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Je profite de la fin de la saison des émissions régulières à la radio nationale pour donner un avis gratuit et furtif, à hauteur de citoyen, sur les médias québécois.
Considérant que…
Je suis à l’écoute de notre radio nationale plusieurs heures par jour et tous les jours de la semaine, comme je lis Le Devoir et La Presse presque tous les jours.
Que je suis moi-même un enfant de Radio-Canada ; c’est la Course destination monde qui m’a mis au monde et je collabore avec la SRC régulièrement. J’aime cette institution et je m’en sens tour à tour propriétaire et responsable aussi. Je suis citoyen de mon pays.
L’idée pour moi n’est pas ici de critiquer l’existence de nos grands médias, bien au contraire. Ils sont à mon avis un ciment social en plus d’être l’un des fondements de notre démocratie. Ils sont essentiels à la suite du monde québécois.
J’aimerais contribuer — à ma hauteur — à les façonner en verbalisant certaines réserves que j’ai quant à leur gouverne.
1. Je trouve que nous manquons dramatiquement et terriblement d’information sur le reste du monde. Je parle d’information de première main et rapportée par des gens qui vivent dans la même société que nous. Pour moi, le Tout terrain de Janic Tremblay devrait, par exemple, être diffusé tous les soirs de la semaine à la fin de la journée. Cette émission est un service public essentiel. Il nous faut mieux comprendre ce qui se passe en Ukraine, en Russie, en Chine, en Iran, au Soudan, aux États-Unis. Il nous faut comprendre le monde sans avoir obligatoirement recours aux radios publiques anglaises, françaises ou américaines. Il y a pour moi un grave problème de proportions dans nos médias nationaux entre les nouvelles locales, nationales et internationales.
2. Il nous faut plus de gens sur le terrain (Sophie Langlois qui couvre l’Afrique depuis Montréal, c’est ridicule). Il nous faut aussi des reporters ayant une approche plus documentaire, c’est-à-dire qui laissent parler les gens. Il nous faut des Akli Aït Abdallah pour aller écouter dans les tréfonds d’une société, des Tamara Altéresco, des Marie-Eve Bédard ou des Jean-François Bélanger pour nous permettre de comprendre la géopolitique mondiale, des Étienne Leblanc pour nous éduquer sur les défis écologiques de notre temps (et sur les moyens que prennent les autres peuples pour trouver des solutions !).
Il nous faut du journalisme long, de profondeur, de terrain pour comprendre ce qui se fagote dans le monde quand il n’explose pas. Avant l’explosion. Après l’explosion. On ne veut pas entendre parler de la Palestine seulement le jour de la déflagration, car ça ne sert à rien ni ne nous avance. Comprendre. S’immerger. Comme le font les radios publiques mentionnées plus haut et certains bons médias papier, comme The Guardian ou Le Monde.
3. Il nous faut multiplier les Jocelyn Coulon, René Mailhot et François Brousseau de carrière pour décortiquer l’actualité internationale. Je veux dire que François Brousseau (qu’on entend notamment à l’émission Ça nous regarde et qu’on lit tous les lundis dans Le Devoir) est chaque jour une bouffée d’oxygène pour le citoyen du monde que je suis. Mais on lui offre bien trop peu de temps d’antenne pour une radio d’État de 2026 qui se respecte.
4. Je trouve déplorable la répétition ad nauseam des reportages (sur des enjeux souvent bien trop locaux) d’un bulletin à l’autre, toute la journée. On pourrait diversifier le contenu des manchettes en faisant beaucoup plus de place aux nouvelles internationales.
5. Paradoxalement, je trouve dommage que les médias nationaux ne s’intéressent pas plus au pays au complet. Les grandes émissions, les grandes tribunes, parlent trop peu des régions du Québec… sauf parfois, pour faire du pittoresque. Je ne suis pas le nombril du monde, mais je parle de ce que je connais ; je vis dans le Bas-Saint-Laurent depuis bientôt 10 ans. Montréalais, je sentais qu’on parlait du pays que j’habitais.
Aujourd’hui, j’ai le sentiment que les gens qui dirigent les salles de rédaction en ville conçoivent Montréal comme autoportante et sans vrai attachement au pays. Je trouve dommage ce peu de « sens du territoire ». J’y vois un vrai point faible, car la moitié des gens du pays vivent bel et bien en dehors de la grande ville.
6. Dans les médias papier comme à la radio, il nous faut absolument développer des niches de profondeur. De longues entrevues, de la philo, de la sociologie, de l’histoire, de la pensée déployée, de la complexité. Ce n’est pas normal qu’il y ait un si grand décalage entre la qualité de profondeur des médias étrangers mentionnés plus haut et les nôtres. Je prends l’exemple de la guerre qu’Israël mène en Palestine. Je trouve fascinant le peu de variété et d’étoffement de notre couverture. Essayez une fois de taper « Palestine » sur les moteurs de recherche des grandes radios publiques européennes et vous aurez accès à des heures et des heures d’échanges, d’entretiens, de dissertations de toutes les allégeances et points de vue. Si le reste du monde vous intéresse au-delà de votre coin de rue, vous trouverez là à manger à l’infini.
Pour se faire une tête sur autre chose que des manchettes ou des slogans, il nous faut plus d’intervenants d’ailleurs au monde dans les médias québécois, des intellectuels, des penseurs, des gens pour nous élever. Il faut arrêter de s’adresser à tout le monde en même temps. Le temps du spectre large est révolu. Pour survivre, nos grands médias généralistes doivent prendre le risque de la profondeur et des niches à certains moments. Il nous faut en tout cas des espaces de pensée riche.
7. Dernier truc (et partiellement corollaire des deux points précédents) ; la variété des invités et des interlocuteurs doit être plus grande. Pour moi, sauf exception, le minimum garanti devrait être de ne surtout pas inviter des vedettes du showbiz ou les animateurs d’autres émissions de l’antenne pour parler de questions de société ou de questions contemporaines. Lorsque ça arrive, je trouve qu’on frise le ridicule (ou la paresse).
Je me doute que ces décisions éditoriales sont le fait de la direction des salles de presse (plutôt que des journalistes). Si les patrons de nos grands et précieux médias ont à cœur la vitalité intellectuelle, la diversité et la démocratie québécoise, ils doivent à mon avis réfléchir à élargir le spectre éditorial de nos médias. Il faut oser le contenu. Oser nous parler de Madagascar durant une heure, diffuser un entretien avec Arundhati Roy ou passer une journée à Ramallah avec Amira Hass.
Il ne s’agit pas ici de circonscrire « l’international » à deux heures par semaine (et le dimanche !). Il s’agit de contribuer à élever la pensée générale des Québécoises et des Québécois pour le plus grand bien du pays et pour son avenir.


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