Entre 1720 et 1990, le bassin minier du Nord et du Pas-de-Calais a livré plus de 2 milliards de tonnes de charbon. Le rapport d’évaluation du dossier d’inscription au patrimoine mondial retient environ 2,4 milliards de tonnes, extraites par 852 puits. Le gestionnaire du bien arrondit à environ 2 milliards de tonnes et 600 puits.
Dernière remontée de charbon : fosse 9-9 bis d’Oignies, en 1990.
Ces tonnes ont laissé des vides, et le sol s’est enfoncé au-dessus, jusqu’à 20 m selon le service géologique de l’État. L’eau a ensuite rempli les creux. Cinq de ces étangs d’affaissement figurent aujourd’hui dans le bien inscrit au patrimoine mondial, et ils n’ont aucune raison de disparaître.
À retenir
- Entre 1720 et 1990, le bassin minier a livré environ 2,4 milliards de tonnes de charbon.
- Le sol s’est affaissé jusqu’à 20 m au-dessus des galeries, selon le service géologique de l’État.
- La Mare à Goriaux couvre 112 ha et abrite environ 200 espèces d’oiseaux.
Sommaire
270 ans d’extraction, sur une bande de 120 km
Étalées sur 270 ans, 2,4 milliards de tonnes représentent en moyenne près de 9 millions de tonnes par an. Rapporté à la population actuelle de la France, le total dépasse 30 tonnes par habitant. Le gestionnaire du bien évoque 100 000 km de galeries, soit plus de deux fois et demie le tour de la Terre à l’équateur. Ce réseau occupe une bande de 120 km de long sur 12 km de large. Il descend jusqu’à 1,2 km de profondeur, près de quatre fois la hauteur de la tour Eiffel.
L’extraction a aussi laissé des marques en surface : 326 terrils, ces collines de déchets miniers, sont restés après la fermeture. Le rapport d’évaluation les range, avec les affaissements, parmi les traces physiques de cette histoire.
Jusqu’à 20 m plus bas, des cours d’eau à contresens
Retirer le charbon, c’est laisser un vide, et le sol finit par descendre pour le combler. Le service géologique de l’État parle d’un affaissement pouvant atteindre 20 m, soit la hauteur d’un immeuble de 6 ou 7 étages. Une étude par images satellites va jusqu’à 25 m par rapport au niveau d’origine, mais 20 m reste le chiffre de référence.
Le mécanisme est simple dans son principe. Les galeries fragilisent le sol, qui s’affaisse progressivement, notamment dans les zones à l’origine marécageuses. À l’arrêt de l’exploitation, les eaux du fond cessent d’être pompées et remontent vers la surface. Elles finissent par former une étendue d’eau, comme à la Mare à Goriaux, à Raismes et à Wallers.
Sur le terrain, des cours d’eau ont changé de sens et la nappe du sous-sol est apparue en surface. Des réseaux d’égouts ont été abîmés, et des stations de pompage ont dû être installées. Ces ouvrages existent parce que l’eau, une fois remontée, ne se contente pas de rester dans les creux.
Un cours d’eau qui s’écoule à contresens met à mal tout ce qui avait été conçu pour évacuer l’eau vers l’aval, des fossés aux réseaux d’assainissement. Et quand la nappe affleure, les canalisations et les voiries se retrouvent au contact direct de l’eau du sous-sol.
Les premiers étangs d’affaissement apparaissent dans la première moitié du XXe siècle.
Cinq étangs retenus, trois façons de naître
Le dossier inscrit le 30 juin 2012 à Saint-Pétersbourg rassemble 353 éléments répartis sur 109 sites. Cinq étangs d’affaissement y figurent : la Mare à Goriaux (Raismes et Wallers), l’étang des Argales (Rieulay), l’étang de Chabaud-Latour (Condé-sur-l’Escaut), l’étang d’Amaury (Hergnies) et les étangs de Wingles.
La Mare à Goriaux couvre 112 ha. Elle s’est formée à partir de trois zones marécageuses, que les affaissements ont réunies peu à peu en une seule étendue. Quand l’exploitation s’est arrêtée, les eaux du fond ont cessé d’être pompées et sont remontées. On y compte aujourd’hui environ 200 espèces d’oiseaux.
L’étang d’Amaury, à Hergnies, raconte une autre histoire. Il est né du débordement du canal du Jard sur des prairies, des cultures et des jardins, après l’exploitation de puits ouverts dès 1834. Presque deux siècles séparent l’ouverture de ces puits de l’étang tel qu’on le voit aujourd’hui.
L’étang des Argales, à Rieulay, suit un troisième scénario : l’enfoncement progressif d’un terril y a fait remonter la nappe phréatique. Ici, le point de départ n’est ni un marais ni un pré, mais une colline de déchets miniers.
Un plan d’eau n’est pas un trou que l’on rebouche
Ces plans d’eau ne se vident pas d’un geste. Remonter le sol de plusieurs mètres sur 112 ha, comme à la Mare à Goriaux, paraît hors de portée. Les stations de pompage installées montrent d’ailleurs que, dans ce bassin, l’eau se gère plutôt qu’elle ne s’efface.
La plupart de ces étangs sont devenus des bases de loisirs.
Pour le grand public, ces bases sont la façon la plus directe de voir l’après-mine. Le promeneur qui longe l’eau marche autour d’un terrain dont le niveau a baissé, jusqu’à 20 m selon le service géologique de l’État.
Les chiffres changent selon qui les donne : 2 ou 2,4 milliards de tonnes, 600 ou 852 puits, 20 ou 25 m d’affaissement. Le gestionnaire du bien arrondit ses valeurs, tandis que l’étude par images satellites mesure l’écart avec le niveau d’origine. Pour le tonnage comme pour l’enfoncement, mieux vaut donc retenir une fourchette : plus de 2 milliards de tonnes, jusqu’à 20 m.
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Sources : bassin-minier-regis.jimdofree.com | whc.unesco.org


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