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Chercheuse de traces, dans les villages alsaciens alentours, Marie Dumora fait remonter la mémoire vive de la terreur nazie et de la résistance autour de l’ancien camp de concentration de Natzweiler-Struthof.
Nathalie Chifflet - Aujourd'hui à 10:15 - Temps de lecture :
Qu’est-ce que c’est, un camp de concentration ? Une toute jeune fille pose la question, ingénument, à la table familiale d’une maison où les plus anciens racontent la Seconde Guerre mondiale, là, dans la vallée de la Bruche, à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Strasbourg. Marie Dumora n’a pas écrit son documentaire pour cette enfant, mais en conservant son interrogation au montage, elle inscrit une adresse à la jeunesse. C’est aussi et peut-être même d’abord à elle qu’il faut destiner l’histoire.
L’histoire dans les livres, les musées, au Mémorial du camp de concentration de Natzwiller-Struthof construit sur les contreforts vosgiens, camp ouvert en 1941, doté en 1943 d’une chambre à gaz et destiné à anéantir les Juifs, les Résistants et tout ennemi du Troisième Reich, les expériences médicales ajoutant à l’effroi. Et dans ce documentaire saisissant, l’histoire plurielle de cette époque, agrégat de récits personnels, dont la collecte compose le documentaire La Ligne bleue des Vosges, assemblage édifiant de fragments de mémoires familiales et individuelles, in situ, dans les villages alentour de l’ancien camp.
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Douloureux devoir de mémoire
Ceux qui parlent étaient la jeunesse de ces années de guerre dans l’Alsace-Moselle annexée par l’Allemagne nazie, des enfants de ce présent de pure terreur. D’autres sont leurs descendants, dépositaires d’objets comme de témoignages directs qui leur ont été transmis. Sous la ligne bleue des Vosges, la cicatrice rose du granit qui fut extrait par le travail forcé de la main-d’œuvre concentrationnaire, reste une plaie traumatique. « On reprend sur nos épaules ce que nos parents ont vécu », dit l’une. « On a l’impression qu’ils nous donnent une mission », dit un autre. Le devoir de mémoire s’accomplit aussi dans la douleur.
Que reste-t-il de ce qui a été, de ce qui s’est passé là, du vécu des fantômes de cette montagne ? Le documentaire prend son temps pour faire parler patiemment la mémoire, les souvenirs, chercher les traces ici et maintenant, pour dire, expliquer, faire comprendre la réalité du camp du Struthof, la survie et la mort menaçante et probable, la terreur à l’intérieur et en dehors, la soumission et l’insoumission, la résistance à la déshumanisation et à la Solution finale. Dans la montagne vosgienne, Marie Dumora, comme l’avait fait Claude Lanzmann avec son monumental Shoah (1985) de 9 h 26, dresse au temps présent un mémorial du passé, traversé de spectres. Les témoins nous prennent à témoin : ils sont nécessaires et essentiels.
La Ligne bleue de Marie Dumora, en salles dès ce mercredi 16 septembre. Durée : 2 h 04.


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