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Si Shana, en salles ce mercredi,raconte quelque chose de l’époque et des filles de notre temps, elle met surtout dans la lumière une absolue révélation : Eva Huault, fougueuse, explosive, vivante.
Nathalie Chifflet - Aujourd'hui à 10:00 - Temps de lecture :
Un portrait de fille avec groupe, on en croise des tas au cinéma, depuis longtemps, motif surexploité, usé, pour lequel il faut sacrément du talent pour en faire émerger de la singularité. Citons pêle-mêle, parmi les plus en vue de ces dernières années, Bande de filles (2014) de Céline Sciamma, Divines (2016) de Houda Benyamina, Mustang (2015) de Deniz Gamze Ergüven, en mars dernier encore Les Filles du ciel de Bérangère McNeese. Shana s’inscrit dans un schéma social souvent répété et déjà vu dans la fiction : une jeune femme cabossée mais forte, entourée d’une bande de bonnes copines, des tonnes de sororité et d’humour, mais une montagne de galères dans une jeune vie pour le moins agitée et tumultueuse.
Lila Pinell et ses coscénaristes Catherine Paillé et Elie Wajeman ont l’écriture lourde : ils n’ont pas lésiné sur l’effet cumulatif, sur la quantité et la qualité de ses emmerdes, dans sa vie de famille (le placement en famille d’accueil, la mère toxique, la sœur préférée), dans sa vie intime (le petit ami violent et dealer), dans sa vie professionnelle (précaire). Sous ces couches multiples, le film aurait pu s’asphyxier totalement et ne plus trouver de respiration. Comment, des eaux boueuses du réalisme social le plus plombant, faire émerger une étude de personnage sensible et qui nous tienne l’œil ouvert ? La réponse tient dans Shana à une raison évidente : l’incarnation de l’héroïne par une actrice intense, entière, au tempérament sans tempérance, qui porte le film sur ses épaules.
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Une héroïne pleine de rage et d’insolence
Shana, c’est Eva Huault, jeune actrice dont la gouaille, l'énergie et le physique, ont quelque chose à voir avec ce que dégage Béatrice Dalle. Un naturel brut, immédiatement magnétique, une manière de prendre instantanément sa place sur l’écran, avec un charisme démesuré. Ce n’est pas la justesse de son jeu qui impressionne, mais la facilité déconcertante avec laquelle elle joue, au point qu’on se demande même ce qui est de l’ordre du cinéma et de la fiction, ou de l’ordre de la vie, de sa propre vie à elle.
Shana est une héroïne pleine de rage et d’insolence, d’une énergie débordante et finalement assez joyeuse. Eva Huault la porte haut, et l’on n’imagine pas qu’elle soit absente de la liste des révélations féminines aux prochains César.
Shana de Lila Pinell, en salles dès ce mercredi 17 juin. Durée : 1 h 20. Tout public avec avertissement.


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