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L’adaptation du best-seller de Maggie O’Farrell : l’amour et le deuil de Shakespeare, frappé par la mort de son fils Hamnet, à 11 ans. Une tragédie remarquable de délicatesse. Jessie Buckley et Paul Mescal dans une performance magistrale.
Nathalie Chifflet - Aujourd'hui à 09:00 - Temps de lecture :
On pourrait inventer l’expression de « tragédie montante » pour l’extraordinaire Hamnet. Il est traversé par des mouvements comme une marée qui avancerait inexorablement, par vagues successives, recouvrant peu à peu et avec entêtement le sable de la joie et de l’amour, pour noyer cette terre fertile de mort, de douleurs et de larmes. Préparez vos mouchoirs, le chef-d’œuvre de Chloé Zhao, déjà lauréate du Golden Globe du meilleur film dramatique, et parmi les favoris des prochains Oscars, est cette tragédie montante, qui submerge progressivement, comme un chagrin sublime.
Derrière ce film, deux grands noms parmi les plus grands de Hollywood : Steven Spielberg et Sam Mendès à la production. Ce sont eux qui sont allés chercher la sensible Chloé Zhao, doublement oscarisée en 2021 pour Nomadland (meilleur film, meilleure réalisation). Il fallait sa virtuosité dramaturgique, sa maîtrise formelle éblouissante, son style épuré attentif aux lieux, aux éléments et aux âmes, pour transcender la simple adaptation du roman de Maggie O’Farrell, et en faire un grand film de cinéma. Ce qu’il est, mû par une force créative, que la réalisatrice américaine d’origine chinoise, qui a travaillé le scénario avec l’autrice du livre, décrit comme une « harmonie vibratoire et énergétique ».
Focus sur le couple Shakespeare
Hamnet s’intéresse à la relation entre William Shakespeare (Paul Mescal) et son épouse Anne Hathaway renommée par la fiction Agnes (Jessie Buckley). Ils se rencontrent alors que le futur dramaturge, fils du gantier travaillant pour rembourser une dette contractée par son père violent, enseigne le latin à des gamins de familles aisées. Leur couple est au cœur du film.
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Hamnet débute comme un conte amoureux merveilleux et presque enchanté (coup de foudre, mariage, enfants). Magnifiée par la photographie de Lukasz Zal, c’est d’abord une fable surnaturelle et fantastique, dans les bois, avec une Agnes Shakespeare libre comme un feu follet et libre comme son interprète, la géniale Jessie Buckley, récompensée d’un Golden Globe pour ce rôle. L’actrice britannique vibre dans ce portrait complexe de femme, mi-fée mi-sorcière en symbiose avec la nature, herboriste, guérisseuse, douée de voyance et de visions prémonitoires. Elle se saisit ensuite brillamment du thème de la maternité – les joies, les doutes, les peurs, les chagrins.
La douleur qui change tout
La perte d’Hamnet, le fils bien-aimé mort en 1596, à l’âge de 11 ans, change le film en tragédie, tenue sans mélo excessif par la cinéaste et ses interprètes, qui jouent le déchirement comme une dévastation intime intérieure. Paul Mescal confère à William Shakespeare une grandeur tragique admirable. Tandis que son épouse est restée à Stratford-upon-Avon, Shakespeare révolutionnait la littérature anglaise à Londres. Quand il monte sur la scène du théâtre du Globe, jouant Hamlet, la pièce, Paul Mescal nous saisit de douleur et d’admiration, de joie et de tristesse.
Shakespeare a écrit Hamlet quelques années après la mort de son fils Hamnet. L’influence de cet événement sur l’écriture de l’une de ses pièces les plus célèbres n’est jamais étayée par le scénario, mais fortement suggérée. Rien de grave. Ce qui importe, et nous emporte, c’est la façon dont nous percevons la pièce à la fin, à travers les yeux et le cœur d’Agnès, l’une des scènes les plus puissantes du roman comme du film. Nul doute que cette vision de Hamlet et son fantôme chargera désormais la nôtre, une relecture pleine de l’âme forte d’ Hamnet.
Hamnet de Chloé Zhao, en salles dès ce mercredi 21 janvier. Durée : 2 h 05.


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