
Maintenant, Supergirl est-elle une antitradwife (ou épouse traditionaliste, selon la recommandation de l’Office québécois de la langue française) ? La réponse peut être affirmative au sens où le personnage adopte en premier lieu des postures traditionnellement associées au genre masculin. Cela est d’autant plus vrai ici que le réalisateur propose un regard beaucoup plus vaste, Supergirl se dévoilant comme fluide sur le plan identitaire en incorporant l’ensemble des aptitudes humaines tant « masculines » que « féminines ». Cela s’observe particulièrement à l’épilogue des combats.
Au moment où les mouvances masculinistes exercent un certain attrait, le film Supergirl offre un baume en permettant d’envisager d’autres voies émancipatrices, égalitaires, plurielles et équitables pour nos sociétés. Je souhaite que le personnage de Supergirl représente réellement les femmes de demain. C’est un modèle auquel tous, femmes, hommes ou queers, gagnent à s’identifier.


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