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Souldia prépare le plus gros spectacle de sa vie

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Souldia le dit lui-même : ce spectacle sur les plaines d’Abraham — une carte blanche présentée durant le Festival d’été de Québec — sera le plus gros show de sa vie. Fébrile, le rappeur emblématique du quartier Limoilou donnera tout ce qu’il a dans le ventre pour les gens de sa ville, ceux qui le suivent depuis ses tout débuts, il y a déjà deux décennies.

« Il n’y a pas un level d’adrénaline plus haut que ça », déclare le rappeur, rappelant que la scène des Plaines est l’une des plus imposantes en Amérique du Nord. « Tu peux avoir une grande carrière au Québec, en vivre à fond, mais ne jamais jouer sur les Plaines. Moi, je suis chanceux, ça m’arrive… Et ça m’arrive au parfait moment de ma carrière. Je ne suis pas certain que j’aurais été prêt pour ça il y a trois ans. »

Rencontré à la mi-juin, en marge d’une répétition pour le spectacle de la fête nationale à Montréal, Souldia affiche le calme des vétérans qui n’ont plus rien à prouver. Le rappeur de 41 ans affiche la forme et la rigueur d’un athlète de haut niveau — un athlète qui mange bien, qui va au gym et qui ne boit plus d’alcool depuis maintenant cinq ans. « Je vois un lien direct entre (ce régime de vie) et mes performances en concert. J’ai beaucoup plus de souffle. »

C’est pendant la tournée de son album Nouvelle vie (2024) qu’est arrivée la proposition du Festival d’été de Québec. Une proposition que le rappeur limoulois ne pouvait refuser, même si elle venait main dans la main avec une clause d’exclusivité l’empêchant de jouer dans sa propre ville. « J’avais un lourd secret à porter et je devais vivre avec les reproches de mes fans. Je me suis demandé : “Comment je pourrais gâter mon monde de Québec ?” » raconte-t-il.

Sa réponse : enregistrer non pas un album… mais bien un album double. Et en faire le lancement sur les plaines d’Abraham.

S’ensuit alors une course contre la montre aux côtés de son réalisateur et compositeur Christophe Martin. Souldia a d’ailleurs failli « tirer la plogue » sur l’album double : « Rendu à 20 ou 22 chansons, j’ai appelé le label (Disques 7ième Ciel) pour annuler ça. J’étais trop brûlé. » Mais l’ambition a triomphé : le projet de 27 chansons, Monstre, est paru, en deux parties, le mois dernier.

Dompter le monstre

Ce Monstre, Souldia le porte en lui depuis toujours. C’est la somme de « tous les bobos pas réparés que j’ai à l’intérieur de moi, des bobos que j’ai parfois oubliés moi-même, qui sont enfouis ». Pour comprendre cette bête monstrueuse, il faut remonter à l’enfance du rappeur dans la basse-ville de Québec.

À cinq ans, le petit Kevin St-Laurent mange des cacahuètes sur le comptoir d’un bar de Limoilou pendant que son père y passe une partie de ses journées. C’est là que le jeune enfant observe pour la première fois la rue et ses transactions.

Sa trajectoire dérape vite vers les drogues dures et la criminalité. Arrêté pour trafic à seulement 12 ans, il passe son adolescence au Gouvernail, un centre de protection et de réadaptation pour les jeunes en difficulté d’adaptation. « En fait, on peut dire que c’est une prison pour jeunes », explique-t-il. C’est au fond de sa cellule qu’il commence à écrire ses rimes, entre autres sur des cassettes de NTM, à l’âge de 14 ans.

La prison, la vraie, l’accueillera plus tard. Arrêté en possession d’une arme à feu prohibée et chargée à la fin des années 2000, il passe une vingtaine de mois enfermé, dont quelques jours en isolement, dans ce qu’on appelle communément le « trou ». Quand son premier album solo, Art Kontrol, est abandonné par son label à la suite de son arrestation, ce sont ses collègues de la rue qui distribuent ses CD à la pièce pour lui constituer sa « paye cantine ». En prison, il partage des moments avec son père, également détenu. Malheureusement, ce dernier meurt de ce qui s’apparente à une surdose une semaine après leur ultime tête-à-tête dans une salle de classe de la prison. Souldia lui-même frôle aussi la mort lors d’une émeute durant son passage en prison : asphyxié par la fumée de matelas brûlés alors qu’il dort sous l’effet d’un cocktail de boisson et de médicaments, il est réanimé par électrochocs.

De ce chaos, Souldia a tiré une thérapie : la musique. « Ma musique est connectée directement à mes émotions », explique celui qui écrit surtout s’il « a mal ». « Au lieu d’aller chez le psychologue, j’écris des chansons », confie-t-il. Cette rage traverse Monstre, notamment sur la pièce d’ouverture Mise à jour : « C’est moi contre moi et il y a personne qui peut m’aider / Moi contre le monstre, celui que j’ai du mal à gérer ».

Ce duel s’exprime sur la pochette de l’œuvre : « On voit que c’est moi qui contrôle le monstre. Ça souligne le fait qu’on est responsables de nous-mêmes. On n’est pas juste prisonniers de notre passé. On est maîtres de nos actes. »

Pour dompter cette bête, Souldia a choisi la sobriété. Le déclic est survenu un soir à l’Impérial de Québec, lorsqu’il a livré pour la première fois un spectacle totalement à jeun, après dix ans à tourner constamment en état d’ébriété « J’ai goûté à la scène pour vrai ce jour-là et je me suis dit : “OK, c’est ça.” C’est là que j’ai vraiment saisi tout ce qui se passe… et que j’ai commencé à avoir le souci pour tous les détails. (Donner un concert à jeun), ça respecte les gens qui ont acheté des billets. » Désormais, il refuse de trinquer avant de monter sur scène. Hanté par l’héritage paternel, il rappe, sur Rien ne sera plus comme avant, « J’aimerais bien boire un dernier verre, mais je veux pas finir comme mon père ».

Sans la musique pour canaliser son besoin d’adrénaline, Souldia aurait pu tout abandonner pour s’enrôler dans l’armée : « À un moment donné, je ne voyais plus de solutions… je me suis dit que je pourrais m’en aller dans les Forces. J’irais faire du bien dans un pays en guerre, donner ma vie là-bas… »

Souldia a plutôt choisi de donner sa vie à la musique. Et sur les plaines d’Abraham, le 13 juillet prochain, ce sont des dizaines et des dizaines de milliers de fans qui viendront le remercier d’avoir pris cette décision.

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