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Sécurité dans les refuges : un plan dont l’application « prend du temps », mais fonctionne

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La version audio de cet article est générée par la synthèse vocale, une technologie basée sur l’intelligence artificielle.

Un peu plus d’un an après l’adoption d’un plan municipal sur la sécurité dans les refuges face à une hausse des cas de violence, le président du réseau d’établissements affirme que la sécurité s’est améliorée, bien qu’un recours collectif proposé contre la Ville de Toronto et un fournisseur de service de sécurité mette en lumière certains problèmes.

C'est toujours une priorité pour les exploitants [de refuges] et pour la Ville de Toronto d'assurer que les employés sont en sécurité et qu’ils travaillent dans un milieu où on priorise la sécurité des individus et des employés, soutient David Reycraft, qui préside le Toronto Shelter Network, en entrevue avec Radio-Canada.

Nas Yadollahi, la présidente du syndicat représentant les employés de la Ville travaillant dans des refuges, affirme que le plan est fantastique en théorie et que beaucoup de travailleurs l’ont accueilli favorablement, mais que sa mise en œuvre prend du temps.

David Reycraft regarde la caméra.

Le président du Toronto Shelter Network, David Reycraft. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Marion Bérubé

Le plan d’action de la Ville, appelé Shelter Safety Action Plan, a été adopté par le conseil municipal à la mi-décembre 2024 et comprend une dizaine d’actions sur trois ans visant à renforcer la sécurité du personnel et des résidents des refuges. Il comprend des actions à court et moyen terme.

Le document a été préparée en réponse à une étude du Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) publiée en avril 2024. Selon cette dernière, 36,2 % des employés des refuges se sentent « pas très ou pas du tout en sécurité dans leur milieu de travail ». L'étude conclut aussi que la violence « est un enjeu sérieux dans le système de refuges de Toronto ».

Exemples des actions dans le plan

Actions pour la sécurité du personnel

  • « Renforcer la formation du personnel pour l’appui des personnes qui consomment des méthamphétamines. »

Actions pour la sécurité des clients

  • « Identifier les clients avec un taux élevé d’événements et de restrictions en matière de service, ainsi que les solutions en logement qui répondent à leurs besoins et leurs préférences. »

Une porte-parole de la Ville, Elise von Scheel, explique que le plan n'exigeait pas la publication de rapports d’étape annuels, mais que, dans la première année des progrès significatifs ont été réalisés en matière de sécurité pour le personnel, les usagers, et dans la supervision du système dans son ensemble.

Le plan attire cependant des critiques de la part de certains travailleurs communautaires, comme Greg Cook, membre du Shelter Housing Justice Network (SHJN). Il estime que le plan d’action pathologise les personnes vulnérables et qu’il est préférable d’améliorer les conditions des refuges si on veut réduire les tensions. Le réseau a fait valoir que le plan ne faisait qu’encourager la déshumanisation des sans-logis.

Assurons-nous que les conditions de vie des personnes qui sont sans logement sont dignes et humaines, et que la Ville respecte ses normes.

Une poursuite contre la Ville et un fournisseur

Le conseil municipal a approuvé le plan d’action lors de sa rencontre du 18 décembre 2024. Durant cette même séance, les conseillers ont aussi donné leur appui au prolongement d’une entente entre un fournisseur de services de sécurité dans des campements et des refuges, One Community Solutions (OCS).

L’entente entre l’entreprise et la Ville a cependant mal tourné : les deux entités sont visées par un recours collectif qui n’a pas encore été certifié par les tribunaux. Le ministère ontarien du Travail dit examiner les allégations à l’endroit d’OCS et la Ville de Toronto a fait savoir lundi qu’elle rompait ses liens avec la compagnie.

Dans l’exposé des faits, le recours collectif au nom d’un ancien employé d’OCS indique que certains membres du personnel de l’entreprise n’ont pas touché leurs primes liées à la pandémie et que l’entreprise a contrevenu à Loi sur la santé et la sécurité au travail en n’offrant pas l’équipement personnel requis compte tenu des conditions de travail insalubres.

Une chambre dans un refuge avec une vue de la rue et d'un tramway.

La poursuite vise une compagnie offrant des services de sécurité dans les refuges. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Laura Proctor

OCS n’a pas répondu à une demande de commentaire. Sur son site web, l’entreprise identifie de nombreux clients dans le milieu de l’aide aux personnes vulnérables, comme les organismes Dixon Hall, St. Felix Centre, All Saints et Loft, ainsi que la Ville de Toronto.

Ces gens sont nos héros de première ligne. Ce sont souvent les premiers répondants à un campement lorsqu’une personne décède, dit l’avocat des anciens employés, Ryan O’Connor, en entrevue. Ces gens doivent ramasser des seringues usagées [...] mais ils le font sans équipement de protection personnelle approprié, poursuit-il.

Ce sont des gens très vulnérables, mais aussi très fiers et ils ont été complètement maltraités par la Ville et OCS. En près de deux décennies de pratique, je n’ai jamais vu des violations aussi flagrantes des normes d’emploi sur une base systématique.

Un travail de plus en plus complexe

M. Reycraft explique que le travail dans les refuges est de plus en plus complexe pour les travailleurs. Dans les dernières années, on a vu l'arrivée de fentanyl, qui est de plus en plus compliqué. Il y a des changements dans la drogue de la rue et on doit s'adapter à ces changements, constate-t-il.

Le directeur du réseau de refuges note que le plan d’action prévoit notamment la supervision de la mise en œuvre du Behavioural Risk Alert Safety System, un système qui fournit des renseignements au personnel à travers le système de refuge au sujet des clients dont le comportement a mené à des cas de violence au travail, selon une note municipale.

On travaille avec nos partenaires dans le réseau et la Ville de Toronto pour identifier les individus qui représentent le plus grand risque. On ne refuse pas aux personnes identifiées l’accès à nos refuges, mais on sait d'avance qu’il y a des défis avec eux, explique M. Reycraft.

Certains clients se voient néanmoins refuser l’accès aux services d’un refuge en raison de cas de violence. L'étude de CAMH relève que près de 45 % des personnes qui se voient refuser l’accès à un service vivent l’itinérance hors refuge immédiatement après.

Greg Cook estime que les conséquences d’une restriction de service sont considérables. L’intervenant déplore que le personnel agisse en tant que juge, jury et corps policier dans de telles circonstances.

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