NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Dans le paisible village nord-côtier de Sheldrake, il n’y a que le bruit des véhicules roulant sur la route 138 pour interrompre brièvement le clapotis des vagues. Le hameau pourrait bien être encore plus silencieux si la 138 est détournée vers le nord dans les prochaines années, comme le prévoit le ministère des Transports. C’est la survie de la bourgade qui est en jeu, craignent habitants et autorités régionales.
Après plus d’une heure à zigzaguer entre mer, roc et forêt depuis Sept-Îles, on atteint Sheldrake en poussant un soupir de soulagement. Au moment de franchir la rivière du même nom, l’horizon s’ouvre enfin, laissant toute la place à la majesté du golfe du Saint-Laurent, sur les bords duquel se lovent quelques dizaines de maisons.
Ce paysage pittoresque, 1000 kilomètres à l’est de Montréal, est à risque d’être oublié. Depuis 2021, le ministère des Transports du Québec (MTQ) travaille à un nouveau tracé de la 138, qui ferait passer ce segment de la route des Baleines 7 kilomètres plus au nord, à l’intérieur des terres.
Un nouveau trajet justifié par les risques accrus d’érosion et de débordements côtiers en contexte de changements climatiques.
Selon les projections, Sheldrake ne serait plus desservi que par une sortie secondaire à l’écart de la 138, lien vital qui s’étire sur des centaines de kilomètres vers l’est, jusqu’à Kegaska.
Si la route ne passe plus par le village, « c’est la fin des émissions » pour Sheldrake, souligne Jean-Luc Bond, 72 ans, natif de l’endroit.
« On est la porte d’entrée de la Minganie. Beaucoup de gens s’arrêtent pour le paysage. Quand le trafic passe, il y a de la vie », fait valoir le pêcheur de homard, rencontré dans son domicile, à un jet de pierres de la 138.
« La nouvelle route, ça ne vous intéresse pas. On serait isolés du monde », ajoute sa conjointe, Marlène Pagé.
Le village se retrouverait aussi coupé de sa plus proche voisine, Rivière-au-Tonnerre, municipalité à huit minutes de voiture, avec qui il est fusionné. C’est là qu’on trouve le magasin général, le CLSC et les quelques commerces des environs.
« Le nouveau tracé obligerait les résidents à faire des détours de plus d’une quinzaine de kilomètres pour pouvoir rejoindre Rivière-au-Tonnerre », explique Benoit de Mulder, maire de la municipalité, qui habite lui-même à Sheldrake.
Les autorités craignent aussi pour la sécurité des citoyens, advenant une catastrophe naturelle.
« Dans le tracé actuel, il y a seulement une sortie [vers la route 138]. Qu’est-ce qui se passe si un feu de forêt la bloque ? » demande le maire, qui redoute que la petite municipalité doive assumer les coûts de déneigement de l’actuel segment de la 138 s’il devient un réseau local.
David contre Goliath
Un nouveau pont mettrait aussi en péril les efforts d’ensemencement de saumons dans la rivière Sheldrake et les populations locales d’oiseaux, dit Benoit de Mulder, sans parler de l’impact sur les milieux humides où passerait la nouvelle route.
« L’ensemble de ces éléments sont pris en compte dans nos décisions », affirme Alexandra Houde, porte-parole du MTQ.
Selon elle, « le contournement de Sheldrake présente des avantages sur les plans économiques et environnementaux. C’est une question de pérennité des infrastructures dans le contexte des changements climatiques ».
Le tronçon de route traversant la « flèche » de Sheldrake, la bande de terre séparant la rivière du golfe du Saint-Laurent, est particulièrement exposé aux tempêtes et aux grandes marées.
En 2020, une présentation de la firme d’ingénierie WSP au MTQ faisait état de dangers de « submersion côtière, ce qui menace constamment l’intégrité de la route 138 et la sécurité routière ».
WSP rapporte également « divers dommages [importants] au cours des années, lesquels ont nécessité des interventions d’urgence et des réparations parfois coûteuses. »
