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  • « On a de moins en moins de dons » : les petites associations d’aide aux animaux dans ...

Une récente enquête de Solidarité Peuple Animal met en lumière les difficultés financières auxquelles les trois quarts des associations de protection des animaux sont confrontées dans l’Hexagone. Une situation qui menace la prise en charge des chats et chiens maltraités, ainsi que la santé mentale des bénévoles de ces structures. 

À Chanteloup-les-Vignes, Juliette Mitoyen - Aujourd'hui à 07:30 - Temps de lecture :

« Les croquettes, la pâtée, la litière, les jouets, les arbres à chats, les cages : tout ce qu’on a, ce sont des habitants qui nous l’ont donné ou des bénévoles qui l’ont collecté. » À SOS Matous, à Chanteloup-les-Vignes (Yvelines) Sophie Chergui ne peut compter que sur la générosité des administrés pour faire tourner son association qui capture, soigne, abrite, nourrit et stérilise les chats errants, avant de proposer les plus sociables à l’adoption.

« Mais on a de moins en moins de dons », nous explique-t-elle en parcourant le refuge où sept locataires à moustaches tirés de la rue ou abandonnés attendent d’être adoptés. L’année dernière, la petite structure qui ne fonctionne qu’avec des bénévoles n’a reçu que 2 300 euros de dons, contre 3 200 en 2024. Et malgré des adoptions - payantes - en hausse, elle peine à sortir la tête de l’eau.

À SOS Matous Chanteloup, les bénévoles donnent de leur temps et de leur argent pour soigner les chats errants.Photo EBRA /Ju. M.

À SOS Matous Chanteloup, les bénévoles donnent de leur temps et de leur argent pour soigner les chats errants.Photo EBRA /Ju. M.

« Les Français sont généreux, mais l’inflation est passée par là »

Le cas de SOS Matous illustre parfaitement les difficultés financières auxquelles sont confrontées les petites associations de protection des animaux en France, en première ligne face à la maltraitance et aux abandons, dans un contexte de baisse globale des dons. 75,4 % d’entre elles déclarent une situation financière fragile ou déficitaire, selon un baromètre du réseau d’associations Solidarité Peuple Animal publié début mars et une enquête effectuée auprès de plus de 400 petites et moyennes associations. Par ailleurs, 42,5 % n’ont aucune réserve financière et 23,9 % disposent de moins de trois mois de trésorerie.

« Cela tient au modèle même des associations. Les Français sont généreux pour la protection animale, mais l’inflation est passée par là. De plus, ils donnent surtout aux associations les plus visibles - comme la SPA. Les petites ont moins de temps et de moyens pour faire de la communication et se faire connaître, et donc recevoir des dons », décrypte Katia Renard, présidente de Solidarité Peuple Animal.

Explosion des frais vétérinaires

Pourtant, l’argent est le nerf de la guerre. « Tout ce qui rentre sert à payer les frais vétérinaires, qui augmentent. Ils étaient de 32 000 euros en 2025, et de 30 000 euros en 2024. Heureusement, notre vétérinaire ne nous fait pas payer les simples consultations, et nous fait 15 % de remise sur les autres actes », se félicite Sophie Chergui. « Mais il est à 40 km. On y va au moins une fois par semaine pour faire stériliser des chats. Et l’essence, c’est pour notre poche. »

« Les frais vétérinaires , principal poste de dépense pour 80 % des associations, ont explosé à cause de l’inflation et de la montée en gamme des soins, explique Katia Renard. Et de nombreux vétérinaires qui avaient des accords avec des associations partent à la retraite. Les cabinets sont souvent rachetés par des grosses structures qui ne veulent pas faire de réductions aux associations, ni même parfois prendre leurs animaux en charge. »

Gaston est l’un des chats recueillis par SOS Matous Chanteloup, dans les Yvelines. Photo EBRA /Ju. M.

Gaston est l’un des chats recueillis par SOS Matous Chanteloup, dans les Yvelines. Photo EBRA /Ju. M.

« On peut voir des choses horribles »

À terme, la fragilité financière des refuges met en danger les animaux qu’elles recueillent, qui peuvent se retrouver privés de soin. Mais aussi les bénévoles qui s’occupent d’eux. « Psychologiquement, c’est souvent difficile », assure Sophie Chergui, qui se lève à 6 h 30 tous les matins pour nourrir les chats et nettoyer le refuge, avant d’aller travailler. « Et lorsqu’on va sur des sauvetages, on peut voir des choses horribles. » Selon le baromètre de Solidarité Peuple Animal, 9 bénévoles sur 10 souffrent ainsi d’épuisement.

Comme SOS Matous, de nombreuses associations ne voient pas le bout du tunnel. « On fait 150 chats par an, on les soigne, on les stérilise, et malgré tout, on en a autant l’année d’après », déplore Sophie Chergui en regardant ses pensionnaires. Elle souhaiterait que « la stérilisation devienne obligatoire et que les propriétaires qui abandonnent leurs animaux soient plus lourdement sanctionnés ».

Au sortir des élections municipales et alors que la saison des chatons s’apprête à débuter, Katia Renard aimerait que les nouveaux maires prennent la mesure des difficultés auxquelles sont confrontées les associations et leurs bénévoles - quasiment exclusivement des femmes : « Même si les municipalités n’ont pas beaucoup de sous, elles peuvent aider en mettant un local à disposition pour accueillir et soigner les animaux. Elles peuvent offrir de la visibilité via des stands lors d’événements municipaux, ou dans le magazine de la ville, énumère-t-elle. Pendant longtemps, on s’est moqué des femmes qui aidaient les chats, qui les nourrissaient. Il est temps de reconnaître le travail de ces personnes. La protection animale est l’affaire de tous. »

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