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Le rapport à la vie, à la mort et à la disparition, entre fable, romance et documentaire : L’Illusion de Yakushima, en salles ce mercredi, est un film de Naomi Kawase au questionnement très existentiel, avec l’émouvante Vicky Krieps.
Nathalie Chifflet - Aujourd'hui à 09:30 - Temps de lecture :
Quel indécidable objet que L’Illusion de Yakushima. Le film a une forme gigogne qui emboîte des boîtes de récit qui n’ont pas la même forme. L’une tient quasiment du documentaire, au début et à la fin avec le filmage d’une transplantation du cœur, dans une salle d’opération où chacun paraît savoir exactement ce qu’il a à faire, chirurgie assez extraordinaire. Naomi Kawase soutient ici la qualité réaliste de son histoire, qui met en scène une médecin française (Vicky Krieps), dans un service pédiatrique où des petits malades sont en attente de greffe cardiaque à l’hôpital de Kobé.
À travers ce personnage venu d’ailleurs, corps étranger plongé dans un milieu et y provoquant une réaction, la cinéaste japonaise introduit un plaidoyer de l’acceptation du don d’organe au Japon, où il demeure parmi les plus faibles des pays développés, avec seulement 4 % des patients inscrits sur la liste d’attente transplantés chaque année. La faute aux résistances culturelles, aux réticences éthiques, aux carences du système, aux défaillances du système de santé. La durée d’attente varie selon l’organe : environ trois ans pour le cœur, deux ans et demi pour les poumons, un an pour le foie, trois ans et demi pour le pancréas et un an pour l’intestin grêle. Le délai d’attente pour un rein est d’environ 15 ans. De nombreuses personnes décèdent durant cette période. En mettant en scène des enfants en attente de greffe, le film dramatise ce sujet et lui confère une forme d’urgence militante que l’on partage aisément, avec une indiscutable sympathie.
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La disparition sans corps
Ce versant utile et concret de L’Illusion de Yakushima se double d’un autre, connexe mais plus lointain, plus abstrait, qui raconte un autre rapport à la mort, mais désincarnée : la disparition, sans corps. Naomi Kawase mobilise là une autre ligne du récit, où se mêlent amour, spiritualité et nature, dans les forêts luxuriantes du Japon. Où Cory/Vicky Krieps cherche l’homme qu’elle aime (Kan’ichiro), un photographe japonais, disparu du jour au lendemain, sans laisser aucune trace. L’absence est aussi un deuil.
Si l’on comprend aisément ce qui fait se rejoindre in fine ces deux lignes parallèles, cette double perspective de mort et de disparition, de social et d’intime, peine à intriquer ses boîtes narratives autrement qu’artificiellement. Le film y perd souvent de la grâce qu’il atteint furtivement, la touchant du doigt par instants que l’on voudrait durer plus longtemps.
L’Illusion de Yakushima de Naomi Kawase, en salles dès ce mercredi 17 juin. Durée : 1 h 52.


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