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La réforme constitutionnelle sénégalaise est adoptée, mais le vrai débat commence maintenant. Le président Bassirou Diomaye Faye veut soumettre le texte à référendum. Ousmane Sonko, depuis son perchoir à l’Assemblée nationale, exige une promulgation directe. C’est quand même étrange : le président de l’Assemblée qui dicte sa conduite au président de la République. Le bras de fer entre les deux hommes est désormais ouvert.
Une réforme adoptée dans la tension, un texte lourd de contenu
Le texte a été voté à l’unanimité, mais l’unanimité n’a rien eu de paisible. Des manifestations ont été dispersées à l’extérieur, un député a été expulsé de l’hémicycle, et les tensions étaient palpables pendant les débats. Adopté dans ce climat, le texte introduit des changements structurels : création d’une Cour constitutionnelle, mise en place d’un organe électoral indépendant, encadrement du pouvoir exécutif, définition juridique de la haute trahison.
La question des déclarations de patrimoine illustre déjà les premières fissures. Diomaye défendait une obligation en début de mandat. Les législateurs ont retenu une obligation en fin de mandat. Ce glissement, en apparence technique, dit quelque chose sur les rapports de force réels entre l’exécutif et la majorité parlementaire. Un texte unanime, mais pas sans arrière-goût.
Diomaye a le choix. Et Sonko le sait.
Juridiquement, deux options s’offrent au président Faye. Il peut renvoyer la loi à l’Assemblée nationale pour approbation finale, ce qui équivaudrait à lui donner son feu vert sans passer par le peuple. Ou il peut déclencher un référendum, pour lequel aucun délai ne lui est imposé. C’est là que réside toute la marge de manœuvre présidentielle, et Sonko semble vouloir la réduire au minimum en réclamant une promulgation immédiate.
Mais Sonko confond peut-être les phases. L’adoption par l’Assemblée n’est pas le dernier mot. La décision finale appartient au président, et lui seul peut choisir d’y associer ou non le peuple sénégalais.
Ce face-à-face dit quelque chose de plus profond sur la nature du pouvoir à Dakar : Diomaye restera-t-il le gardien de la Constitution, ou se révélera-t-il comme un exécutant aux ordres de son mentor ?
Pour l’Afrique de l’Ouest, ce scénario n’est pas sans résonance. Plusieurs pays de la région ont connu des reconfigurations du pouvoir où l’homme fort n’était pas forcément celui qu’on croyait. Le signal, ici, est clair.
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Jean-Paul Dzomo Nana
Journaliste pour 237online.com, Jean-Paul Dzomo Nana couvre l'actualité politique et diplomatique du continent africain.


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