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La dernière pièce du chorégraphe français Hervé Koubi, Sol Invictus, est à l’affiche du théâtre Maisonneuve jusqu’au 17 janvier. Avec cette œuvre, le créateur désire déclarer sa flamme à la danse et souligner sa force rassembleuse. Incarné par 17 artistes de tout horizon, Sol Invictus impressionne par ses prouesses physiques, mais nous perd quelque peu par son décalage entre corps et musiques.
Calme. Solennelle. Silencieuse. L’entrée des 17 interprètes est douce, sérieuse, très incarnée. Puis le mouvement prend place, et tel un feu roulant, ne s’arrête quasiment jamais, et ce, jusqu’à la fin de la pièce. Les artistes courent à travers la salle, fendent l’espace avec leurs bras, et par leur vitesse. Ils se courent après, rient et jouent ensemble, autour d’un grand cercle invisible. Différents styles de danse se repèrent alors dès les premiers instants : mouvements de break, signatures plus contemporaines et acrobaties s’entremêlent. Ce sont de mini-séquences, seul ou à plusieurs, qui prennent place, à vive allure, l’une après l’autre, voire parfois en même temps, devant nos regards ébahis. Le niveau technique est très élevé. Les interprètes sont polyvalents et maîtrisent leur corps à la perfection. Un régal pour les yeux et les sens : la fluidité laisse place à des arrêts nets prodigieux et les sauts dans les airs côtoient d’impressionnants spins sur la tête.
Entre ensuite en scène un immense drap doré, dont l’utilisation reste quelque peu superficielle. Il permet cependant de créer de belles images, de jouer avec la lumière sur scène, et de créer des reflets sur les corps, souvent à moitié dénudés. Même constat pour un très court tableau où la fumée sort des corps. Celui-ci propose un beau cliché, une douceur dans la célérité constante, mais reste en surface et ne sera d’ailleurs jamais réutilisé. Des pistes intéressantes qui auraient pu être approfondies.
Les musiques, tantôt tiraillées, tantôt épiques, tantôt envoûtantes, sont audacieuses et nous amènent ailleurs. Cependant, elles nous perdent parfois et nous déconnectent du mouvement. Les deux ne semblent pas en accord et s’influencent l’un et l’autre de la mauvaise manière. Les habiletés physiques paraissent moins rythmées sur une sonorité douce, et la musique semble trop lente pour les exploits qui s’offrent à nous. Les silences ont aussi parfois l’air mal placés, non justifiés.
Ensemble ou seuls ?
Après une courte pause où les interprètes, assis au sol, admirent une danseuse enrobée du drapé d’or, la vivacité des corps est de retour. Des petits sauts, qui rappellent certains mouvements traditionnels, ou folkloriques, s’ajoutent et provoquent une joie contenue, un bref lâcher-prise agréable à observer. Plus tard, des encouragements, et des cris animeront davantage l’espace et réchaufferont les cœurs, laissant aussi plus de place aux personnalités uniques de chacun. Pour ajouter à l’aspect fédérateur, revendiqué par l’œuvre, quelques rares moments de toucher ressentis, d’embrassades entre les interprètes s’immiscent entre deux figures d’exception. Malgré ces tentatives plutôt réussies d’incarner cette œuvre, physiquement très puissante, l’intention derrière le geste et l’interprétation ne sont malheureusement pas suffisamment creusées.
L’union des interprètes est palpable dans la confiance aveugle qu’ils ont l’un envers l’autre, notamment lors de portés très bien chorégraphiés, de sauts, de colonnes humaines. L’écoute se ressent et est belle à voir. Quelques moments d’unisson, à 17, ou encore davantage de contacts purement sensoriels auraient pu ajouter un peu d’humanité à cette œuvre qui nous tient en haleine tout le long par sa virtuosité.
Plus tard dans la pièce, quelques tableaux, parfois plus énigmatiques ou poétiques, se détachent du reste. Ils apportent répit, suspension et réflexions, ce qui est plutôt intéressant. La vive allure des mouvements reste cependant la constante de la pièce et est très réjouissante. La qualité de la chorégraphie et la perfection des interprètes sont elles aussi fascinantes.
Malgré quelques moments de déconnexion, voire d’incompréhension, Sol Invictus reste une pièce captivante, notamment grâce à des interprètes de haut calibre, à la physicalité incroyable. L’élan de la vie s’incarne parfaitement dans les corps par cette envie de trancher l’air, de fendre l’espace, de foncer tête baissée pour tout ressentir. Une belle métaphore qui démarre l’année avec énergie.


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