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Sous une montagne des Balkans rouillent depuis 1992 des portes blindées de plusieurs dizaines de tonnes que personne n’a jamais rouvertes

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Depuis le 16 mai 1992, quatre bouches de tunnel s’ouvrent dans le flanc du massif de Plješevica sans qu’aucun avion n’en ressorte jamais. La base aérienne de Željava est une base aérienne située à Bihać sur la frontière entre la Croatie et la Bosnie-Herzégovine. Ce jour-là, l’armée qui l’avait construite et utilisée pendant des décennies a fait exploser ses propres galeries plutôt que de les céder à l’ennemi. Les portes blindées censées protéger l’installation d’une frappe nucléaire n’ont jamais rouvert depuis. Elles rouillent, tordues par le souffle, au fond d’un dédale que plus personne n’ose vraiment explorer.

À retenir

  • Une base aérienne souterraine de 3,5 km construite en secret à 6 milliards de dollars
  • Détruite intentionnellement le 16 mai 1992 par 56 tonnes d’explosifs pour ne pas la céder
  • Des portes blindées de plusieurs dizaines de tonnes rouillent toujours dans l’obscurité trois décennies plus tard

Sommaire

  1. Un chantier pharaonique caché dans une montagne
  2. La nuit où l’armée a fait sauter son propre ouvrage
  3. Ce qui subsiste aujourd’hui sous la montagne

Un chantier pharaonique caché dans une montagne

La construction débute en 1957 sous le nom de code « Objekat 505 », un projet tellement sensible que même les habitants de la région n’en connaissaient pas l’ampleur réelle. La construction de la base sur une longueur de 3,5 km fut achevée en 1965 dans le plus grand secret après quelques 6 milliards de dollars de travaux, mais elle ne servit qu’à partir de 1968. Un budget colossal pour l’époque, engagé par une Yougoslavie qui redoutait autant une attaque soviétique qu’une intervention occidentale.

Le résultat dépasse l’imagination. Le site a été pensé dans un contexte de guerre totale et devait être entièrement autosuffisant et autonome : pendant 1 mois, 1000 personnes et une cinquantaine d’avions de chasse devaient pouvoir vivre et travailler sur place sans aucun apport extérieur. Trois escadrilles de MiG-21 y stationnaient en permanence, l’escadron de chasse 117 avec 3 escadrilles de chasseur bombardier MiG-21 PF et la 323e escadrille de reconnaissance avec ses MiG-21R. Les pistes débouchaient directement dans la montagne, fermées par des portes en béton et en acier capables d’isoler hermétiquement le complexe en cas d’urgence, comme le rapporte le site américain Ex Utopia à propos de ces « concrete and steel blast doors throughout Yugoslavia’s Željava Airbase complex » conçues pour sceller la base. Un radar perché au sommet du massif surveillait à lui seul trois espaces aériens voisins, avec un système de radar avec une portée de 400 km installé au sommet du massif de Plješevica.

La nuit où l’armée a fait sauter son propre ouvrage

Le déclencheur, c’est l’effondrement de la Yougoslavie. Dès 1991, les troupes croates désertent la base, et l’armée de l’air yougoslave, en quittant les lieux, détruit les pistes en faisant exploser des cavités prévues à cet effet sous le bitume. La base tombe alors sous le contrôle de la République serbe autoproclamée de Krajina. Mais leur position devient intenable face à l’avancée croate et à l’indépendance proclamée de la Bosnie-Herzégovine. La décision tombe depuis Belgrade : mieux vaut détruire que céder.

Le 16 mai 1992, des ingénieurs de l’armée yougoslave, qui connaissent chaque recoin des galeries pour y avoir servi, posent leurs charges contre les arches en béton armé, les portes blindées, les dépôts de carburant. Pour prévenir toute utilisation future du complexe par les forces croates et bosniaques, l’armée serbe de Krajina achève la destruction en 1992 en faisant exploser 56 tonnes supplémentaires d’explosifs. La déflagration est telle que l’explosion qui a suivi a été si puissante qu’elle a secoué la ville voisine de Bihać. Pendant des mois, le paysage garde la trace du désastre : des habitants des villages voisins ont affirmé que de la fumée continuait de sortir des tunnels six mois après l’explosion. L’onde de choc pulvérise l’intérieur de la montagne. L’explosion a provoqué l’effondrement des arches structurelles principales et la destruction totale des immenses portes blindées. Ironie de l’histoire : une base pensée pour encaisser une bombe nucléaire n’aura pas résisté aux explosifs de ceux qui l’avaient bâtie.

Un radar qui a survécu trois ans de plus

Curieusement, tout n’a pas disparu ce jour-là. Le système de radar, qui permettait une surveillance des espaces aériens autrichien, italien et hongrois, a continué de fonctionner entre 1992 et 1995. Il faudra attendre l’opération croate « Tempête » pour que cet équipement soit à son tour détruit, par l’armée serbe de la Krajina pour ne pas tomber dans les mains de l’armée croate. Un baroud d’honneur technologique au sommet d’une montagne déjà éventrée en dessous.

Ce qui subsiste aujourd’hui sous la montagne

Plus de trente ans après, personne n’a rouvert sérieusement ces galeries. Abandonné, le site reste encore à ce jour très dangereux : pollué par les mines, il l’est aussi par les produits chimiques dégagés lors du sabotage de 1992, aucune rénovation n’ayant été engagée depuis. Un projet de reconversion en centre pour demandeurs d’asile avait un temps été évoqué, avant d’être abandonné : la construction d’un centre pour les réfugiés et demandeurs d’asile est même envisagée pendant un temps, une option qui éloignerait définitivement toute opération de reconstruction de la base à des fins militaires. Un chantier de déminage a tout de même eu lieu récemment, puisque le site a fait l’objet d’un projet de déminage financé par l’Union européenne et la République de Croatie, de juillet 2017 à mars 2018.

Sur place, le décor reste figé dans le chaos de la déflagration. Le site compte cinq pistes, deux situées en Croatie et trois de part et d’autre de la frontière, et l’on peut encore apercevoir, non loin, les épaves de deux avions de fabrication américaine, un F-84 Thunderjet et un Douglas C-47 Skytrain. Des guides locaux proposent aujourd’hui des visites encadrées de la partie accessible, car plusieurs guides des deux pays proposent une visite sécurisée. Le reste du labyrinthe, lui, continue de rouiller dans le noir, entre débris métalliques et galeries à moitié effondrées, comme un vestige grandeur nature de la Guerre froide que la nature et le temps achèvent lentement de digérer.

Sources : avionslegendaires.net | voyages.ideoz.fr | croatietourisme.com

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