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Le concert de fin de la saison régulière de l’Orchestre Métropolitain (OM) est devenu ces dernières années l’événement de clôture des saisons montréalaises. Celui de 2026 n’a pas failli à la règle, faisant le plein avec la venue de la pianiste Hélène Grimaud dans le cadre d’un programme américain intelligent et éloquent.
Yannick Nézet-Séguin voulait voir dans ce programme un fil conducteur autour de la réconciliation, associant Florence Price, George Gershwin, Margaret Bonds et Leonard Bernstein. Une œuvre vraiment célèbre et courante au répertoire, le Concerto en fa de Gershwin, était interprétée par Hélène Grimaud, scrutée par les caméras de Mezzo et de Medici.tv.
Avancer
La pianiste qui a joué ce concerto à Philadelphie avec Yannick Nézet-Séguin il y a quelques jours, et qui le reprendra à Ottawa cette semaine avec Alexander Shelley, nous a semblé, à nous qui la connaissons et suivons depuis 30 ans (ce sera intéressant de l’observer à la télévision), très professionnelle, mais presque extérieure dans le premier volet. C’était infinitésimal, mais il y avait comme une petite raideur mécanique que nous ne lui connaissons pas vraiment. Yannick Nézet-Séguin et l’orchestre assuraient ce qu’il fallait d’éclat, action, et de mouvement, la pianiste suivant tout cela avec précision.
Puis a démarré l’Adagio, sur le même mode pianistique, mais avec, il faut le dire, des interventions de solistes orchestraux (trompette, violon) honorables, mais sans aura particulière. Et là, peu après le début, Hélène Grimaud a avancé sa chaise et le geste pianistique a semblé s’assouplir, les phrases chanter un peu plus. Très clairement, Hélène Grimaud était davantage « dans l’action ». D’ailleurs, dans l’Allegro agitato, elle a avancé une dernière fois la chaise, comme pour, définitivement, s’y plonger encore plus.
La complicité des deux artistes est telle que le chef ne s’est pas fait prier pour faire briller de tous les feux possibles un orchestre ravi de rebondir en marquant les ruptures rythmiques avec fermeté et les écarts dynamiques avec tranchant. Quelle magnifique réponse aux assertions de l’édition du 12 juin du New York Times, dans laquelle Joshua Barone, dans le cadre d’une comparaison entre le Philharmonique de New York et l’Orchestre du Metropolitan Opera, n’a trouvé mieux que d’avancer que Yannick Nézet-Séguin n’avait nullement apporté la preuve qu’il était un « bâtisseur d’orchestres », qualifiant l’Orchestre Métropolitain d’ensemble d’une « primitivité déconcertante » (sic !). Nous ne savons ni si les musiciens avaient connaissance de ces allégations ni comment et sur quelles bases Monsieur Barone a étalonné la (non-) progression du Métropolitain depuis le début des années 2000. Pour notre part, nous ne l’avons pas croisé souvent à Montréal.
Espoir
L’orchestre a été tout aussi admirable dans les Variations Montgomery de Margaret Bonds. Yannick Nézet-Séguin a prouvé qu’une petite allocution liminaire changeait complètement la donne en matière de réceptivité de l’auditeur à une œuvre musicale. Le chef a très bien cadré le sujet et attiré l’attention sur la 5e Variation, qui décrit un attentat du Ku Klux Klan dans une église. Bonds développe de manière claire, éloquente et efficace des thèmes mémorables.
En début de concert Song of Hope de Florence Price est, comme l’écrit bien François Zeitouni dans la notice, une invocation d’une grande ferveur religieuse avec de fortes influences afro-américaines. Nous avons été étonnés de constater que l’OM n’avait eu l’idée ou su associer à cette occasion à son choeur un des groupes gospel de Montréal. Il est vrai que le retrait de Trevor W. Payne du Montreal Jubilation Gospel Choir en 2018 après 43 ans de direction a brouillé un peu les perspectives. À qui faire appel désormais ? Le choix avisé de solistes, avec la voix de Suzanne Taffot qui sortait du lot, n’empêche pas cette interrogation.
On ne saurait remercier assez Yannick Nézet-Séguin de programmer régulièrement la musique de Leonard Bernstein. Quel bonheur d’entendre les Chichester Psalms et leur magique 2e mouvement. Un peu nerveux au début de son intervention, le jeune garçon soliste, Laurier D’Amours-Poirier, s’est vite placé et ce passage eut l’effet voulu. Yannick Nézet-Séguin est un excellent interprète de Bernstein, avec une juste perception des « moments », comme l’apaisement ultime et, surtout, l’important « non-dit » du grand interlude orchestral entre le 2e et le 3e mouvement.
Puisque dans le 2e mouvement, le chant de paix est laminé par la sauvagerie humaine, la menace de cette brutalité reste lancinante et doit être résolue. Ce passage orchestral est celui d’une crise spirituelle profonde, relatée par Bernstein lui-même. Ce combat interne a été dirigé avec une vraie passion et profondeur par le chef. Grande fin de saison, donc, marquée également par le départ à la retraite de deux figures de l’orchestre, Alain Cazes et Claudio Ricignuolo, et la remise des trois grands prix OMNI : Alice Yang, violon (7-11 ans), Yeseul Min, harpe (12-14 ans) et Natal Prévost, percussions (15-17 ans).


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