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Sous l’Auvergne sommeille une chaîne de 80 volcans que personne ne croit capable de se réveiller un jour

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La France métropolitaine n’est pas une terre volcanique inerte. Sous les paysages doux de l’Auvergne, à quelques kilomètres de Clermont-Ferrand, la chaîne des Puys compte 80 volcans considérés comme « endormis » depuis 8 000 ans. Endormis, pas éteints. La nuance est capitale, et elle explique pourquoi des équipes de chercheurs multiplient aujourd’hui les campagnes de surveillance sur ce territoire que des millions de promeneurs arpentent sans imaginer ce qui palpite en dessous.

À retenir

  • La dernière éruption remonte à 6 700 ans, mais les scientifiques détectent toujours du magma actif à 30 km de profondeur
  • Les ondes sismiques détectées sous la chaîne des Puys ressemblent étrangement à celles des volcans actifs comme Hawaï
  • 1,3 million de personnes vivent à proximité de ces dômes endormis sans même le savoir

Sommaire

  1. Une frontière géologique que peu de gens connaissent
  2. Du magma en profondeur : ce que révèle la science en 2025
  3. Endormi ne veut pas dire inoffensif

Une frontière géologique que peu de gens connaissent

Un volcan est généralement considéré comme éteint à partir de 10 000 ans d’inactivité. Or, la chaîne des Puys, avec une dernière éruption il y a 6 000 ans, n’entre pas dans cette catégorie. C’est un fait que la plupart des visiteurs ignorent en gravissant le Puy de Dôme par beau temps. Le classement UNESCO concerne les 80 volcans de la chaîne des Puys, âgés de 8 400 à 95 000 ans, mais aussi la faille de Limagne, vieille de 35 millions d’années et d’une profondeur atteignant par endroit les 3 000 mètres. Le site s’étend sur un axe nord-sud d’environ 32 km de long et 4 km de large, à l’ouest de Clermont-Ferrand.

Le 2 juillet 2018, la « Chaîne des Puys – Faille de Limagne » a été inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Ce haut lieu tectonique est le seul site au monde où l’on peut observer toutes les étapes liées à la rupture d’un continent : on y voit comment la croûte terrestre a pu former des montagnes qui se sont érodées, puis s’étirer, se fracturer, s’effondrer et inverser ses reliefs, avant que le magma ne remonte des profondeurs et ne jaillisse pour former la chaîne des Puys. ce n’est pas seulement un beau paysage. C’est un manuel de géologie à ciel ouvert, unique au monde.

L’Auvergne a connu sa dernière éruption volcanique il y a 6 700 ans, donnant ainsi naissance au lac Pavin dans le Puy-de-Dôme. Ce lac de maar circulaire, d’un calme absolu en surface, est en réalité la cicatrice la plus récente du volcanisme français métropolitain. Six mille ans à l’échelle humaine, c’est l’éternité. À l’échelle géologique, c’est hier.

Du magma en profondeur : ce que révèle la science en 2025

L’image d’une région définitivement refroidie vient de prendre un coup sérieux. Une étude publiée dans la revue Geophysical Research Letters le 28 juin 2025 confirme non seulement la présence continue de magma sous le Massif central mais met aussi en lumière le potentiel géothermique de la région. Cette recherche, financée par l’Agence nationale de la recherche (ANR) et pilotée par l’Institut des sciences de la Terre (ISTERRE), a démarré en 2023 et devrait se poursuivre jusqu’en 2028. Pour mener cette investigation, un réseau de 100 stations sismiques a été déployé dans tout le Massif central.

Cette étude met en lumière un phénomène peu courant : la détection de séismes « longue période et profonds », ou DLP (Deep Long Period), sous la chaîne des Puys et le maar du Pavin. Contrairement aux tremblements de terre classiques qui cassent des roches, les DLP sont liés à la circulation de magma en profondeur. Les premiers résultats ont mis en évidence des formes d’ondes particulières, similaires à celles relevées sous des volcans actifs comme ceux d’Hawaï ou du Kamtchatka en Russie. Ces ondes, propres au dégazage du magma, sont enregistrées entre 25 et 35 km de profondeur.

La comparaison avec Hawaï n’est pas anodine. Elle signifie que les outils de mesure lisent, sous l’Auvergne paisible, une signature acoustique identique à celle des volcans les plus actifs de la planète, simplement beaucoup plus profonde et muette. Par sa situation géodynamique et par le nombre et la fréquence des événements détectés, la situation dans le Massif central ressemble à celle du massif volcanique de l’Eifel en Allemagne, lui aussi endormi depuis environ dix mille ans, mais où des signes de reprise d’activité magmatique ont été observés.

Endormi ne veut pas dire inoffensif

Le volcanologue François-Dominique de Larouzière déclarait : « Ça peut être dans trois mois comme dans 5 000 ans. La chaîne des Puys est considérée comme potentiellement active. » Cette formulation dit tout de l’inconfort scientifique face à ce type de système. Sans recul suffisant, il est impossible de savoir s’ils sont « éteints » ou simplement « endormis ». Un « réveil » futur n’est pas exclu mais n’est pas d’actualité, aucun signal anormal n’étant enregistré en surface.

Des études récentes expliquent qu’il y a peut-être encore du magma sous la chaîne des Puys mais qu’il ne peut pas remonter à la surface car il est trop visqueux. Ce mécanisme de blocage est rassurant à court terme. Mais la viscosité n’est pas une garantie éternelle : elle dépend de la température, de la composition chimique du magma, et des pressions exercées en profondeur, trois paramètres qui évoluent sur des échelles de temps que nos vies ne permettent pas de percevoir.

Le réveil d’un volcan s’amorce en général avec plusieurs signes : augmentation de la fréquence des tremblements de terre, augmentation de la température du sol ou encore émanation de gaz du sous-sol. La zone est particulièrement sous surveillance. L’Observatoire de physique du globe de Clermont-Ferrand (OPGC) et le Laboratoire Magmas et Volcans (LMV) étudient et surveillent la chaîne des Puys, et plusieurs études sont en cours, dont une qui vise à savoir s’il y a une réserve de magma sous la chaîne des Puys. Ces institutions constituent, en quelque sorte, le système d’alarme précoce de la France métropolitaine face à son seul vrai risque volcanique.

Selon Guillaume Boudoire, chercheur impliqué dans ces travaux, « on en reste à dire qu’il y a du magma en profondeur dans le manteau. Mais cela appelle quand même à une certaine vigilance de la part de tout le monde. On sait qu’on est dans une zone volcanique qui est considérée comme potentiellement active et pas éteinte. » « Vigilance » est le mot juste. Pas alarmisme : vigilance. La nuance compte, surtout dans une région où 1,3 million de personnes vivent à portée de ces dômes endormis, et où le Puy de Dôme accueille chaque année plusieurs centaines de milliers de randonneurs qui n’imaginent pas, en admirant la plaine de la Limagne, marcher sur le toit d’un système magmatique encore vivant à 30 kilomètres sous leurs pieds.

Sources : innovant.fr | chainedespuys-failledelimagne.com

L'équipe Sciencepost

Rédigé par L'équipe Sciencepost

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