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« Les gens pensent que la musique dance est superficielle, mais ils se trompent complètement », dit Madonna dans l’introduction de One Step Away, magnifique chanson deep house teintée de trance logée dans la première portion de son quinzième album, Confessions II, suite assumée de Confessions on a Dancefloor, paru en 2005. Faisant à nouveau équipe avec le compositeur et réalisateur britannique Stuart Price, l’icône renouvelle sa profession de foi envers le plancher de danse avec son meilleur album en deux décennies, auquel collaborent sa fille Lourdes (Lola Leon) et l’élusive star belge Stromae, qui parvient même à faire chanter Madonna en français.
Honnêtement, sur le plan de la création, nous n’attendions plus grand-chose de la Madone, après les tièdes Madame X (2019), Rebel Heart (2015) et MDNA (2012). Sa légende musicale était écrite depuis longtemps, et si chaque nouvel album offrait l’occasion de la revoir sur scène, c’était déjà ça de gagné. Alors, inclinons-nous : l’icône pop offre aujourd’hui un album digne des meilleurs de sa discographie.
Madonna a trouvé la rédemption sur le dancefloor, se dit-on en plongeant dans Confessions II, un disque qui a d’abord le mérite de raconter une histoire : la suite des chansons, mixées l’une dans l’autre, invite à l’abandon, spécialement la première portion de cet album qui s’ouvre sur un rythme prog house-trance avec I Feel So Free, dont on reconnaîtra, dans l’écho de la basse, un petit quelque chose de Moroder et de Donna Summer.
Et dans la pulsation des synthés qui s’immisce autour de la 40e seconde, le motif distinctif de French Kiss (1989) du compositeur et DJ Lil Louis. Il y a de ces choses que seule Madonna peut s’autoriser : sur le Confessions original, elle échantillonnait sans vergogne ABBA — sur le tube Hung Up, les violons de Gimme ! Gimme ! Gimme ! (A Man After Midnight) — ; sur la suite, pas une, mais deux immortelles de la musique house sont ainsi échantillonnées, cette French Kiss, puis Good Life (1988) d’Inner City du légendaire Kevin Saunderson, dans la rythmique et le timbre du piano électrique de Bring Your Love, son duo avec Sabrina Carpenter.
Chez n’importe qui d’autre, on dénoncerait la paresse de se référer à de telles évidences. Or, Madonna les cite d’expérience, ayant non seulement dansé à l’époque sur ces tubes, mais embrassé, défendu aussi, la club culture de l’époque, jusqu’à aujourd’hui. Ainsi, et c’est bien une des forces de ce nouvel album, la musicienne ne cherche pas, comme sur ses précédentes parutions, à s’approprier la tendance électronique ou pop du moment, elle rend plutôt hommage aux courants de la musique dance des années 1980 (Danceteria réfère au club qu’elle fréquentait à New York au début des années 1980) et 1990 (notamment par les touches garage house d’Everything et de School), lorsqu’elle était au faîte de sa gloire.
En découvrant les chansons de Confessions II défilent dans notre mémoire des flashs de ses anciens hits, quelques éclats d’Express Yourself (1989), de Vogue (1990), de Justify My Love (1990) dans la rythmique de My Sins Are My Savior, son duo avec Stromae, qui abaisse la tension en fin d’album, logée juste après la tendre Fragile, en hommage à son frère cadet décédé en 2024.
On ajoutera que chacune des 63 minutes que dure l’album ne paraît pas indispensable, certaines chansons nous semblant plus banales ou déviant de la direction musicale (le titre latin house Read My Lips, pas mauvais en soi, seulement hors sujet, ou encore la pataude collaboration avec Martin Garrix intitulée Bizarre). On chipotera que le thème du plancher de danse comme « rituel thérapeutique », comme chanté sur Everything et évoqué d’un bout à l’autre de l’album, manque un brin d’originalité. Rien pour gâcher notre plaisir : Madonna joue certes de prudence en retournant là où elle a connu d’immenses succès, mais c’est un endroit, la boîte de nuit, où on la suivra avec plaisir.


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