Il avait plus de 30 ans, était obsolète et donc à risque: nul doute qu’il fallait remplacer Sipac 1.0, le système de versement des prestations de l’assurance chômage. Une transition hautement complexe, comme le laissent à penser les changements ces dernières années au sein de la direction du nouveau projet et son lancement souvent reporté. Mais pour éviter d’arriver trop tard, force est de constater que Sipac 2.0 a été implémenté trop tôt au début de 2026. De nouveaux témoignages amènent à s’interroger sur l’avenir du système, même s’il semble désormais stabilisé techniquement.
Pour rappel, en raison de problèmes informatiques que l’introduction de Sipac 2.0 a engendrés, certains assurés ont dû attendre longtemps leurs indemnités chômage. Aujourd’hui, les paiements aux personnes déjà inscrites sont rétablis et les caisses de chômage seraient dans une large mesure à jour, selon le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco).
Pourtant, l’heure n’est pas au soulagement: des collaborateurs de la caisse de chômage estiment que le système dans sa structure même n’est pas à la hauteur des promesses d’automatisation et de simplification. On pourrait y voir le réflexe humain du «c’était mieux avant». Mais ce serait nier le constat de celles et ceux qui travaillent avec Sipac 2.0 que celui-ci n’améliore ni leur quotidien ni leur productivité. Avec de possibles conséquences pour les assurés.
Lire aussi: «Nous avons remplacé un vieux système qui fonctionnait par un nouveau système qui ne fonctionne pas», ou le désarroi des collaborateurs des caisses de chômageEncore des modifications
Certes, de nombreuses modifications ont été réalisées depuis son lancement, avec un accent mis notamment sur la simplification des processus et des interfaces. Mais le Seco n’est pas une start-up qui peut se permettre de tester puis de procéder à autant d’ajustements. Ces dernières années, des audits avaient mis en avant certaines difficultés liées à la nouvelle plateforme. Le Seco avait estimé que tous les problèmes de sécurité jugés pertinents avaient été résolus.
Le cas interroge plus largement: un rapportdu Contrôle fédéral des finances publié en mai sur des audits réalisés en 2024 et 2025 souligne que les principaux projets informatiques et de numérisation de la Confédération restent confrontés aux mêmes difficultés qu’il y a près de 10 ans. La gouvernance des projets demeure l’un des problèmes les plus importants. Pour le programme DaziT de numérisation des douanes suisses, par exemple, les équipes étaient insuffisamment préparées.
Le cas Sipac est particulièrement frappant puisqu’il est question du revenu de personnes au chômage. Mais, même au-delà, la Confédération a un devoir d’exemplarité dans de telles transitions, qu’elle est pour le moment loin d’assumer.


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