« L’objectif demeure et restera toujours d’offrir une route durable et sécuritaire pour l’ensemble des usagers de la route », affirme la porte-parole du MTQ, qui précise que le plan n’en est encore qu’à l’étape d’« avant-projet préliminaire », phase qui sert à « préciser l’échéancier et à estimer les coûts ».
Rivière-au-Tonnerre privilégie plutôt un rehaussement de la route comme réponse aux problèmes d’érosion côtière, une option écartée jusqu’ici par le MTQ.
« Le plus gros défi dans ce dossier, c’est de ne pas être simplement informé, mais de pouvoir faire partie prenante des décisions. On veut que le projet soit fait de la bonne façon », affirme Benoit de Mulder.
Face au MTQ, l’un des plus gros employeurs sur la Côte-Nord, « c’est un peu David contre Goliath ». « Mais on se dit que dans l’histoire, c’est David qui a gagné ! »
Un village en miniature
Le détournement de la route serait un autre coup dur pour Sheldrake, qui, dans les dernières années, a perdu son église, son dépanneur, sa poissonnerie et sa station-service.
« Les municipalités qui ont été exclues du trajet officiel de la 138, pour des raisons de sécurité ou par choix, ont moins d’achalandage touristique et moins de visibilité. Cela a assurément des impacts pour les populations », estime Meggie Richard, préfète de la MRC de Minganie.
Pour l’instant, une vie de village existe toujours à Sheldrake, mais en « miniature », dit Jean-Luc Bond.
« Beaucoup d’habitants sont partis, d’autres sont morts. La vie tourne, et les vieux s’en vont, mais le problème, c’est qu’il n’y a plus beaucoup de jeunes pour les remplacer. »
La situation n’est guère plus reluisante à Rivière-au-Tonnerre, qui a encaissé la semaine dernière la fermeture de son centre de services Desjardins. Faute d’un nombre d’élèves suffisants, son école primaire est inoccupée depuis 2019. Les habitants doivent également se débrouiller sans station-service.
À eux deux, les villages voisins abritent moins de 300 résidents, alors qu’ils ont déjà été deux fois plus nombreux.
« Il y a beaucoup de jeunes qui sont partis et ils aimeraient bien revenir. Leur attachement est ici, mais ils sont tous à l’extérieur parce qu’il y a de la job là-bas », observe Marlène Pagé, dont les trois enfants habitent Sept-Îles, Havre-Saint-Pierre et Rivière-au-Tonnerre.
La nouvelle équipe municipale, élue en novembre dernier, s’évertue à renverser le cercle vicieux de la dévitalisation.
« C’est un cycle : les jeunes s’en vont pour trouver des emplois, donc on ferme l’école parce qu’il y a moins d’enfants. Si l’école est fermée et qu’il y a moins de services, de nouvelles familles ne viendront pas s’installer. Et ainsi de suite… » explique Benoit de Mulder.
L’administration municipale mise notamment sur la création de coopératives et l’attraction de nouvelles entreprises pour changer la dévitalisation en revitalisation.
« Il faut regarder les perspectives qu’offrent le télétravail, le commerce en ligne et les micro-entreprises. On n’a pas besoin de 300 nouveaux habitants. Si j’ai une vingtaine de personnes, avec des emplois stables, on peut rouvrir l’école, et la roue va repartir », croit M. de Mulder, lui-même un télétravailleur.
Mais beaucoup de ces efforts seront inutiles si la 138 est détournée.
« En Minganie comme sur toute la Côte-Nord, l’accessibilité est à la base de tout développement potentiel », évoque Meggie Richard, qui plaide pour davantage de cohérence dans la planification territoriale.
« On déploie beaucoup d’actions au niveau régional pour renverser la décroissance démographique sur notre territoire et pour assurer la vitalité de nos petites municipalités. C’est peu cohérent lorsqu’on voit des contournements aussi importants qui pourraient mettre à risque certaines municipalités. »
Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.


4 month_ago
143



























.jpg)






French (CA)