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Sous les parcs, l’histoire des carrières de Montréal

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L’été, le long de l’avenue Christophe-Colomb, entre Villeray et Jarry, des tomates, des carottes ou des framboises s’épanouissent dans une rangée de jardins communautaires.

Mais peu de gens savent que ces jardins sont en fait installés sur 28 mètres de profondeur remplis d’ordures, qui ont jadis comblé les trous laissés par la carrière Villeray, devenue depuis 1960 un parc. C’est le destin qu’ont suivi nombre de parcs de Montréal, du parc Marquette au parc Laurier, du parc Maisonneuve au parc Rosemont et, plus récemment, au parc Frédéric-Back, qui se déploie sur l’ancien site de la carrière Miron.

Guy Gaudreau, professeur d’histoire retraité et guide touristique à ses heures, s’est longuement penché sur l’histoire des carrières de Montréal et vient d’en tirer un livre, Une histoire des carrières de Montréal, paru aux éditions du Septentrion. Devant l’aréna du parc Villeray, il brandit la photo d’un concasseur trônant au-dessus d’un trou de plusieurs dizaines de mètres de profondeur. C’est là qu’Aristide Dulong, un tailleur de pierre, perd la vie, écrasé par une grue. On peut encore voir la maison qu’il habitait, dont la façade de pierre a été montée à même les pierres de la carrière. C’était de la pierre de taille, une pierre de qualité, coupée à même la couche de calcaire de surface, plus rare qu’on le pense en territoire montréalais.

On sait que la pierre de calcaire de Montréal a été utilisée en Nouvelle-France pour fabriquer de la chaux dans des fours. Mais les maisons ont pour leur part longtemps été construites en simples pierres des champs, puis en pierre de maçonnerie et, dans certains cas, en pierres de taille. Le calcaire a aussi été broyé pour produire du mortier, du béton, du ciment et de l’asphalte. Guy Gaudreau estime qu’on a « tellement mis l’accent » sur la pierre de taille, qu’on a oublié tous les autres métiers qui gravitent autour de l’extraction du calcaire. Celui des carriers par exemple, qui enfoncent des aiguilles dans la pierre pour l’extraire. Ou celui des charretiers, qui dégagent les productions des sites d’extraction. Dans le Plateau-Mont-Royal, il n’y a pas de pierre de taille, la couche de calcaire n’étant pas d’aussi bonne qualité. Ceux qui travaillaient dans les carrières, on les appelait les Pieds-Noirs, peut-être, dit-on, parce que leurs pieds se salissaient de la poussière de calcaire.

Des explosions dangereuses

Dès les années 1890, des explosions ont fait trembler le sol plusieurs fois par jour, au grand dam des résidants qui vivent aux abords des carrières. Le 20 juin 1929, une couventine de huit ans, Anita Landry, est atteinte par un caillou lancé par la dynamite. Dans l’année qui a suivi, la crise économique a eu raison de plusieurs carrières de Montréal. Laissés à l’abandon, ces trous dans la terre forment des lacs, où les citoyens « se baignent, et se noient », relève Guy Gaudreau. C’est alors que la Ville de Montréal, qui a exproprié plusieurs propriétaires, leur trouve un nouvel usage.

À l’époque, quoi de mieux que ces immenses terres éventrées pour déposer des ordures dont on ne sait plus que faire ? Sous l’administration municipale, les carrières deviendront des dépotoirs, avec les désagréments que l’on soupçonne. Les camions à ordures entrent et sortent jour et nuit. Des développements domiciliaires sont construits aujourd’hui sur ces sites. En 2015, un reportage de l’émission La Facture, à Radio-Canada, relevait l’incidence de la possible contamination de ces terrains sur la vie de ceux qui y habitent.

Après la fermeture des dépotoirs, plusieurs carrières deviendront des dépôts à neige. D’ailleurs, la carrière Francon, située près de l’autoroute Métropolitaine, est encore aujourd’hui réservée à cet usage. Environ 40 % de la neige de Montréal y est déversée chaque année, au milieu du va-et-vient des camions jour et nuit.

Désormais, c’est plus au nord, dans le village qu’on appelle encore Saint-Michel, que l’industrie de la pierre se développe. C’est là que Gérard Miron achètera une ferme, pour 90 000 dollars, en 1948, pour faire une carrière qui en vaudra 50 millions de dollars 12 ans plus tard, après qu’on y aura construit une cimenterie de 30 millions de dollars, rappelle Guy Gaudreau. Comme les carrières situées plus au sud, la carrière Miron deviendra un dépotoir avant d’être transformée récemment, en parc.

« À Saint-Michel, ça ne passe pas inaperçu, poursuit Guy Gaudreau. Les citoyens de Saint-Michel vont se plaindre du dépotoir. Ils demandent que ça cesse. » La Ville de Montréal rachètera finalement le terrain en 1984. Et l’actuel parc Frédéric-Back, qui recouvre 40 millions de tonnes de déchets, y a officiellement été inauguré lors du 375e anniversaire de Montréal, en 2017. Là où il y avait autrefois un trou de plus de 100 mètres, on peut désormais se promener sur un vallon. « Je trouve ça plutôt joli », confie Guy Gaudreau.

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